Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

Crack liquide : Dimanche 26 Février 2017

Samedji

 

     Enfin du temps pour écrire. J’ai bien dormi pour la première fois, à force de Laroxyl et Nocta2000, je n'arrive même pas à voir la fin du film, un régal !  Je me fais lever par Jessica qui, une fois de plus, tente le diable. Ce sera le début d'une matinée de merde.

Jess loupe mon transfert, je me retrouve raide avec le bord du lit en fer dans les lombaires enflammées, la tête pendante, elle écartelée entre le bouton d'alarme et mon dos. C’est là qu'on apprécie la réactivité du personnel, qui ne vient qu'après de longues minutes.

     P'tit dèj-clop-ordi, il me vient une envie de pisser, je presse le bouton. Vu la réactivité (due à un manque d'effectifs, c’est certain), je pisse dans mon froc pour la quatrième fois ici. J'espère que le bouton d'alarme est en basse tension, sinon je risque un électro-choc sur la bite. Vas savoir, tant ça guérit les SLA ! Bref, je "profite" de l'occasion pour mouler un bronze. Opération Normacol. Jess me vide un flacon dans le cul et advienne que pourra. On me laisse mijoter un peu mais rien ne vient. L'envie a disparu ! Je ne saurais abuser de leur patience, toujours sans le verticalisateur Samantha me fracasse la tête contre la paroi en alu bien rigide. On me rhabille, la housse du fauteuil part en machine avec le reste. Je décide d'en fumer une pour retrouver mon zen. On me propose un café : royal au bar. Café-clop-terrasse, bonheur ! La kinésithérapeute déboule avec son tact légendaire pour m'installer le fameux dynamiseur pulmonaire. Pendant le traitement, je sens comme une vague de chaleur envahir mon assise. Ça y est, le Normacol fait son effet, je suis en train de littéralement me caguer aux brailles. Wéééee ! Une odeur âcre remplit la pièce, une odeur de chiasse, pas de pet ou d’estron, ou encore de trou du cul, non, une véritable odeur de chiasse liquide qui schlingue sa race !  Putain, deux pantalons en une heure ! J'aurai eu raison de la kiné, at last. Elle est sympa mais pénètre un peu trop ma sphère d’intimité, cette boule invisible que nous avons tous autour de la tête, epi elle pudubec. Une sorte de rhinocéros dans un magasin de porcelaines.

Dans la foulée arrive Eileen, la petite irlandaise :

- Monsieur Brinkmen, c’est l'heure de faire les aérosols, on y va ?

- Nnghrr !

- Allez, ne vous inquiétez pas, vingt minutes seulement. - Mrhhnn

Et me voilà raccordé comme un cosmonaute, de la vapeur plein les binocles et un compresseur de chantier pour seule ambiance musicale. Elle revient au bout des vingt minutes :

-C’est très bien, allez on va manger maintenant.

Quelle superbe matinée, il y avait bien quarante-sept ans que je n’avais pas chié dans mon froc !

     Maintenant un petit calcul mental : je regarde le programme télé et constate ceci : à 20H55 démarre mon feuilleton qui dure 45 MN. Le prochain feuilleton démarre à 22H35. Mon premier feuilleton est donc "dilué" dans 55 MN de pub, soit plus que le film lui-même ! Et si je veux voir les deux pour connaître la fin, j’ingurgite 1H50 de publicités, il faut absolument que j'expose cet exercice aux enfants. 

     Ma pilosité faciale intrigue tout le monde. À force d'y tartiner chaque purée, yaourt, ou crème avec une serviette, le résultat est un bout de moquette façon coco, le genre bien rêche qui te râpe les pieds. Si on mettait un seul poil au microscope, on y décèlerait des milliers de molécules, on saurait exactement ce que j’ai mangé.

- Dites chef, cette molécule se rapproche de celle qu'on trouve dans les piments rouges, c’est normal chef ? 

-Oui, le mec il met du Tabasco partout. Regarde la taille du flacon fada ! Il l'a déjà vidé à moitié ! 

-P’tain, zavez raison chef, il doit chier du feu le gonze !

Et c’est ainsi que naquit la légende d'Ollie et son flacon de feu liquide.

Nicolas m'avait acheté un Tabasco format restaurant, il avait été visionnaire.

     En effet, la nourriture servie ici est tellement fade que ce précieux élixir me sauve la vie toutes les six heures. Nathalie y a aussi rajouté de l'ail en poudre, du Maggi (très bon pour les glutamates du neurone qu'il me reste), du curry, du sucre roux, des bières. C’est simple : ma table est claffie de condiments, chaque repas ressemble à un steak tartare qu’on prépare aux goûts du client. Jean Reno pensait me snober avec son pot de miel, c’était sans compter sur mon kilo de cassonade, puis quand la serveuse apporta le feu liquide j'avais plus dégun en face... Non mais !  Il m'a pris pour un danse-à-l’ombre ou quoi ? Nardinne Amok, tu crains avec ta mini fiole de miel liquide, casses toi tu pues, et marche à l’ombre. Mon pote Jason Statham est rentré à la maison, il a été remplacé par une doudou toute noire avec le même FRE que moi. Angélique souffre de pathologie neuro comme nous tous ici. Nous nous sourions à chaque repas, elle est au régime avec ses 150 Kgs, mange une biscotte et passe le reste du repas à me regarder m’ empiffrer mes deux assiettes et quatre desserts, plus ma bière. Je mange comme un porc et j’ai perdu un kilo, quelle injustice ! Un nouveau cas de SLA est arrivé dans le service, pas de quoi trouver des affinités, il est vieux, moitié chauve, et sa gueule ne me revient pas. Dommage. Pour autant, peut-être que c’est un mec génial qui a soudé des cadres de chopper pendant la moitié de sa vie, fanatique de la Californie et parlant six langues couramment... Non, impossible, il a dû être gardien de nuit dans un Mr. Bricolage vu sa tronche...

 

Dimanche

 

     Je profite un max de mon temps pour ne rien branler, comme il se doit. J’ai l’humeur vagabonde avec France Inter, branché H24, délicieux. Personne n’écoute la radio ici, on me prend pour un intellectuel. M’en cague. La télé ça va le soir, et encore, de préférence Arte où on ne te lobotomise pas à coups de pubs. Fip me manque énormément, tout comme Deezer.

     Dix-sept jours déjà sans mon joystick, je crains le pire, une fois revenu. J’ai mille projets dans la tête, de roues estra larges, en re-rayonnant les moyeux. Les roues de fauteuils roulants sont données en 24" mais il s’avère que les jantes font 540mm et de fait, tu ne peux y mettre que des 37mm, au mieux des 54mm à chambres, quelle tristesse. Le seul moyen est donc de rayonner les moyeux sur du 24" en 507, et là s’ouvre un choix de peuneus invraisemblable, jusqu’à 4" en slick, crampons, flancs blancs, enfin des roues qui ont de la gueule quoi !  Y en a marre de matos terne gris ou noir.

     Bref, je zone sur le ouèbe, je fais la sieste, je me fais caler en plein cagnard, je scrute à l'horizon des kite-surfeurs, et je regarde l'intérieur de mes paupières, à la radio passe Is there life on Mars de Bowie interprété par George Sèu en brésilien, todo bem acqui. Je suis bien, confortably numb. J’appuie sur le bouton, je marmonne "fumé" et c’est repartchi. Farniente dé Niente.

 

À tantôt.

 



27/02/2017
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