Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

Châteauvert : 8 Août 2016

 

Suite à la misérable escapade "culturelle" au domaine Peyrassol de Flassans (que je recommande vivement toutefois, ça vaut le déplacement), on a remis le couvert. C'est que ça se cultive les COTOREPs de province, faut pas croire... Donc Vadredi, invitation à une expo, vernissage au Centre d'Arts Modernes de Chateauvert : les trois derniers grands artistes (vivants) Cotignacéens réunis. Armand Avril, Jean Arène et Nicolas Valabrègue. Je craignais le bain de foule, mais le centre étant assez vaste (bon c'est pas le M.O.M.A. de Bilbao non plus), la visite se passa sans anicroches, du moins au début. Je me lance dans le gratin en première vitesse, l'oeuvre de Nicolas me parle d'emblée, j'adore ses assemblages, surtout le très long. Je me souviens quand j'étais ado, j'adorais traîner dans son atelier plein de copeaux et de créations en cours. Je sens encore les essences de cade (variété de genévrier indigène). Je lui posais mille questions naïves et lui me répondait sans répondre, avec ce détachement caractéristique des artistes. Nico m'envoya à Fox-Amphoux voir un certain Marion qui aurait eu coupé un tilleul à Forcalcquier et dont la nature tendre du bois pouvait convenir au corps de guitare électrique que je voulais réaliser. J'étais dans ma "période lutherie". Le tilleul est bidon pour sa résonance, j'appris ça à mes dépends, mais passons... C'est ainsi que j'appris à connaître feu Jacques, et ses deux fils aînés qui me voyaient arriver d'un oeil suspect et curieux. Ils n'étaient plus les seuls à fabriquer des guitares... Je me souviendrai toujours de cet instant, le jour où j'ai rencontré Josef et Simon. En somme c'est grâce à Valabrègue que nous nous sommes connus. But let us come back to our sheep.

         Après cette mise en bouche, deuxième orgasme sur la série Man Ray d'Armand, il est trop fort! Lui, également très humble, me parlait souvent d'artistes de renommée mondiale, au café chez Annie. En fait, il me démontrait quel plouc j'étais en somme. Il m'appellait Braquemard, et ne comprenait pas pourquoi j'avais abandonné les Lettres pour finir artisan dans un bled. Il n'avait pas tout à fait tort. Il m'offrit un jour la chance de voir son antre, sa "réserve" d'oeuvres, je me sentis tout petit face à cette montagne de culture. Une vie de travaux accumulés... Puis, je me faufile jusqu'aux tableaux de Jean Arène, si seulement je pouvais m'en offrir un! Son trait noir, sa signature, me plait beaucoup. Comme Avril, Jean a produit des quantités colossales de tableaux durant sa vie. Je ne le connais pas personnellement, mais mes parents oui, et ses oeuvres sont partout autour de nous. J'ai dû voir une bonne dizaine de ses expos, et jamais eu le cran de me payer un de ses tableaux, trop con. Je tâche d'éviter les "Viens, il faut que je présente Untel..." d'usage. Bien que je ne soit pas très discret avec mon fauteuil sans fil, je m'en tire dignement. Au dehors ce n'est pas la même sauce : je pensais pouvoir fumer peinard, mais non. Défilé de bises et tapes bienveillantes désormais coutume, avec mouvement involontaire du joystick bien évidemment. Je fais exprès de ne pas l'éteindre pour voir jusqu'où ça peut aller, et voir les gens se confondre en excuses, c'est mesquin mais follement amusant. Mes joues sentent mille parfums mélangés. Je revois Giovanni et Patricia ce qui me fait iper-plèze. Pendant que les discours officiels s'applaudissent à l'intérieur, je me questionne sur la nécessité de rester pour l'apéro. Des pique-assiettes rôdent déjà autour du bar, pas encore ouvert. Nathalie insiste pour boire un verre, je choisis arbitrairement un truc inhabituel : un Coca Cola, 'des bulles et du sucre' me dis-je, sakifo. La première gorgée se transforme inévitablement en gerbe façon queue de renard, avec quinte de toux à la Chew-Bacca. Je réalise du coup pourquoi j'appréhendais l'apéro. Coca de partout, pas de Sopalin, et tous les regards braqués sur moi.  Moment of shame, comme d'habitude, j'ai beau faire semblant de pas y craindre, ça fait chier quand même. Et là, il me vient soudainement une forte envie d'être peinard chez moi, loin de tout ces gens. J'attends que Nath finisse son verre et sa dernière tchatche; mes mains collent aux accoudoirs. Un déjà-vu à l'inauguration du 18 Juin, pareil*. On décide de prendre une autre route pour le retour, par le Vallon Sourn. Heureuse initiative :  on s'est arrêté pour manger à l'Auberge du Parc à Correns, une très bonne adresse. Leur climatiseur tourne en court-cycles, mais sinon c'est irréprochable. Voilà qui finit sur une meilleure note.

         *Notez l'absence de verbe dans cette phrase. Oui, vous me direz, et alors? Et bêêe rieng, mais grammaticalement c'est zarbi.

 

         Situation ubuesque (voir kafkaïenne) : petits plaisirs de la SLA.

Je dis un truc sans importance (du style "J'aime bien ce groupe."). Mon interlocuteur ne comprend pas alors me fait répéter  Je redis la même phrase en y mettant tout mon coeur. L'interlocuteur ne comprend toujours pas, mais vois l'effort que je fais , donc considère que c'est important. Je dis (et pense surtout), "Laisse tomber !". La personne, ne sachant pas comment réagir, invente une interprétation par politesse, mais qui n'a rien à voir avec la choucroute (du style "Aah, tu veux aller fumer?"). J'acquiesce en hochant de la tête pour éviter d'aggraver l'imbroglio. Mon interlocuteur est content, pensant m'avoir bien compris; moi je suis content, débarrassé de ce malentendu, et en plus je vais aller fumer un clopo!  Tout béneff !

 



03/09/2016
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