Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

Handicapé à essayer : Vadredi 13 Octobre 2017

      Vendredi treize. Balek. Pendant ma première cibiche, je compte plus de trente deux coups de feu. Beyrouth, pareil. Les chasseurs couvrent la coile de plomb. A raison de 40 Grammes par cartouche, ça nous fait un bon kilo de plomb pendant une seule clope… -La chasse c’est naturel. (mes couilles !) Je vous invite à entendre le beuglement des chasseurs réunis au refuge de la source les dimanches midi pendant la fameuse “ouverture” de la saison de chasse. Le sketch des Inconnus était plus que réaliste ! -C’est comme ça. Point barre.- Intro écologiste.

 

     Chaque matin, je n’ai qu’une hâte : me faire installer à mon Eye-Ollie pour écrire, répondre, communiquer enfin. Saloperie de SLA, mon corps mort devient une sorte de prison pour mon cerveau qui fourmille de pensées, d’idées à développer. Je hais les nuits et tout ce qui me vole mon temps d’expression. Chaque mise au lit est une torture : il faut que je dorme parce que c’est la convention. J’aimerais tant pouvoir noter ce qui me passe par l’esprit, et il y en a un paquet ! On me couche parce que mon entourage part dormir, ce qui est tout à fait compréhensible au demeurant, mais pas parce que j’ai BESOIN de dormir. Moralité : je passe des heures à gamberger sur une oreille en regardant toujours les mêmes fissures dans la poutre centrale. J’essaye de mémoriser le principal, et au premier réveil tout a disparu. Fuck ! J’aimerais pouvoir avoir le temps d’exprimer la totalité de mes pensées, comme les gens qui parlent tout en faisant autre chose. Sans vouloir paraître misogyne, la gente féminine excelle dans cette pratique. Je n’ai pas dit “poulailler". Moi, je dois attendre 9H00 pour pouvoir commencer à communiquer.  De 21H00 à 9H00 : macache[1], walou[2], nib[3] ! Soit la moitié de ma vie restante, et encore, je ne te compte pas les repas de midji et les sessions CAC40[4] tri-hebdomadaires. Ces dernières nécessitent outre les fournitures, une bonne heure et demie dans le meilleur des cas. Vous, vous caguez en deux minutes et c’est plié, et vous reprenez vos activités. Moi, il me faut un transpalette, deux litres de chlorure de glyphosate dans le cul, une heure de pleure-ton-anus, et si tout va bien une douche du demi-corps, rhabillage par un humain[5] (Nathalie dans 99% des cas), et une clope pour me remettre du trauma. Temps totalement improductif si je puis m’exprimer ainsi.

 

     J’ai tellement envie d’écrire que je procrastine les explications à Julien ou Orelli, ou carrément Nath. Exemple : Julio me prépare un repas copieux. Je vois la quantité phénoménale de mets à ingérer présentée sur la table, là déjà j’appréhende. Tout est mouliné fin-fin-fin. J’ingurgite le bol de tomates à l’ail (fort savoureuses soit dit en passant, et je dois rendre à César que je n’ai jamais aussi bien mangé dans ma vie : merci ma chérie Nathalie !). Mais ce bol plein représenterait un saladier entier avec le foisonnement disparu au moulinage : nota bene. Viennent ensuite la barquette de spationaute, le plat de résistance Mixé Bébé (même ratio de foisonnement), et le dessert. J’en peux déjà plus, l’entrée m’a pété le bide. Je fais un effort et me concentre sur la crème enrichie aux protons, histoire de dire que -Oui, j’ai mangé le complément alimentaire ma chérie… Julio, avec une patience remarquable, alterne entre purée-Soyouz et verre d’eau pour me faire finir ladite barquette achetée en pharmacie. J’en peux plus, je suis plein à vomir et Julio le comprend très bien. Là, Nath débarque : -M’enfin Ollie, t’as rien mangé ! Il faut manger ! Tu déconnes, c’est pas cool ! Moi je ne te prépare plus de plats si c’est pour que tu ne les manges pas ! Je réponds : -Mrrnghh !!! Ce qui là signifie : -Casse-moi pas les couilles, j’en peux plus ! Fallait voir l’entrée ! Et je te rappelle que je n’avais pas faim, donc ÇA VA ! HO ! Oui, ça veut dire tout ça Mrrnghh. Fin de l’exemple.

