Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

Tome I


CT OK : Mardi 10 Janvier 2017

         Bilan tégnique : j’ai les plaquettes à changer (faites un don de plaquettes) et un PTAC (Poids Total Andjicapé Cotorep) en hausse. Putain, j’ai pris six kilos depuis Sectembre ! Alors je vois déjà le débat, surtout selzé ceux qui essaient despérados de perdre du poids. Mais je reviens de loin (c’est pas la porte à coté Monpeule), j’étais à 60 Kilos au pire de ma forme, en mode fil de fer. Depuis je retourne lentement vers mon 75 KG idéal. Là je suis à 72. Soixante-douze quoi ? Microns pardi ! 72 μ de biceps. Oui, c’est ça qui est naze, j’ai beau regagner du poids de la bête, c’est tout dans le bide, trolley ! On dirait le vieux dans Benny Hill, pareil mais avec des tifs.  Tout ça, grâce aux compléments alimentaires, et encore je brûle tout. Si vous (vous : les gens normaux) mangiez la même quantité de compléments alimentaires que moi, vous auriez pris 20 KG ! Un élément à ajouter à la liste des avantages d’avoir une SLA (souvenez-vous, y’en a une petite) : je peux manger comme un porc, tout est brûlé. Tiens, Dimanche le serveur de Chez Boris[1] m’a déconseillé de prendre un tartare après le carpaccio (fort copieux il est vrai). Il a dû se dire « Woah l’autre COTOREP en fil de fer, comme il se la joue… ». On l’a rappelé, « Vous nous mettrez quand même le tartare pour l’aandjicapé ! ». Il m’a pris pour un danse-à-l’ombre ou quoi ? J’ai poursuivi par un café gourmand dans SA farandole… tu m’as compris. Et pour finaliser dignement, deux verres de rhum arrangé, et une clope. Putain c’est BON de se péter la panse ! Je ne m’en lasserai jamais. Cela exaspère les ados qui ingurgitent bestialement l’entrée et le plat de résistance, pour devoir ensuite attendre que leur père finisse… Ouais, ben ils zonka manger moins vite, moi je me fais resservir et j’aime manger comme les Gaulois, épicez tout. A ce sujet,  je consomme les Tabascos, et autres Sambal Oelek à tire-larigot, pourquoi ils ne le commercialisent pas en cubis ? Fait chier ces mini fioles !

         L’autre évènement positif est le bilan ergo(thérapeutique), qui promet des adaptations à mon degré de handicap. Vous me direz c’est un peu le but. Certes, mais aux yeux de l’état (le mec dans un bureau gris au fond du couloir avec un PC pourri en réseau et du mobilier gris, mais ce mec qui a tout le pouvoir, au bout de six mois de demandes… lui !) un handicapé n’adapte que son matos que tous les trois ans, pas avant.

-Oui, mais M’ssieu, moi j’ai une maladie évolutive. Si ça s’trouve, dans trois ans chui-mort !

-M’en cague ! C’est pas mon problème. T’as qu’à pas être malade. C’est en 2020. Suivant !

Bref, mon ergo est géniale (rappelez-vous ses tatouages), et m’aidera dans ce combat perdu d’avance, eux connaissent bien d’autres chemins pour arriver aux subventions, à condition de ne pas être pressé. Vieux motard que jamais. On parle de fauteuil à commandes oculaires, et toutes sortes d’adaptations dont j’ignorais l’existence, j’ai hâte de voir. L’ergo a compris d’emblée que je n’arrivais plus à poser ma main sur le joystick. Preuve que l’évolution est bien réelle, aussi lente soit-elle. Vous voulez un autre exemple ? La douche de l’hôtel n’est pas pourvue d’un siège pour s’assoir (ou forniquer à la Rocco Siffredi, c’est selon l’humeur du Chef). Eh bien, cela ne m’avait pas inquiété en Sectembre, j’étais resté debout. Là, en Janvier : problème. Faudra s’en plaindre, zy-va, envoie des courriels… Moralité, mon corps continue à nous abandonner, il samba les coudes, lui.

         Le passage dans le bureau du chef (el comandante) fût agréable, comme toujours. Il est plaisant de parler à des gens érudits et modestes. On sort de là avec le sourire, contrairement à Marseille-La-Tjimône, d'où tu sors dépité, après avoir perdu quatre heures à attendre dans dix-sept endroits différents, hallucinant la comparaison. Même mon p’tit frère Matieu fût agréablement surpris, et il s’y connait un peu. Sa présence fût bien agréable, instants devenus trop rares. Matt prend tout le temps ma défense, c’est adorable. Il faut dire que moi je vois moins certaines circonstances en présence de Claire et Nathalie, je m’y suis habitué, lui pas encore, LOL.

Voilà, chose promise, chose dûe, en bonnet du forme. Je vous ai ouvert un forum où la question de départ est « Pourquoi fait-on des jeux de mots ? ». Vous pourrez faire des jeux de mots au lieu de répondre, je suis vacciné. Une fois n’étant pas coutjume, je vous la fait courte,

 

à tantôt.

 

 

[1] Chez Boris : Restaurant renommé à Montpellier, spécialisé dans les viandes françaises. Pas pour les hipsters bio, ni les gonzesses végetales. Si comme moi vous préférez le goût des aliments à votre silhouette, allez-y, c’est Sakifo. Les frites y sont cuites dans le gras des viandes, y’a rieng là ?

 

 

 


10/01/2017
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Deezer moins une : 2017, Jour Un.

