Le journal d'Eye-Ollie

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A coups de manivelle : Mercredi 9 Novembre 2016

     A coups de manivelle : Mercredi 9 Novembre 2016

 

     Trump l’emporte. Je suis fané. Il neige sur Cotignac, comme par hasard. J’ai écouté la radio toute la nuit, vers cinq heures c’était mort. Exit démocratie Américaine. Quelques mails de mes amis m’auront clairement fait comprendre qu’ils voteraient pour ce fifre. Laisses béton. Après le p’tit dèj’ je me fais remettre au lit. Je suis gavé, fatigué, et envie de ne voir personne, l’occasion est trop belle pour ne pas en profiter. Ce sera la faute à Donald si les kinés se déplacent pour rien. Dans la cuisine s’accumulent les visiteurs : papa, le kiné, Julien, et Nath qui fédère tout ce petit monde. Pendant que ça jazze de l’autre côté de la porte je regrette que celle-ci n’ait pas été fournie en modèle isophonique comme je l’avais préconisé. On entend tout à travers ces portes thermoformées-en gaufrette-premier prix, impossible de m’endormir. Bien sûr, selon la loi de Murphy[1], il fallait dépoussiérer toutes les casseroles CE matin… La réciproque est vraie aussi : si je lâche une caisse (une vraie, de mecs), ça se saura en cuisine. Pour retrouver le sommeil, je réfléchis à une solution pour diminuer ce vacarme. Les charnières tiendraient-elles le poids supplémentaire d’une épaisse feuille de médium ? J'en doute. Il faut réaliser un nouveau vantail avec feuillure et défonces pour la gâche de poignée… et merde ! Bon, sur ces pensées j’arrive à oublier mes douleurs et le président aryen (même tronche que Brice Hortefeux, mêmes idées xénophobes), et me rendormir quelques heures.

Et puis, j’ai la guigne.  J’ai réussi (enfin, en vingt-cinq ans) à planter mon Mac. Misère absolue ! Perdus tous les mots de passe, tous les réglages, tous les raccourcis et mon Maya chéri qui ne veut plus rien savoir. Enfin, la cerise sur le gâteau : mon premier recueil de manuscrits (tapuscrits) devenu illisible, fait chier ! Heureusement l’éditeur en a une copie. Deux semaines de 3D perdues. Enfin, à côté de l’élection chez les étasuniens c’est une goutte d’eau dans l’océan.

Mon auxiliaire de vie favorite semble lentement évincée par sa boîte : Julien est arrivé avec une «remplaçante» : attends, je te racontes. Six mois d’expérience, ne connait pas la SLA, fait un mètre trente à tout casser, et a un piercing sur la langue, Wouéééee : on va bien s’entendre ! Pauvre gamine de vingt ans, elle n’y est pour rien. Par contre, la boîte qui emploie tous ce petit monde aura bel et bien eu droit à une salve. Ça se veut « proche » humainement, mais c’est surtout un business très lucratchif, sur le dos des contribuables français. Une honte. Facteur humain ? Tu parles ! Si vous ne savez pas (ou plus) quoi faire dans la vie, postulez à « Aide à la personne ». A priori, inutile de savoir écrire français, et des vieux et des malades y’en a plein ! Emploi certain. Par contre de métier on ne peut plus vraiment parler. Françoise, après quarante ans d’expérience, gagne à peine plus qu'un jeune qui rentre dans le circuit et vit chez ses parents. Bonjour l’équité ! Je m’inscris en faux, et je monte au créneau, je n’ai rien à perdre. Putain j’ai la colère ! Ceci dit, je dois reconnaître à Julien une tendance à se décarcasser grave et une dévotion tout à fait louable : à force, il connaît sur le bout des doigts les habitudes du vieux singe, chapeau bas.

     Une semaine déjà que les médias essayent de comprendre leurs erreurs de pronostics et le futur promis par Trompe. Ce matin l’invitée d’Augustin Trappenard[2] est Béatrice Dalle, dont la grande bouche, il y a trente ans, ne me laissait pas indifférent. Oui mais ça c’était avant. La femme dans le traahzistor s’écoute parler, avec un rire vulgaire. Je jette un œil sur le ouèbe : confirmation. Elle est très moche et vulgaire. Mon oreille avait entendu juste. La guigne a persisté avec la mort de Leonard Cohen, que Julien ne connaissait pas, (Comment dire ?)  et la tristesse commémorative des attentats.