La logique voudrait donc que lorsque j’accède à nouveau à mon moyen de communication (soit douze heures plus tard), je prenne ma plus belle plume à la première heure pour expliquer le pourquoi du comment à Nath et/ou Julio. Et voyez-vous : ça, ça me fatigue de plus en plus ! J’en ai plein le cul. C’est comme mettre à jour le MERSOB. Pour quoi faire ? Y’a dégun qui le lit à part moi. En fait c’est une branlette intellectuelle, voilà, c’est ça. C’est un peu similaire avec les boîtiers d’alarme sur lesquels je n’arrive plus à appuyer. J’ai imaginé un artifice en contreplaqué simple (comme -Bonjour !) à réaliser… Après le renvoi du courriel explicatif une nième fois, et vu que tout le monde s’en branle, et bien moi aussi je m’en branle ! J’ai donc décidé (un peu à contrecœur) d’arrêter d’expliquer des trucs pour consacrer mon temps utile restant à des causes plus nobles. Arrivera ce qui arrivera, je m’en cague, et sauf gastrostomie on ne me forcera pas à avaler, je recracherai tout jusqu’à ce qu’ils finissent par comprendre. Ce n’est plus mon problème, bon débarras !

 

     Ainsi, j’ai écrit hier le texte précédent en communiant avec un ami défunt et le souvenir de ses enfants. Ça c’est important. De la même manière j’ai écrit mes quatre vérités à un ami ivrogne qui fait chier sa femme. Ça c’est également important à mes yeux. Un autre truc qui me tient à cœur est de suivre et participer à la réalisation du fameux Turn-EZ-Ollie, et particulièrement la commande qui doit pouvoir se tenir d’une seule main et actionnera pas moins de dix mouvements. J’ai donc consacré plusieurs jours à l’élaboration du schéma électrique avec le souvenir des heures passées à l’AFPA[6] pour apprendre cette discipline. Grâce à un petit gratuiciel[7] j’y suis parvenu. La première mouture était tout en 240VAC, composée de contacteurs mécaniques manuels type poussoir Télémécanique usuels (un grand classique pour les connoisseurs). Je me suis vite aperçu que la télécommande serait grosse comme une boîte à chaussures ! Pas très pratique à tenir d’une main en pleine nuit et plutôt risquée pieds-nus vu les 240 Volts… La dernière mouture comprend toutes les commandes façon clavier de téléphone, trois tensions différentes pour alimenter les moteurs et vérins, et une série de relais inverseurs déportée. Sakifo. J’ai épluché les sites pour repérer tous les ingrédients (et croyez-moi, des relais il en existe un moulon[8]de sortes !), envoyé le tout à mon équipe de constructeurs bénévoles et volontaires, et on verra bien. Vu qu’un seul d’eux capte un beignet[9] en automates, je m’attends à quelques modifications, mais j’aurai participé au projet. Pierrot de Coubertin[10] aurait aquiescé.

 

      Quelques nouvelles du front :