         Lundi, on réattaque comme en dix-sept. Cette année ça tombe nickel, pas de «ponts» de fonctionnaires, djirect au boulot. On se rattrapera en Mai où tous les jours fériés tomberont un Lundi. Comme si le monde s'était arrêté pour permettre aux riches de festoyer, on reparle de Mossoul (groene lip)[1] à la radio, Anthony Bellanger a dû céder sa place au chef Guetta (dont le frère est DJ, oui oui), bref, Julien est là avec sa ponctualité légendaire, c’est reparti. J’observe les petits oiseaux au dehors, pendant que la main me nourrit de toutes sortes de substances molles. Les oiseaux sont un bonheur quotidien, il y en a des milliers au lever du soleil. C’est un véritable forum de chants divers, et moi de me transformer en ornithologue. Une fois au dehors, je me transforme en épouvantail, ma présence suffit à baisser considérablement le nombre d’interlocuteurs piaillant. Mais les plus grands restent : pies, corbeaux, pigeons… you name it. On a même un faisan. Ici, zéro voiture brûlée, le ciel est bleu, et la quiétude matinale inspire la sérénité. Envie d’écrire : je dois creuser ma mémoire pour retrouver des pépites du nouvel-an. Privé de mon Eye-Ollie, je dois stocker les souvenirs sur mon disque dur, plutôt ramolli après les 24H du Ti-punch. Oui, on était donc bel et bien chez Sharon et Sylvain, d’où la perfusion de rhum. Pas moyen d’en placer une hier, rentrés à 18H, le temps de laver le légume, un repas et au lit. Les ados ne se sont pas fait prier pour aller se coucher : après quarante heures sans dormir ils ont fini par capituler. Ce matin je zappe la douche, trop envie d’écrire. Mais, au bout de trois lignes, j’aperçois Loule (la chienne de mon père : une Parson Terrier adorable avec un œil tâché, comme il se doit). Interruption d’écriture. Sur ce, déboule le kiné fraîchement débarqué de son avion depuis la Réunion où il a passé un mois. Il ressemble à Antoine[2] : bronzé et barbu, il manque plus que la chemise à fleurs, avec sa montre Philippe Patek d’homme moderne. Sa venue d’abord m’agace (tout comme celle de mon père) : je n'aime pas qu’on m’interrompe quand je parle, et là, j’ai besoin et envie de parler. Plus tard, ça sera au tour de ma mère. Comme une obligation conventionnelle en début d’année, alors qu’en fait rien n’a changé. Mais soit, à quoi bon se braquer ? C’est vrai que j’ai tout le reste de ma journée pour œuvrer, je remballe mon chagrin, et me laisse tenter par un café en écoutant le périple de Hugues. Il me rappelle plein de souvenirs, nous aussi on avait «fait» la Réunion, il y a déjà 24 ans. En tant que citoyen du monde, on se doit d’avoir «fait» ces destinations. Les clichés quoi. J’ai droit à un magnifique T-shirt «le Péï» synonyme de l’île, merci beaucoup Hugues.

         Le vadredi, comme beaucoup, je prépare deux belles playlists sur Deezer[3], en épluchant soigneusement toutes les compils «Dance» et autres «Ultimate Hits» (Il y a vraiment beaucoup plus d’épluchures que de comestibles, comme l'artichaut), pour ne garder que les versions originales des grands chefs d’œuvres dignes d’apparaître dans une soirée. Je prépare une deuxième liste basée sur l’actualité dansable, pour les jeunes, validée par ma fille, c’est vous dire. Bref, connaissant la bonne culture musicale (britannique) de Sharon, j’y mets tout mon cœur, et finit par constituer deux listes de quoi débaucher un DJ averti. C’est un peu l’inconvénient de ce genre de préparation : y’a plus grand’chose à faire ensuite, mais il y toujours quelqu’un qui surgit avec une idée, donc toute spontanéité n’est pas perdue. J’oublie, au passage, de cocher la case « Playlist Partagée », ce qui mettra un terme final à tous mes préparatifs. Impossible de se connecter à mon compte, et partage invalidé. Un peu grave les glandes, saloperisme de modernitude ! C’est génial quand ça marche, et hyper décevant quand (pour des milliers de raisons) ça ne marche pas. Bref, laisses tomber, pas grave, me dis-je. Grave erreur. Je ne passerai pas par la case départ, adieu les vingt mille francs. Sylvain a sorti ses vinyles avec deux platchines, et ça c’est une valeur sûre qu’on peut y compter dessus. Y’a même un petit côté « rétro » involontaire, avec la table de mixage au milieu et… le microphone. Effet boum, quarante ans plus tard : LOL. Évidemment Pit s’empare illico du micro pour animer, et nous mets même «Dreams are my reality»[4] pour danser le «slow» en couple. Là, on y est, c’est vraiment la boum. L’ampli installé pour l’occasion a des vumètres si puissants qu’ils forment un halo bleu clignotant en arrière-plan, l’illusion est parfaite. On serait en droit de se demander pour quelle raison le constructeur a décidé de mettre des LEDs aussi puissantes sur des vumètres. Pour faire impression, ça me gave. Perso, je les recouvrirais de tronze couches de vernis à ongles (y’en a bien un que Madame ne porte jamais : celui-là !). 

