Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

Intégration COTOREP : Jeudi 9 Février 2017

Ça  y est, je suis en place: réunion au sommet dans la chambre 10. Quinze m2 avec le doc,  les deux infirmières,  la ergo,  l’infirmier balèze qui vient à bout des plus grandes gueules, puis la nutritionniste, et les trois petites aides soignantes,  plus Marie Claire,  Nathalie,  et moi qui prend  déjà quatre m2... On câble le nouveau venu,  electro encephalo machin,  alarme, alimentation pour l’eye-ollie, je ne peux plus bouger . Ça m’arrange pour écrire. L’autonomie de l’eye-ollie est scandaleusement faible,  mais toutefois le revendeur a réussi à me télécharger une version bêta du logiciel principal en Français!  Sa raace!  Enfin!  J’ai du bol,  ledit Grid3 sort en Mars,  s’il sortait en juin prochain le mec n'aurait rien pu faire:  en fait il sauve son cul in extrémis.

On me lâche seul,  ça  y est, cest partji.

L'alarme est plutôt efficace, elle a meute  tout l’établissement. J’ai beaucoup de mal avec le nouveau clavier,  il rame et la prédiction propose plein de mots inutiles. M enfin je m y ferai,  pas le choix. Pas d apostrophe,  mon service éditorial va comprendre sa douleur. Le temps d'écrire ces lignes on me dirige vers le réfectoire. Il est 18h,  MDR.  La soupe est insipide,  comme prévu,  bien liquide avec un max d’H2O. L'équipe m'a vu arriver avec mes gros sabots,  j'aurais pu m'en douter: je rentre au réfectoire comme si j'avais un gyrophare sur la tronche. Ma bouteille de Tabasco XXL fait son effet. Je repère la seule aide soignante qui fume,  elle et moi on va passer quelques heures ensemble,  autant se capter d’emblée. Elle est menue et ferme,  todo bem.  Le premier repas va bien. On me place à la table de Jean Reno,  du moins son  sosie. Bien sûr personne ne sait que je suis muet. J'écoute le gars parler: il a fait tous les centres pour handicapés de France. Je le regarde repartir avec à peine une drôle  de démarche,  c'est là qu'est le trou de la Sécu: dans le cul de mon con de Jean Reno. J'apprends que le gonze vote FN et il fait l'éloge de Trump,  suffisamment naze pour moi. Je suis bel et bien le plus jeune ici,  comme je craignais.  Le personnel très nombreux est très attentif à tous les différents besoins des patients. Je découvre des solutions formidables pour toutes sortes de problèmes,  comme le verticalisateur et le lève-personnes. Ma chambre,  comme six autres est équipée d'un véritable palan de marbrerie,  génial pour trimballer n'importe quel poids à travers la pièce. Une fois pendu au plafond je me sens comme Victor avec son  baudrier. Mon plus gros problème est l'écriture sur la tablette,  aucun moyen de voir une page entière,  seulement trois lignes. Ni copier-coller,  ni sélectionner du texte,  pas de possibilité d'éditer du texte,  ni de rediriger un courriel.

 

Dimanche 12 Février

Je galère avec la communication,  le mail explicatif à l'infirmière en chef ne veut pas partir, impossible de copier ou de rediriger,  j'abandonne ... Il me reste le silence et le refus comme seules armes. On aura réussi à me réduire en légume pour de bon. Je vais faire venir mon Mac,  sans quoi,  autant me tirer une balle. Etre immobile me dérange pas mais ne pas pouvoir communiquer c’est la mort. Et écrire une lettre toutes les deux secondes c’est mortel également.  Je reçois des photos de la famille partie au ski,  un peu les bollox tout de même,  mais il est vrai que Nathalie a aussi droit à un répit. Elle devrait partir avec une copine,  gérer les trois singes c’est pas un répit.

Je n'ai plus aucun sens d'intimité puisque tous les intervenants connaissent mon anus et le gland de ma bite,  je trouverai équitable qu'ils se présentent à poil,  au moins une fois. Je tiens pas à voir tous leurs orifices odorants m’enfin à force de voir toutes ces mains nouvelles tripoter mes attributs,  je commence à me sentir un peu seul. Le bon côté est qu'on me demande de quel côté je "porte",  détail agréable pour un mec. Il y a comme ça plein d'attentions soucieuses du confort et le personnel est vraiment à l'écoute,  sauf quand tu ne peux pas t’esprimer...lol.

Demain Lundi,  les praticiens reviennent. J'aurais mieux fait de rentrer un lundi au lieu d’un jeudi,  trois jours entièrement perdus et inutiles. C’est ça le service public français,  ça craint!

A tantôt.

 



12/02/2017
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