     Mon front va très bien, il n’a pas encore la taille de celui de ce con de Mimosa, fort heureusement. Les semaines passées on m’a présenté deux nouvelles auxiliaires de vie. Sans la moindre annonce, comme ça : cash-moumoute, à sept heures du mat’. J’en peux plus de cette boîte INES[11] ! Imagine-toi en pleine phase de réveil, tu écoutes ton journal peinard en regardant l’intérieur de tes paupières, un des meilleurs moments de la journée… Et là déboulent trois personnes, dont une inconnue, qui commencent à parler. Tu sens le courant d’air froid, tu n’entends plus rien de ce reportage passionnant sur France Culture. Et ça parle et ça parle… -Olivier il aime écouter la radio le matin, entonne Julien. Mais vos gueules ! J’entends plus rien, justement ! -Tu vois, on lui met le pyjama pour déjeuner dit il en me laissant poireauter à oilpé pendant qu’il cherche ledit vêtement. Putain, mais attrape mon pyjama avant de me découvrir ! L’inconnue me regarde dans mon plus simple appareil reproducteur. Merci, c’est vraiment agréable comme présentations…Et ça deux fois en trois jours ! Autant vous dire qu’INES a eu droit à un courriel en plat de résistance avec beaucoup d’iOllie. Une fois les présentations terminées on passe à la phase toilette : -Tu vois, il faut bien décalotter le gland, sinon il pisse en biais Olivier. Vas-y, n’aies crainte ! Et voilà, des mains de tous horizons me tripotent la bite. Un fantasme pour François, une horreur pour moi. Passé cette étape imposée, ça va mieux et on s’habitue. Orelli est forte, un atout que j’apprécie pour les transferts (soit 99% de la difficulté). Oui, parce que passer un balai ou donner à manger on sait tous le faire, même Victor. Par contre, transférer mon âne mort c’est pas donné à la première venue, et Melody en a fait les frais.

La deuxième, appellée Laetitia (avec le –Euh ! dans le –Aah ! que mon clavier n’a pas) m’a fait subir le même sort. Et Julien de recommencer ses explications pour soi-disant “former” la nouvelle recrue : -Tu vois, il faut bien lui coincer la bite, sinon tu te fades la serpillère en plus… A la première vue, couché sur le côté, j’aperçois une petite blonde à lunettes trentenaire. Je mate bien sûr son cul... bien ! Très bien ! Mais elle est toute petite et ça va pas le faire[12] du tout pour les transferts. J’y flaire l’embrouille. Elle se présente avec son bagage d’expériences en aide-soignante. M’en branle ! Ce qui m'importe c’est les transferts. Julien lui explique la méthode, et elle se lance… Je la dépasse de deux têtes, le transfert est à moitié réussi (ou râté, rayez la mention inutjile). Je la sens pas. Le soir, Laetitia revient et s’assoit à côté de moi pour fumer avec moi. -Je fais quoi là ? Je suis aide-soignante moi ! Je note l’ajout du ”moi” qui signifiait clairement qu’elle n’avait pas l’intention de cuisiner ou faire le ménage. Il me vient Jean Gabin à l’esprit qui aurait sorti une réplique à la Audiart du style : -Toi ma cocotte tu remballes ton fouchti et tu t’casses illico sinon j’t’en colle une vite fait !!! Je prends les paris qu’elle ne fera pas long feu. Le repas (préparé par Orelli et donc simplement réchauffé par Laetitia) m’est servi sans aucune compréhension, et je me fais une fausse-route monumentale que même mes garçons ont accouru en abandonnant télé, tablettes et console vidéo : c’est dire. J’ai cru que j’allais y passer pour de bon. Fais chier, j’ai pas encore fini mon deuxième Tome, crotte à la fin !

Bref, le lendemain la fameuse Laetitia diplômée, au CV long de quinze pages, ne prend même pas la peine de s’excuser d’être absente au rendez-vous : elle a carrément démissionné ! Pari gagné, elle aura tenu 24 heures… Ça c’est de l’employée de qualité ! Bidon, bidon, bidon ! C’est éprouvant de devoir essuyer des plâtres[13] sans cesse ! J’en ai marre et Nath aussi. Du coup on s’est adressé à l’agence d’en face. Autre discours de la chef.fe, bien plus cohérent. Mais notre chat échauffé craignant l’eau froide, je demande à voir…

 

     Je ne vous mettrai pas de nouveau skeud dans le mange-disques en l’honneur de mon ami défunt qui mérite bien qu’on laisse le tube actuel en place quelques jours de plus. Et je réïtère ma conclusion : si c’est la première fois que vous entendez ce chef-d’oeuvre, allez vous tèj’ aux Goudes !