         Bref, on arrive parmi les premiers, les bras chargés de disques vinyles et de bectance dûment préparée pendant des heures, comme des millions de français. J’attaque au Ti-Punch et resterai au Ti-Punch pendant les heures suivantes, bourré H24. Assez étonnant quand on est en chaise roulante, le seuil de tolérance est déplacé… c’est assez inexplicable. Je peux y aller franco, puisque je suis déjà assis mais en même temps j’ai envie de pouvoir suivre les conversations, je jongle… Mon mentor spirituel en apéro, François, déboule avec Kathy. D’emblée il me vante les mérites de son magnum de vin rouge Major, de chez Carpe Diem. Je le connais ce vin, il est excellent. J’essaye de lui dire, en vain. Au fil des (premiers) verres, François réitère son laïus sur ce vin, et combien il est exceptionnel, et qu’il s’était explosé le porte-monnaie, mais qu’importe… J’essaye de lui dire qu’il me l’a déjà dit trois fois, en vain. Je suspecte un apéro pré-bringue. François passera le minuit péniblement, après nous avoir montré à nouveau son torse d’ex-judoka (c’est important pour lui de le rappeler), affalé ivre-mort sur une chaise, le bide blanc apparaissant sous sa chemise bâillante, ce qui nous fait beaucoup rire Nath et moi ! D’autres convives se joignent, un couple jeune, elle Antillaise, lui blanc[5] (beige et rouge comme dit son fils). Leurs enfants métissés ont cette beauté innée que seul un métissage permet, comme Lia et Angel, les deux très belles filles des Bompy. Pit envoie un Compagnie Créole à la platine. Je demande sur quels critères ce choix est justifiable. Au nom de la diversité ? Moi si j’étais originaire des Antilles, j’en aurais plein le cul de la Compagnie Créole ! La bonne humeur que dégage l’inoxydable Bal masqué semble emporter les danseurs:

-Légalégataang ohé ohé...  Draaaacula…Dracula, Cazaaanova…Casanova…

Vous voyez le tableau ? J’observe les convives chantonner entre vrai plaisir et gêne, c’est d’un drôle ! Les antillais sont assis, eux. Moi, c’est là que je m’inscris en faux, y’en marre de ces tubes «incontournables», franco-français qu’on entend depuis l’enfance à CHAQUE manifestation festive. Cela n’enlève en rien les qualités d’animateur de Pit qui reste incontestablement le meilleur dans cette catégorie. J’en profite pour m’éclipser sous les étoiles, une clope au bec, et un verre de rhum arrangé à portée (merci aux nombreuses personnes qui se sont partagées ce rôle abominable : tenir mon verre). On parle de tout, de rien, l’ivresse aidant (malheureusement) à atténuer la profondeur des propos. On évoque des résolutions. J’ai envie d’envoyer (avec un ton sincère et affirmatif) :

-Moi, pour 2017, je me mets au jogging, et à l’escalade, et je me remets sérieusement au vélo de route.

Mais ma boutade ne restera que dans ma tête, si au moins j’avais mon Eye-Ollie, je pourrais suggérer des chansons, sympathiser avec ces inconnus sympathiques… C’est décidé, c’est la dernière fois que je pars sans lui ! Fait ièch ! Moi aussi j’ai envie de communiquer. Et tant pis si je ressemble à un Hawkins croulant, m’en cague, c’est trop nul de pas l’emporter.

-Allo Olive ? Tu me soude un support ?

Le Fred est là aussi, avec sa main magique. Il m’offre une participation à fumer, trop bon ! Là pour le coup, avec les médocs et le rhum, je suis cintré à souhait, passé les 90° ! Fred me parle de «roaïal bloude», un groupe en vogue, il signifiait «Royal Blood». Là aussi, j’aimerais lui dire qu’il m’en a déjà parlé il y a deux mois, que j’ai bien écouté ce jeune groupe britannique sur les traces des Foo-Fighters et des Arctic Monkeys, que j’ai toujours –moi aussi-  préféré le rock britannique au rock américain, et que finalement, malgré le talent inhérent, c’est un peu trop «punk» pour moi, que j’écoute beaucoup de musiciens berbères en ce moment, et que la sélection Jazz de Fip est un bonheur quotidien… En vain, stombé. Je me contente de l’écouter parler, comme lui-même d’ailleurs : quand il a fumé Fred s’écoute parler. Je remarque que depuis que je le connais, je ne l’ai jamais vu avec une quelconque pilosité faciale, ce mec se rase tous les jours : respect. Au dedans, ça se trémousse pleins tubes. La table des petits (maintenant agglutinés sur la mezzanine devant un Wii-Dance[6]) a laissé place au dance-floor. Je regarde les femmes se déhancher, Kathy est la reine du mouvement aller-retour (con il movimiento de y vuelta)[7], et Anne est définitivement la plus sexy avec ses bas de chez Aubade que tous les mecs badent (je regarde, mais je vois aussi…). Vu la fenêtre temporelle que les Goisques se sont alloués sans enfants, je devine un ébat : ça m’étonnerai que Pit la laisse s’endormir ! Au son du Salif Keita remixé par Martin Solveig[8], Nath prend possession de la piste en entraîne absolument tout le monde. Je dois reconnaître que cette trouvaille de Pit est un succès absolu, ça ne laisse personne indifférent.  C’est LE truc à mettre, qui met tout le monde d’accord. Je regarde Victor danser, du haut de ses onze ans, il laisse son corps s'exprimer et élabore des pas avec son copain Raphaël. Remarquable cette nonchalance juvénile, dénuée de tout jugement (ça viendra malheureusement bien assez vite). Victor s’entoure des plus belles filles et danse. Il a tout compris. Pas besoin de moteurs chromés, ni d’ordinateurs pour garantir son bonheur.  Autour de minuit, Pit gère de main de maître le décompte sur son Apple-time-iPhone. Les enfants lâchent les ballons depuis la mezzanine, ecce 2017 !

