Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

Forum méditérranéen : Vendredi 10 Mars 2017

 

     L'heure des bilans arrive à grands pas. Ce lundi matin reste assez inoubliable. Le dimanche glorieux où je me fais teindre les tifs est déjà loin. Après huit jours sans mouler le chocolat aux bords des lèvres me tourmente à chaque mouvement et particulièrement cette nuit où je zappe les somnifères. Mes cigarettes sont toutes fumées dans le cendrier, c'est plein de Kleenex et de buteilles vides... Le calendrier des infirmiers indique une date butoir : le Normacol est au programme ce matin, le quatrième nota bene. Transpalette et harnais vers le gogue, j'y crains l'échec. Transpiration et tous muscles bandés de bon matin, je pleure de tous mes pores, laissé seul là figé en place sans pouvoir me déplier. Zéro nestron once again. J'ai beau ignorer la douleur, elle me gagne pourtant. Un soulagement énorme lorsque le vérin me suspend à nouveau, c'est un des rares moments où mon corps est allongé sans contact avec un quelconque support. On évoque le terme de "téherr", j'en conclue que c'est un acronyme dont la dernière lettre est indubitablement un R pour rectal. Dérogation, infirmière, une réunion au sommet se met en place derrière mon dos. On me replace à l'horizontale, le tube de Vaseline y passe intégralement, puis un nouveau doigt vient à la foire-fouille. J'aurai eu des doigts de tous horizons, mon cul est un véritable forum méditerranéen. Magali me rassure de mots doux pendant que Jules me presse la bedaine et que Lise s'évertue sur ma rondelle. Résultat moyen mais je traspire des litres, un crédit de repos m'est imposé, ce n'est pas de refus. Je me sens coupé en deux avec la sensation d'avoir un légume planté dans le cul. Je me rendors sur fond de France Inter, une âme rentre dans la chambre toutes les cinq minutes : un coup pour la saturation, un coup pour le ménage, la kinésithérapeute, le médecin qui fume avec un pascht, l'ergologue, l'étudiant qui se trompe de chambre... Finalement je déjeune au lit à dix heures, et me fais laver sur place par le même duo attentionné. Le soin est exceptionnel de générosité, je suis scié. Jules ne fume pas, pourtant il m'accompagne, m allume la clop, la cendre toutes les minutes, ne cherche pas à converser à tout bout de champ, ne scrute pas mon visage, et... comble d'attention, me taille les sourcils un peu trop fournis...

 

     La direction a dû finir par recevoir mes mails, à trois jours de mon départ arrivent soudainement des compléments alimentaires. J'apprend la patience tous les jours, c'est une notion de base quand on devient handicapé. A tous moments elle peut te servir, surtout quand tu ne t'y attends pas. On te cale aux WC sans alarme, et bien mieux vaut s'armer de patience. Après avoir lu la notice danoise pendue au lève personnes suédois, il n'y a pas grand-chose à faire d'autre que patienter sans rien faire d'autre. Tahaa sek chtedire? Tuer le temps, voilà bien un truc que je n'aurai pas pu m'imaginer avant. Quelle horreur ! Avant je rêvais de ne pas avoir besoin de dormir pour pouvoir disposer de plus de temps pour réaliser tous mes projets. Maintenant j'ai trop de temps ... Le handicap est la première étiquette qui te colle à la peau, quoique tu fasses. Ma vue baisse grave, je suis totalement aveugle sans mes triples foyers ...

Rebelote ce matin : lavements et majeur profond. J’ai fini par capituler avec un litre d’eau chaude ajouté au transistor intestinal. Je me suis permis pour la première fois de ma vie d’assouvir un phantasme qui me revient à chaque départ d’une chambre d’hôtel : j’ai carrément chié dans les draps ! Je plains le type qui reçoit le linge à la buanderie, il doit dégrossir à la pelle peuchère ! Tout ce mic mac est probablement psychologiquement lié à mon départ.

 

Les questionnaires de satisfaction se multiplient, le troisième (identique) en quatre jours. Preuve flagrante qu’aucune info n’est « transmise » à mon sujet, celle-là je me la garde sous le coude. Je disais donc, l’heure des bilans. Une des questions va comme suit : « Conseillerez-vous cet établissement à un ami ? » Vaste réflexion. Oui et non. L’expérience humaine est très enrichissante pour l’étude des sociotypes. Pas moins de quarante interlocuteurs différents se sont indirectement ou directement occupés de moi. J’ai retenu trente prénoms. Plus de vingt femmes m’ont tirlipoté le chiwawa, trois infirmières m'ont visité là où le soleil ne brille jamais, j’ai avalé statistiquement douze kilos de purée de pommes de terre, j’ai eu zéro poutre apparente, j’ai fumé tronze mille clops, offert 17% de mes clops, j’ai répondu à zéro commentaire sur le blog, ouvert zéro lien reçu : pour 15000€ c’est en option sur ma Windoz Tablet. J’ai envoyé trois mails à la direction, qui a reçu ma dernière missive six cent fois ! Il m’étonnerait que mon adresse n’ait pas été convertie en indésirable… Bref pour répondre à la question : oui pour l’humain, non pour le reste.

Le jour du départ on est partis voir un ami au centre hospitalier de Renée Sabran. : Venant de San Salvadour, comment te dire ? Un peu comme ouvrir une porte sur un retour vers le futur avec des salles de kiné grandes comme un gymnase et de la rééducation en bassin d’eau avec treuil et un rail d’ici à … Donc, une fois que t’as vu ça, la salle du kiné de San Salvadour elle fait un peu sourire Stémieu… Donc, sommes toutes, oui, pour l’humain. Je me suis fait des potes, une bonne trentaine. A la fin ils venaient tous me voir pour me demander quand je reviendrais… L’humain sacré délien !

 

     Mon départ a été savamment orchestré avec un jeu de pistes à brouiller sur place. A commencer par un aïoli en bonnet de forme avec un coup de rouge. De quoi oublier sur-le-champ un mois de mixé. Le deuxième traquenard (d’Augustin) fut le 51 que Nathalie me sert bien frais. La première gorgée est une renaissance ! Et oui, les papilles, toujours les papilles. Le troisième coup sur mon gong c’est de m’assoir devant mes trois écrans et de voir que tout marche encore, Waal le kiff total !!!  Mon bureau a subi un sacré face lift, désormais on n’y voit plus un fil. Merci mes lutins ! Attends, Spa fini Tsé ? Il y a un quatrième coup sur le gong pendu derrière le batteur de Magma : la musique émanant des haut-parleurs ! Un mois sans FIP, c’est une éternité !

 

     Les deux sapins de Noel sont toujours là : home sweet home ! Dès que le médsin passe, je lui demande à rpartir pour r'voir mes potes.

A tantôt.

 



10/03/2017
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