 Suite à la lecture de mon courriel un peu vindicatif, le chef en personne -de l’entreprise d’aide à la personne- s’est déplacé. Je le suspecte d’être venu à cause de son niveau en français écrit, un courriel m’aurait suffi, mais passons. Le chef commence à m’expliquer les tenants et les aboutissants du fonctionnement financier d’une boîte comme la sienne. Et la masse salariale, et la moyenne horaire, et la part de l’état… qu’est-ce que j’en ai à fiche moi ? Un peu comme si je faisais remplacer l’embrayage sur la voiture, et que le mécano m’explique en détails les problèmes de Ferrodo qui, pour se mettre en conformité avec la directive européenne votée en Février 2015, a dû licencier une partie de son personnel espagnol pour pallier aux pertes due à la production de garnitures désormais dépourvues d’amiante… « Oh Blond ! Tu me le change cet embrayage ?! »

Bref, je l’écoute parler en hochant poliment de la tête, parce que si on voulait tenir un vrai dialogue, il faudrait quatre heures, le temps que je tape des phrases avec les yeux… Le gars conclue avec une allégorie bateau du genre « Nous, c’est l’humain d’abord !  Allez, ça va le faire, hein Monsieur Barman ? On va y arriver ! ». Et moi de rêver répondre « Certes, oui. Mais asseyez-vous, on va vous expliquer mieux avec cette manivelle[3] !». Du coup, resté sur ma faim, j’écris un nouveau courriel, Jexa Afoute... Comme dit mon père, "Tout est bidon, y’a plus rien de vrai". Sans tomber dans un pessimisme absolu, il n’a pas tout à fait tort : le paraître l’emporte sur l’être. La présence se substitue au soin, l’emploi a remplacé le métier, la mousse polyuréthane a remplacé le plâtre et le mortier, l’enseignement du français est dévalorisé, et avoir des disques durs remplis de mp3 vaut pour culture musicale… Mais, tant que je peux je resterai dans ma vigie, comme un vieux, à tirer toutes les sonnettes d’alarme. Non mais ! Bande de nazes!

"Allez, monsieur euh…Berhmann, on ne va pas partir sur une jaaambeuh !" Je vous en raconte encore une et c’est marre.

      Le chat (notre chatte qui s’appelle "Le Chat") aura vécu une expérience palpitante cette semaine :

Le Chat se lève aux aurores juste au moment où Nathalie rentre dans la cuisine pour préparer le p’tit dèj’ des garçons. Il manifeste de manière très intelligente son appétit (pas sa faim, puisqu’un silo de croquettes pour six mois est à sa disposition) en faisant résonner ses gamelles métalliques, avec ses pattes avant. Le but est d’obtenir du pâté frais, bien sûr, comme d’accoutumée. Le Chat est très pertinent et drôle, bien que gâté-pourri, ce qui lui confère des manières dignes d’un Aristochat. Ce matin, Nathalie est en Angleterre, et le félin, perturbé dans ses habitudes, fait expressément tomber une boîte métallique du haut de la table pour attirer notre attention. Opération réussie puisque le vacarme violent obtenu aurait réveillé un mort ! Le Chat, fier de sa trouvaille, se dit « Si avec ça je n’ai pas du pâté, je me coupe les couilles ! ». Mon père, venu veiller au grain, fait un bond d’un mètre dans son lit, puis surgit en s’exclamant « Mais il est CON ce chat ! », attrape l'animal par la première extrémité et le catapulte au dehors dans la gelée matinale, avant de se recoucher. Je me marre en pensant à la stupéfaction du chat et la tronche qu’il a dû faire ! Il n’avait certainement pas envisagé ce scénario pour le moins inhabituel. Je me demande si le fait de se peler le nœud lui fera réfléchir avant sa prochaine symphonie. Probablement pas, l’instinct régissant tous ses faits et gestes. Mais qu’importe, quand on aime, on pardonne…

 

A tantôt.



[1] La loi de Murphy d'Edward A. Murphy Jr, ingénieur aérospatial américain qui en énonça le premier le principe, est une loi empirique, un adage ici interprété comme comble du pessimisme, qui s'énonce de la manière suivante : « If something can go wrong, it will go wrong.», Familièrement, cette loi est aussi appelée « loi de l’emmerdement maximal ».

[2] Journaliste et critique littéraire français, en septembre 2014, il rejoint la matinale de France Inter pour présenter Boomerang, « un entretien incisif avec un acteur du monde culturel », chaque jour, à 9 h 10, durant une demi-heure. Jeudi, Boomerang célèbrera sa 500e émission.

[3] La manivelle était jadis l’outil idoine pour un constat à l’amiable en cas d’accident automobile, à l’époque où les voitures ressemblaient encore à des voitures. De nos jours une bombe anti-crevaison suffit. Mais l’outil moderne reste valide pour les arrangements : vidée dans un orifice (au choix) du conducteur, elle peut s’avérer convaincante comme une manivelle !



16/11/2016
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