         Sylvain m’embrasse sur la bouche, puis lève son majeur en doigt d’honneur. Là, je n'ai pas tout compris, mais on s’esclaffe de rire tous les deux ! Il y a trois ans, à la soirée au lac, Sylvain s’était barré suite à un simulacre d’homosexualité, offusqué. Là il m’embrasse sur la bouche. J’en conclue que c’est une preuve d’amitié très forte venant de sa part, et puis rien d’autre. Sylvain c’est un mec droit dans ses bottes, qui a le cœur sous la main, et quel cœur ! Le King c’est lui, il assure grave à la sélection musicale, faisant tout son possible pour contenter les demandes de tous les convives. C’est toujours pareil : y’en a toujours un(e) qui sait mieux pour le morceau suivant. Les jeunes finissent par s’imposer, la fièvre du samedi soir des frères Gibbs ne les inspire pas vraiment. Après les seize premières mesures, c’est au tour des adultes de faire la grimace : Black M et consorts, ça vomit du texte vulgaire monocorde.... Temps de faire une pause, on emmaillote[9] le Jésus avec son poncho en laine (fort pratique), une écharpe et direction salon extérieur. Tout le monde se caille les meules, sauf moi. Mon corps est un véritable radiateur, qui carbure au Heavy Fuel qui plus est.

Sharon est omniprésente, belle comme une Jamaïcaine et plus anglaise que la reine d’Angleterre, elle s’est tatouée un collier doré sur son cou ébène, à 50 ans elle n’a toujours pas une ride. De quoi rendre jalouses ses homologues aux visages pâles. The Queen c’est elle : tantôt en cuisine, puis dansante, puis aux disques, pour à l’occasion s’assoir et boire une flûte. La quantité de victuailles est gargantuesque. J’avais pris la peine d’expliquer par mail à Sharon, que pour moi, assurer la musique nécessitait un peu trop de mise en place matérielle, sur quoi elle acquiesça. Elle m’avait quand même demandé à seize heures, comment brancher une clé USB sur l’ampli, je l’attendais au tournant ! -Les jeunes sauront, lui avais-je répondu. En effet, il ne fallut que trois secondes pour relier un téléphone à la mixette, et re-voilà Deezer avec son choix pléthorique de 40 millions de titres ! Là, tu peux plus te battre… Ainsi, chacun put trouver son style : Fred et Gwen de danser sur du punk-rock (ceci dit, ça aura permis de voir Fred enfin se trémousser), Pit d’envoyer son Michel Fugain mouligasse qui n’emballe que lui, puis son infâme Diam’s qui à l’unanimité fit chier tout le monde. Heureusement qu’il a toujours son joker Salif Keita dans sa manche… Les jeunes y trouvent très vite un moyen d’envoyer du 2016, et même Sylvain trouve des reggaes de renom. Je m’abstiens de toute suggestion, vu le niveau sonore ambiant et mes meuglements de vieux bouc, autant pisser dans un violon. Le Eye-Ollie m’aurait bien aidé là.  On me cale devant un haut-parleur qui me découpe le tympan façon carpaccio. J’attire le regard de Nath qui me tire de ce supplice et me sors vers le calme. Au dehors, la prise d’air de la cheminée fait office de haut-parleur tant le volume est fort dedans… Au départ des Pateurons, je lance un regard à Nath, avec un mouvement de tête, il est quatre heures, je n’ai pas de honte à vouloir m’allonger. François dort toujours sur sa chaise, façon Phi d’Alcoletto[10]. C’est remarquable la communication non-verbale, tout ce qu’on peut dire d’un regard. Nath et moi avons développé un ensemble de signes (enfin, moi vers elle) tout à fait efficaces, mais qui ne remplaceront jamais les mots, bien sûr.

Sylvain et Sharon nous prêtent leur chambre, royal ! C’est une très belle preuve d’amour et d’hospitalité. Le passage vers la chambre fait 50CM de large, comporte une marche, et une poutre en béton très basse, parfait pour manipuler un âne mort à quatre heures du mat, pleins d’alcool. Nous y parvenons quand même, pas le choix. Ensuite, je me souviens de rien. Ah si, y’avait toujours le même air à la radio.

         Neuf heures du mat’, j’ai des frissons. Je ne claque pas des dents mais les cigarettes sont tutes foumées dans les cendriers. Le tumulte ambiant force au réveil. Bruits de vaisselle et chuchotements : tout le monde est  à table, les mêmes mais sans visage, c’est drôle ! Tout le monde en pisch’to[11], ou en slibard, c’est selon arrivage. Des sonneries de SMS fusent ci et là. C’est un nouveau rite, signe des temps, il FAUT adresser des vœux par SMS. Je suis très heureux de ne plus avoir besoin de cet artifice, bien qu’ayant été addict complet depuis la sortie des premiers téléphones cellulaires. Putain, j’en ai laissé du fric à Orange et Apple…Faut-il donc devenir muet pour relativiser le besoin de toutes ces envies ?

Ensuite, le naturel revient assez vite. Toujours avec la tête dans le cul, on passe du café à l’apéro (11H30 : c’est l’heure de l’apéro, non ?). Et vas-y, enquille des Ti-punchs et fume des clopes (rappelez-vous : if you wanna run cool, you gotta run on heavy-heavy fuel) ! Sakiébon ! Nath fait quelques vidéos devant les enfants curieux qui agitent spontanément leurs bras pour dire bonjour à la caméra. Les Goisques reviennent, Fred aussi, ainsi que François (face d’ampoule pour le coup, mais nettement plus loquace), puis Kathy. Claire se joint à nous et nous raconte sa soirée de djeuns. Idem pour Thomas qui a passé la nuit entière sur la télé avec ses potes : jeux vidéo plus films jusqu’au lever du jour, sans dormir ; au lieu de danser avec des gonzesses. C’est beau la jeunesse. Repas de midi à quinze heures, on n’est pas énervés. Et z’y va, bois et mange. En vingt-quatre heures je n’aurais pas utilisé les toilettes, c’est l’avantage des Ti-punchs ! Un nouvel an dans règles du lard, merci les Bompaille ! Vous êtes super !