 

     A tantôt les tantes Hottentottes.

 


 

 

[1] Macache, 1866. Mot populaire au sens de « pas du tout », venu, comme maboul de l'argot des troupes coloniales ; emprunt de l'arabe algérien mâ-kânch « il n'y a pas »  ; on emploie aussi par plaisanterie l'expression du sabir algérien macache bono « pas bon du tout » où bono vient de l'italien.

 

[2] walou : adverbe. Rien. étym. De l'arabe maghrébin walou « rien ».

 

[3] nib \nib invariable (Argot) (Maghreb) Rien. Étym : Apocope de nibergue, du fourbesque niberta. Vous noterez que notre langue parlée du sud emprunte de nombreuses expressions du Maghreb, et des pays frontaliers ce qui est fort logique.

 

[4] Cac : Abbréviation de caca. Une session CAC40 signifie l’action d’exonérer un êtron d’au minimum 40mm de diamètre, ce qui est courant quand on a une SLA. Amis de la poësie : -Bonsoir !

 

[5] Lorsque les robots arriveront à faire ça, les poules auront des dents, et un seul œil, au milieu.

 

[6] AFPA : Association pour la Formation Professionnelle des Adultes : l’AFPA est un organisme français de formation professionnelle au service des Régions, de l’État, des branches professionnelles et des entreprises. Membre du Service public de l'emploi, l'Afpa propose des formations qualifiantes sanctionnées par un titre professionnel du ministère du Travail.

 

[7] Gratuiciel, ou freeware est un logiciel propriétaire distribué gratuitement sans toutefois conférer à l'utilisateur certaines libertés d'usage associées au logiciel libre.

 

[8] Moulon : encore un terme sudiste pour lequel je n’ai pas trouvé d’étymologie. Moulon signifie beaucoup, un paquet. Par extension bagarre "On était un moulon ce matin dans le bus."  "Y a eu moulon à l'école et j'ai déchiré mon pantalon."

 

[9] Capter un beignet : Locution verbale signifiant ne rien comprendre à… Cette expression je la dois à Josef Marion qui en est probablement l’auteur. Nous avions coutume de traduire tous les idiomes français en anglais ou en termes à consonnances anglo-saxonnes, ce qui dans ce cas précis devint Captain Donut. Tout mec un peu bidon devenait un Capitaine Beignet…

 

[10] Pierre de Coubertin : fondateur du CIO , le Comité International Olympique, dont il est le président de 1896 à 1925. On lui doit la célèbre phrase : « L’important c’est de participer ».

 

[11] INES SERVICES est la boîte qui emploit mes aides humaines. Cette SARL est en activité depuis 4 ans. Domiciliée à BARJOLS (83670), elle est spécialisée dans le secteur d'activité de l'aide à domicile. Son effectif est compris entre 20 et 49 salariés. Sur l'année 2014 elle réalise un chiffre d'affaires de 134 400,00 €. Frederic LOUBES, est gérant de l'entreprise INES SERVICES. Source internet.

 

[12] Ça le fait : (ici utilisé au futur immédiat sous la forme négative) Locution-phrase née dans les années 90 en banlieue parisienne. Calque de l’anglais that does it et that will do. Ça le fait (Familier) : La chose est appropriée, ça convient, ça fonctionne ; l’idée est bonne ; le projet doit aboutir. Les amateurs de l’élision prononcent ça’l fait.

 

[13] Essuyer les plâtres : cette expression française vient du XVIIIèmesiècle où les maisons inhabitables à cause des désagréments occasionnés par le plâtre humide neuf étaient louées ou prêtées aux filles de joie qui y officiaient le temps du séchage. Une fois le plâtre sec, elles étaient chassées sans préavis par les propriétaires des lieux. Par extension, l’expression fait allusion à celle ou celui qui éprouve les inconvénients d'une chose neuve ou qui vient d'être faite ou plus simplement subir les conséquences d'une nouveauté.



13/10/2017
12 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 135 autres membres