Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

Lâcher-prise : Dimanche 28 août 2016

Dimanche matin en slibard au soleil levant. Julien m'a méthodiquement transféré du lit vers la chaise à roues. Ce matin le bruit ambiant est serein. Pas de pompes à béton Schwing vers les chantiers Porter et Cronk, pas de fourgonnettes plateaux d'artisans à la bourre, avec les glacières en plastoc sale dans la benne, pas de livraisons de tout-venant, ni de camion poubelle. C'est relâche, ceux-ci sont remplacés par des cyclistes en groupes dont les conversations tonitruantes arrivent par bribes à mes oreilles, du moins pour ceux qui montent. Ceux qui descendent ne parlent pas, seul les bruits de leurs roues libres et des rayons tranchant le vent forment un doux murmure, il m'est cher celui là. Chaque passage me rappelle à mes virées tant regrettées avec mon Peugeot de l'épopée Thevenet, dont j'avais refait les moyeux et les rayons. Séquence nostalgie. Pour les véhicules motorisés les sonorités sont différentes aussi. Les motards du dimanche sortent leurs quatre cylindres en ligne à échappement libre (la nuance avec les boîtes à savon de rallye type 'Simca 1000 collector' tient à la rapidité du passage des vitesses), puis les V-twin à crédit façon Harlé des quadras arrivistes, puis les rassemblements de vieilles trapanelles qui vont d'un café à un autre en observant les curieux s'extasier devant leur jouet. Un panel de signatures sonores différent d'habitude.

         Trois jours passés à dormir. Plus envie de rien. Mon corps m'abandonne, je n'ai plus envie de me battre. Me battre pour quoi ? Tout me semble dérisoire à nouveau, je me dis que le monde tournera bien sans moi, il n'y a pas de doute là dessus. Marre de la grille horaire imposée, de manger sans faim, de me laver alors que ne suis pas sale...  J'essaye donc, sur les conseils de Sophie, de "lâcher prise". Ca veut dire quoi "lâcher prise" ? On en revient au Modus Balek, mais revisité en profondeur. Ne plus s'occuper de (et accepter) les choses que je ne peux pas changer, avoir le courage de changer celles que je peux changer, et avoir la sagesse d'en voir la différence. Bien parlé non ? Ah bé c'est pas de moi, tèèè. Mais c'est ça ah caisse je veux dire. Donc, j'ai dormi 20H par jour, en applicant cette pensée. A vrai dire, ma pensée était plutôt : je ne peux plus rien, donc je fais ce que je peux, soit rien. Résultat, une bonne remise à l'heure de la pendule intérieure, mais c'est tout. Les choses sur lesquelles je n'ai plus d'emprise continuent à m'interloquer. La mouche qui grimpe sur mon bras me démange toujours, la copine à Claire qui ne me dit jamais bonjour continue à m'agacer avec son manque de politesse, les grèves qui vont redémarrer me donnent toujours un air de déjà-vu, le SAV médiocre de mon Eye-Ollie continue à m'hérisser le poil... et pourtant je n'ai aucune emprise sur ces choses là.

         Ma main droite va très bientôt déclarer forfait, comment je vais faire pour poster mes messages ? J'aurai besoin d'un intermédiaire supplémentaire, quelqu'un qui collera mon texte brut sur Word. Fais chier. Je veux faire ça moi même, vous comprenez ? Est-ce la peur inconsciente de ne plus maîtriser ma vie, de décevoir mon entourage ? Pendant ces trois jours, j'ai sublimé le néant, la vacuité, le rien. Mais cet abandon ne me permet pas encore d'ouvrir ma conscience sur de nouvelles alternatives pour évoluer. Je me suis senti privé de communiquer avant tout, grâce à l'Eye-Ollie (et SA morue dans SA farandole de légumes)[1]. Dormir comme une marmotte c'est bien, mais communiquer avec ceux que j'aime m'est plus cher. Je vais donc fabriquer (Mini-coupe-soude est vaillant) un support pour écrire allongé, tel un authentique fainéant. Oui, car j'ai oublié de le préciser, mes jambes semblent déclarer forfait itou. La douche j'y crains de plus en plus, la moindre chute serait fatale. C'est pas que j'aies peur de canner, mais dans la douche ça craint. Plutôt allongé, sur un orgasme façon Gainsbourg. Bref, après cette première tentatchive de "lâcher-prise", je m'aperçois une fois de plus que je ne suis pas encore assez sage (le serai-je un jour ?) pour me permettre une déconnection. Mais le mode Balek évolue par la force des choses, et que je veuille ou non, il faudra bien m'y faire. J'ai encore le choix dans la date, c'est bandant.

A tantôt.

 



[1] Adjectif possessif, ici déterminant utilisé pour rendre l’idée de possession de l'aïoli ayant un rapport avec le mets dont on parle. Le poisson et les garnitures appartiennent à la mayonnaise, c'est ainsi dans le charabia "fleuri" des menus de restos français. Voilà une autre raison de ne pas m'abandonner, franchement ça craint leur syntaxe ! Essayes de traduire quand tu invites des amis étrangers à manger, c'est l'enfer ! Je monte au créneau, et je m'inscrirai en faux-filet jusqu'au bout



03/09/2016
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