 

       Suite à cet évènement tout à fait ordinaire, la vie reprend son cours, avec sa brochette de rendez-vous dans sa farandole d'établissements hospitaliers (déglacés à la javel basalmique). Ainsi, lundi je repars à Montpellier pour un contrôle tégnique, je vous raconterai bien sûr. Et début Février jeu meuh cassse (comme dirait Yves Sette) à Hyères pour un séjour d'un mois à l'hôpital San Salvadour. J'appréhende, et en même temps j'y trouverai certainement l'inspiration pour écrire, et ça c'est cool. Vous êtes les bienvenus, à la réception demandez à voir le patient le plus jeune. Allez,

-Bonne année hèèè, qu'elle soit longue et plate.

 

A tantôt.

 

PS : Sur MA platchine, un titre idoine : Carry On. Selzé ceux qui ne connaissent pas sont priés de quitter ce blog.

 

 

[1] Blague privée : Mossel signifie moule en néerlandais, et Groene-lip-mossel est une variété de moules cultivées en Nouvelle Zélande pour ses vertus médicinales. Elles ont les "lèvres" vertes (groene lip). Jeu de mot intelligible par les bilingues natifs…

[2] Pierre Muraccioli, dit Antoine, né le 4 juin 1944 à Tamatave (Madagascar), est un auteur-compositeur-interprète et navigateur français. La chanson Les Élucubrations d'Antoine le rend célèbre en 1966. C'est la seule chanson que l'on retiendra de lui. Tant mieux.

[3] Deezer (prononcer /di?.zœ?/) est un service français d'écoute de musique en streaming sous la forme d'un site web et d'applications mobiles, lancé en août 2007.

[4] La Boum est une comédie romantique française écrite et réalisée par Claude Pinoteau, sortie en 1980. Elle connaît un triomphe avec 4 000 000 entrées en France et 15 000 000 en Europe. Reality, le titre phare de la B.O.F. (composé par Vladimir Cosma, who else ?) aura bercé tous les ados des années 80, aujourd'hui proches de la cinquantaine…

[5] Normal quoi. (Coluche)

[6] La Wii (???) est une console de jeux vidéo de salon du fabricant japonais Nintendo. L'objectif de Just Dance est de danser, en suivant les mouvements des coach (pictogramme permettant de pré visualiser les mouvements), une chorégraphie. La détection des mouvements se fait dans les deux premiers jeux grâce à la Wiimote, puis grâce à la Kinect à partir de Just Dance 3.

[7] Phrase inscrite sur les cahiers de feuilles à rouler Zig-Zag orange. On répétait cette phrase avec mon père pour faire semblant de (savoir) parler espagnol.

[8] Madan : un killer absolu !  https://youtu.be/4rCEotaBsT4

[9]  Verbe à usage unique, le 25 Décembre de chaque année. Vous l'utilisez souvent vous ?

[10] Une forte tête de notre adolescence, qui a fini par s'assagir avec le poids des années.

[11] Invention lexicale de ma belle-mère. Ainsi Pyjama devient Pischto, Requin devient Rkin… dialecte de famille quoi.

 


04/01/2017
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Jesus he knows me : Samedi 24 Décembre 2016

     Noël en T-short (comme dit le kiné). Pas rare chez nous. Moi je dis Noël au balcon, Pâques aux Rabannes[1]. Tout est fin prêt, on attend… C’est le calme plat avant la tempête. Demain le ciel sera constellé de drones chinois, et les poubelles déborderont des coquilles de la luxuriance que se permet notre société. Inutile d’insister, j’y ai droit chaque année, comme dit Sophie, c’est récurrent. Mais le regroupement familial reste le pilier, la valeur sûre. Ayant vécu des Noëls pourris, où mes parents se volaient dans les plumes -je préférais partir sur ma mob, dans la nuit noire et glaciale, à 35 bornes : c’est du vécu… du coup ma phrase veut plus rien dire.  Je disais donc, ayant connu des Noëls SANS réunion familiale, j’ai décidé de fonder mon propre clan, et donc, d’avoir trois minots, enfin deux plus une minotte. Et, si c’était à refaire, on en ferait encore plus. Du coup, j’ai une pensée pour les gens, nombreux, qui n’ont pas la chance d’être en famille, et ceux qui n’ont pas d’enfants. Et oui, on y est : le cliché. Mais, toujours comme dit Sophie, il faut l’avoir vécu pour vraiment savoir de quoi on parle. Ce matin ma femme me demanda « C’est à quel moment que tu t’es senti devenir un homme ? », et je n'ai pas hésité une seconde pour répondre. C’était à la naissance de Claire, notre premier enfant, c’est vous dire si j’avais envie de former notre propre tribu ! Pour moi, la vie n’aurait pas de sens sans enfants.

     Je me laisse tenter par la messe de minuit, cette année j’ai envie de renouer avec cette tradition des faux-vrais chrétiens, ceux qui ne vont à l’église qu’à Noël. Ça me rappelle ma jeunesse, les messes en Tyrolien, à Lienz chez ma grand’mère. Là, il y avait un vrai manteau neigeux ! On me cale à droite devant, « avec les musiciens ». Je retrouve en effet mon ami François, le prêtre en chef de notre paroisse. Un homme jeune érudit, ayant parcouru le monde en moto, excellent musicien de surcroit… comment ne pas l’apprécier ? Nous nous étions rapprochés autour de deux guitares (et deux bières, ça va sans dire), et il avait fini par me convaincre de venir animer la messe. Je le faisais avec un grand plaisir, indépendamment des textes liturgiques, pour le plaisir du partage et surtout de la musique. Cela paraissait bizarre à mon clan. Une moitié se réjouissait de me voir régulièrement aux messes, l’autre moitié prenait ça pour une trahison, presque déçus, de me voir apprécier ces instants. -Alors, tu chantes « Jésus reviens parmi les tiens ? »[2] me lança Dave un jour. Force est de constater que la caricature  est proche de la réalité. Parmi les fervents détracteurs je citerai mon père (ah!), ma mère (ow!), et Pit qui lui enfonce le clou à la force de son pouce seul. Lui t’es sûr de ne pas le rencontrer dans une église. Mais aimer c’est pardonner, et on ne peut pas désaimer[3]. Oui, je kiffais, jouer d’un instrument en chantant, il n’y a pas mieux ! Je laissais railler, leur jalousie ne me touchait pas. J’aimais faire le con en jouant des mesures en 3/8 (alors qu’on était en 4/4) et en observant combien de temps le Père François mettait à s’en apercevoir, pour me faire les gros yeux entre deux paroles chantées devant l’audience : jubilatoire ! J’aimais aussi, pendant un silence de l’assemblée (église comble) démarrer « Faith » de feu Georges Michael, pour dérider un peu l’ambiance pesante… Dès la deuxième mesure, j’avais tous les regards sur moi, je leur lançais en chuchotant : -Ben, quoi ? C’est de circonstance non ? Mais je me heurtais là aux limites (de langue et du respect), c’était mon but. Et jamais je ne les aurais franchies.

J’écoute donc la messe, en ayant une oreille traînant coté instruments. La sélection 2016 n’est pas fameuse… seul François est à la hauteur. Son chant à la tierce supérieure (le seul) me file la chair de poule ! Comme j’aimerais pouvoir chanter !!! Saloperie de maladie, je pleure de déception.  Le guitariste envoie le même accord sans notion de rythme, un djembé ruine le spectre sonore déjà fort de réverbération, tapant les basses au hasard… n’importe quoi. Corinne chante des aigües fausses, malgré toute sa bonne volonté, on est loin du Westminster Cathedral Choir. On est à Cotignac, on fait avec ce qu’on a. Peu de têtes connues, beaucoup de touristes. Combien de temps ces célébrations fédèreront-elles encore des vrais-faux chrétiens ? Un vin chaud et c’est marre, demain sera pour les enfants.

 

     Je suis un illettré, mais j’écris pour me convaincre du contraire. Je me réveille avec cette citation dans le « meilleur de » Boomerang. Ça me correspond bien, merci à cet auteur dont j’ai déjà oublié le nom, mais qui disait en substance que tout le monde peut devenir écrivain. Il a raison, avec le ouèbe, tout le monde peut se promouvoir, mais on ne retiendra pas mes écrits bien longtemps. Donc il a tort. Le talent ne s’improvise pas. Julien[4], qui vit à travers une culture média-people télévisuelle de son époque, me disait l’autre jour :

-N’importe qui peut être célèbre, en citant un illustre inconnu qui avait fait fureur sur le réseau social en vogue, avec une connerie de l’ordre de la débilité profonde. J’acquiesce d’un hochement de tête, en pensant « Qu’est-ce je m’en cague… ». Mais au-delà, cette remarque est profondément véridique. La preuve, vous lisez le récit d’un ex-plombier qui n’a jamais rien lu, alors que vous pourriez dévorer un authentchique Fred Beigbeder, ou un véritable Amélie Nothomb. Mais non! Je plaisante ! Je voulais dire un Frédéric Dard ou Jean D'Ormesson, enfin de l'écrivain quoi. Vraiment, c’est n’importe quoi.

 

     Vous espériez que j’allais vous raconter mon Noël ? Et bè non. C’est la «trêve des confiseurs»... comme s’ils allaient s’arrêter de vendre des galettes de rois avant l’heure… je vous le djis, c’est n’importe quoi.

 

Bon bout d’an (blin). Je vous aime.

A tantôt.

 

 

 

[1] La rabanne est une bûche de lignite, jadis utilisée en Irlande pour chauffer les foyers des plus pauvres. Non, je déconne, Paco Rabanne (né Francisco Rabaneda) est un couturier espagnol. Il a marqué l'univers de la mode dans les années 1960. Dans les années 1990, il s'est également illustré dans les médias à travers des prédictions (la plupart du temps révélées fausses) et le récit de ses prétendues vies antérieures. Également connu à cause de son excentricité, il s'est lancé avec succès dans la création de parfums.

 

[2] La vie est un long fleuve tranquille est un film français réalisé par Étienne Chatiliez et sorti en 1988.

 

[3] Citation de mon ami Stephane Correa.

 

[4] Julien est un vrai fabophile. Ca veut dire qu'il collectionne les fèves des gâteaux de rois. Il fallait l'inventer ! Ces merdouilles qui finissent dans les vide-poches, lui il les collectionne ! Avis aux non-collectionneurs, vous ferez un heureux en lui offrant ce mouton en porcelaine qui vous a niqué une dent….

 


29/12/2016
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Mon plus beau cadeau : Noël, 25 Décembre 2016

Voici mon plus beau cadeau : une lettre de mon petit frère Mathieu.

 

 

 

Journée type

 

-8h30 sur le parking Tieu ?

-Ok j’y serai Oli.

Le lendemain matin j’engloutis mon verre de jus d’orange accompagné d’une bonne tartine. La matinée va être intense. Encore une fois je ne sais pas quel va être le programme, mais c’est sûr, mes mains vont saigner. J’entends le moteur du Volkswagen. C’est l’heure !

-Salut !

-Salut Tieu !

Comme d’hab le « café » fume dans le mug suspendu au tableau de bord (jus de chaussette infâme sans saveur, sans sucre, sans rien d’ailleurs) mais ça fait Ricain, donc c’est forcément cool !

-On va chez qui aujourd'hui ?

J’ai le droit à une réponse exhaustive incluant : nom du patient, âge, préférences sexuelles, situation géographique, accompagné de son adresse postale. La plupart du temps je me demande pourquoi je pose cette question puisque dans 90% des cas je ne parviens pas à situer l’endroit malgré ces renseignements précis. La radio en fond (le plus souvent France Inter) me permet d’émerger à mon rythme.

-C’est quoi le programme ?

Oli me regarde avec une mimique qui veut tout dire !

-Pelle-pioche, c’est ça ?

-Ouais !

Bon ben c’est bon ! J’ai compris. Je n'ai plus de questions. La descente du camion est un scénario redondant quand vient l’heure des présentations.

 -Voici Matthieu…

-Ah c’est votre fils ! Oh Bè Tèè ! Vous avez les mêmes yeux ! Il est beau Hèè !

- Non madame c’est mon frère, c’est un étudiant ( poils aux dents ) en médecine .

Et là, le mot est lâché, "Médecine", ce mot a le don de faire fantasmer les gens ; leur regard change et les sourires deviennent mielleux. Ce qui est totalement faux, mais bon nos patients-clients apprécient.

-Je vous fais du café ?

Réponse positive de notre part. Le temps que le café chauffe, j’en profite pour décharger le camion. Au niveau équipement on ne peut pas dire qu’Ollie taffe avec la bite et le couteau, ça non madame ! Un plaisir de travailler avec des machines qui fonctionnent. Le café dans l’estomac il est temps d’arrêter de faire semblant. Problème d’égouts il semblerait. Donc pelle et pioche, et vas-y, creuse mon con, jusqu'à trouver les canalisations. L’affaire est réglée à grands coups de Kärcher. Mission accomplie, c’était le tour de chauffe. Dépannage classique, sans accros qui fait passer le plombier du statut d’artisan à celle d’un professeur savant dont la science permet de résoudre un problème métaphysique où seuls quelques initiés ont la clef. Bref…

-Tieu on bouge !

-Où ?

 - RICHARDSON

Nous voilà repartis, cap sur Brignoles. Oli entre dans la place, connu comme le loup blanc, les vendeurs le préviennent d’entrée, il manque une pièce ! Classique ! Pas vraiment étonnant, nous ne traitons pas avec des suisses... Changement de programme, Oli passe un coup de fil au client pour lui annoncer la triste nouvelle, et dans la foulée prévient un autre patient, plus chanceux que le précédent, de notre venue. Tout ça par Bluetooth dans le cockpit connecté. A propos de dents bleues, notre prochain patient porte le nom d’une dent du fond de la bouche... Étrange ! Mais avec lui, pas de problèmes de règlements. Lui, il paye rubis sur l’ongle... Un gros poisson Suédois, dont tout le monde ignore ce qu’il fait comme métier, lui aussi probablement. C’est très agréable de travailler dans ses milles et une villas. C’est quand même une des seules fois où il est possible de remplacer des robinets de douche à 54 carats. Si tu veux caresser l’espoir d’en caler un dans ta salle de bain, il reste à espérer que ton banquier soit bien luné ! Ici aussi : mission plutôt aisée, remplacement d’un mécanisme de chasse et installation d’un lavabo et son mécanisme de vidange pour ma part .

Du côté d’Olive ça se rapproche plus de l’art. Atelier soudures à l’étain sur gouttière en zinc, le résultat est plutôt pro ! Après avoir « fait propre » ( une expression très utilisée par les communards quand ils ont un stagiaire à former. Par exemple : "Oh piou ! Vé ! Lève moi le tas de feuilles ! Tu fais propre hè ?", il est temps de se requinquer avec bière blonde et sarwich ou pizzas froides achetés à la boulangerie. Quand on mange un repas acheté, dans 100% des cas je n’ai pas un rond sur moi. Le patron est plutôt sympatchique avec son ouvrier et le rince sans jamais râler. ( Merci pour ça ! ) Moment assez fantastique pour peu que la vue soit agréable et la météo clémente. C’est souvent le moment de discussions futiles et des coups de fil. Café- Clop et c’est reparti !

-Chantier dans le village staprem.

Si tu sais pas le jour qu'il est, avec cette phrase tu devines automatiquement que ce n’est pas mardi ; puisque le mardi, c’est le marché, alors pour tous ceux qui ont un problème de toilettes bouchées le mardi, j'espère que ce n’est pas un jour de gastro ! En effet le village est impénétrable, les hordes de touristes viennent faire tourner l’économie locale et profiter innocemment des joies d’un marché achalandé d’olives marocaines et autres vendeurs d’attrape-rêves... Dans le village c’est le taff de l’ouvrier de porter les outils les plus encombrants. Et comme souvent, c’est au dernier, ou avant dernier étage que se déroulent les opérations. On fait un tour de visite pour prendre la température et choisir les outils les plus utiles. Et là, vraiment pas de chance pour ma face... plomberie à base de PEX-Al, où les raccords nécessitent la sertisseuse ( grosse pince hydraulique, accompagnée de ces mordaches de différents diamètres le tout dans une seule et même boîte).

-Tieu tu peux me prendre la sertisseuse ?

-Ouais, pas de problèmes !

Pas de problèmes ? Mon cul !!! Bon j'ai pas le choix, je lui ai donné ma parole et de surcroît je suis payé. Bon, là il faut quand même comprendre que tu te trouves devant une valise de 100KG avec une seule poignée ! Donc t’as forcément perdu d’avance. Je l’empoigne, en la sortant du fourgon on sent que les roues arrière font déjà moins la gueule. Arrivé en haut, ce n’est pas fini, un va et vient incessant de ma part entre le fourgon et les étages permet à Ollie de travailler dans les meilleurs conditions avec les outils qu’il faut. La journée se finit en douceur sur un bon vieux skank de Soldiers Of Jah Army (SOJA), un album qu'on aura littéralement usé. Oli me reconduit sur le parking de ma maison, baisse le son de la radio et...

-8h30 Tieu ?

 

 

J’ai essayé de travailler au mieux avec toi tous ces étés, ça a été des expériences très formatrices manuellement, mais aussi le simple fait d’être ensemble me laisse des souvenirs de très très grande qualité.

 

Je t’embrasse fort grand frère.

 

Happy Christmas Bro  !

 

 


25/12/2016
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Confortably numb : Vendredi 16 Décembre 2016

Confortably numb : Vendredi 16 Décembre 2016

 

Dernière matinée tout seul. Je savoure le calme plat avant la tempête. Demain Full House. Dans une heure l’orto. Tout ce décompte avant Noël me gonfle. J’ai très mal dormi, malgré une préparation en bonne et due forme. Je suis en vrac, jambes tremblantes, crampes et corps spastique. Mais qu’est-ce j’ai fait oh, bon Dieu ? Le ciel est mitigé, avec une luminosité allant de plein cagnard à orage sombre : ça affole mon Eye-Ollie qui se dérègle tout le temps.  Je ne peux même plus écrire, fais chier ! Ma main droite n’arrive pas à attraper la souris-joystick, décidément j’ai la guigne ce matin. Je m’engourdis confortablement[1].

Mais je cultive la patience avec le temps, si ça ne le fait pas maintenant, ça le fera demain. Je n’ai plus aucune raison de me presser, c’est à mettre sur la liste des avantages. Mon planning est établi comme une partition. Tel jour à telle heure, telle personne me donnera telle barquette à manger, pourquoi s’en faire ? Royal au bar non ? Modus Balek, puissance Tronze. Le jeudi, je moule un étron de trois kilos, et c’est reparti pour une semaine, y’a rien là ?

Mes auxiliaires de vie sont programmés comme des robots, avec un mouchard qui collecte désormais toutes les données temporelles. J’ai envie d’en créer un double juste pour faire chier la secrétaire. Julien pourrait aller déjeuner sur le port de Saint Tropez avec sa gonzesse, et le compteur indiquerait 39 heures par semaines, plus trois cents kilomètres à défrayer. Nickel. Ou alors on copie le badge à mille exemplaires et on en colle partout. Ça me rappelle un stupide boulot d’étudiants : on devait apposer des dispositifs antivol autocollants sur les denrées de valeur avant les fêtes, dans un Carrefour. Vincent et moi (et oui, toujours les mêmes cramés) avions collé deux cent antivols sur un même foie gras. Et le contremaître de venir vers nous : « Qui de vous deux à fait ça ? ». Éclatés de rire, on s’est fait virer sur le champ. Boulot débile.

Bref, comme dit Jules, ils sont désormais fliqués, pas faux. Le système leur impose des anticipations exorbitantes : une modification d’horaire provisoire doit être annoncée sept jours avant ! Poser ses congés se fait six mois avant. Bonjour les robots ! Le patron, il annonce six mois avant ses vacances ? Le logiciel doit calculer qu’en Mars 2065 Julien partira en pré-retraite, et donc, on mettra en place son remplaçant dès Novembre 2064, en binôme. Il aura perçu Tronze mille fois le SMIC, versé Finze mille en charges sociales, et dans une feuille de tableur protégée par un mot de passe le patron pourra lire le coût global du salarié et surtout les marges nettes qu’il aura apporté à l’entreprise. Tout est écrit, tout est planifié. En 2065, j’aurai avalé l’équivalent de dix brouettes de pillules déballées, j’aurai mangé quatre tonnes de compléments alimentaire à la vanille… Je m’étais « amusé » à remplir un calendrier de tous les évènements immuables à venir, c’est carrément flippant. Lorsque le banquier me fit signer en bas à droite, et que je voyais l’ultimatum, cela m’a filé la gerbe. C’est la seule fois, heureusement. Le crédit s’est soldé en Aout 2015, quelques jours après que le RSI me déclarait officiellement Cotorep[2]. Ironie du sort, non ? Comme chantait Bernie Goodneighbor, « Tu bosses toute ta vie pour payer ta pierre tombale[3]… ». J’aime à le rappeller. Les ordinateurs programmés finiront par nous réduire à l’état de robots, c’est l’autodestruction. Sauf pour quelques rares artisans dans la haute montagne, où les vaches n’ont pas de trayeuses en Bluetooth et où les chèvres sont encore non-connectées. Je monte aux créneaux (entre les mâchicoulis) et je rêve d’un monde sans calendriers…

Full House : les enfants ont repris possession des lieux. Le jardin grouille de mobylettes improbables pétaradantes, et la cuisine est le QG des filles. Le four et le lave-vaisselle tournent en continu, c’est la vie qui s’installe. Je suis heureux d’avoir tous mes petits sous le même toit, tintamarre sine qua none.  Un sentiment chaleureux. Notre famille. Faites des enfants !

 A tantôt !

 

 

[1] Confortably numb, Pink Floyd, 1979.

 

[2] La Commission Technique d'Orientation et de REclassement Professionnel (ou COTOREP) est une ancienne institution française. La COTOREP est devenue en 2006 la CDAPH par fusion avec le CDES. La CDAPH fait partie de la MDPH. Dans le langage familier le Cotorep désigne toute personne handicapée, surtout mentalement. Ex : "P'tain t'as vu la tronche de débilosse ?", "Carrément, il doit être méchamment Cotorep celui-là !".

 

[3] Trust, Antisocial, 1980.

 


17/12/2016
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