Le journal d'Eye-Ollie

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Jesus he knows me : Samedi 24 Décembre 2016

     Noël en T-short (comme dit le kiné). Pas rare chez nous. Moi je dis Noël au balcon, Pâques aux Rabannes[1]. Tout est fin prêt, on attend… C’est le calme plat avant la tempête. Demain le ciel sera constellé de drones chinois, et les poubelles déborderont des coquilles de la luxuriance que se permet notre société. Inutile d’insister, j’y ai droit chaque année, comme dit Sophie, c’est récurrent. Mais le regroupement familial reste le pilier, la valeur sûre. Ayant vécu des Noëls pourris, où mes parents se volaient dans les plumes -je préférais partir sur ma mob, dans la nuit noire et glaciale, à 35 bornes : c’est du vécu… du coup ma phrase veut plus rien dire.  Je disais donc, ayant connu des Noëls SANS réunion familiale, j’ai décidé de fonder mon propre clan, et donc, d’avoir trois minots, enfin deux plus une minotte. Et, si c’était à refaire, on en ferait encore plus. Du coup, j’ai une pensée pour les gens, nombreux, qui n’ont pas la chance d’être en famille, et ceux qui n’ont pas d’enfants. Et oui, on y est : le cliché. Mais, toujours comme dit Sophie, il faut l’avoir vécu pour vraiment savoir de quoi on parle. Ce matin ma femme me demanda « C’est à quel moment que tu t’es senti devenir un homme ? », et je n'ai pas hésité une seconde pour répondre. C’était à la naissance de Claire, notre premier enfant, c’est vous dire si j’avais envie de former notre propre tribu ! Pour moi, la vie n’aurait pas de sens sans enfants.

     Je me laisse tenter par la messe de minuit, cette année j’ai envie de renouer avec cette tradition des faux-vrais chrétiens, ceux qui ne vont à l’église qu’à Noël. Ça me rappelle ma jeunesse, les messes en Tyrolien, à Lienz chez ma grand’mère. Là, il y avait un vrai manteau neigeux ! On me cale à droite devant, « avec les musiciens ». Je retrouve en effet mon ami François, le prêtre en chef de notre paroisse. Un homme jeune érudit, ayant parcouru le monde en moto, excellent musicien de surcroit… comment ne pas l’apprécier ? Nous nous étions rapprochés autour de deux guitares (et deux bières, ça va sans dire), et il avait fini par me convaincre de venir animer la messe. Je le faisais avec un grand plaisir, indépendamment des textes liturgiques, pour le plaisir du partage et surtout de la musique. Cela paraissait bizarre à mon clan. Une moitié se réjouissait de me voir régulièrement aux messes, l’autre moitié prenait ça pour une trahison, presque déçus, de me voir apprécier ces instants. -Alors, tu chantes « Jésus reviens parmi les tiens ? »[2] me lança Dave un jour. Force est de constater que la caricature  est proche de la réalité. Parmi les fervents détracteurs je citerai mon père (ah!), ma mère (ow!), et Pit qui lui enfonce le clou à la force de son pouce seul. Lui t’es sûr de ne pas le rencontrer dans une église. Mais aimer c’est pardonner, et on ne peut pas désaimer[3]. Oui, je kiffais, jouer d’un instrument en chantant, il n’y a pas mieux ! Je laissais railler, leur jalousie ne me touchait pas. J’aimais faire le con en jouant des mesures en 3/8 (alors qu’on était en 4/4) et en observant combien de temps le Père François mettait à s’en apercevoir, pour me faire les gros yeux entre deux paroles chantées devant l’audience : jubilatoire ! J’aimais aussi, pendant un silence de l’assemblée (église comble) démarrer « Faith » de feu Georges Michael, pour dérider un peu l’ambiance pesante… Dès la deuxième mesure, j’avais tous les regards sur moi, je leur lançais en chuchotant : -Ben, quoi ? C’est de circonstance non ? Mais je me heurtais là aux limites (de langue et du respect), c’était mon but. Et jamais je ne les aurais franchies.

J’écoute donc la messe, en ayant une oreille traînant coté instruments. La sélection 2016 n’est pas fameuse… seul François est à la hauteur. Son chant à la tierce supérieure (le seul) me file la chair de poule ! Comme j’aimerais pouvoir chanter !!! Saloperie de maladie, je pleure de déception.  Le guitariste envoie le même accord sans notion de rythme, un djembé ruine le spectre sonore déjà fort de réverbération, tapant les basses au hasard… n’importe quoi. Corinne chante des aigües fausses, malgré toute sa bonne volonté, on est loin du Westminster Cathedral Choir. On est à Cotignac, on fait avec ce qu’on a. Peu de têtes connues, beaucoup de touristes. Combien de temps ces célébrations fédèreront-elles encore des vrais-faux chrétiens ? Un vin chaud et c’est marre, demain sera pour les enfants.

 

     Je suis un illettré, mais j’écris pour me convaincre du contraire. Je me réveille avec cette citation dans le « meilleur de » Boomerang. Ça me correspond bien, merci à cet auteur dont j’ai déjà oublié le nom, mais qui disait en substance que tout le monde peut devenir écrivain. Il a raison, avec le ouèbe, tout le monde peut se promouvoir, mais on ne retiendra pas mes écrits bien longtemps. Donc il a tort. Le talent ne s’improvise pas. Julien[4], qui vit à travers une culture média-people télévisuelle de son époque, me disait l’autre jour :

-N’importe qui peut être célèbre, en citant un illustre inconnu qui avait fait fureur sur le réseau social en vogue, avec une connerie de l’ordre de la débilité profonde. J’acquiesce d’un hochement de tête, en pensant « Qu’est-ce je m’en cague… ». Mais au-delà, cette remarque est profondément véridique. La preuve, vous lisez le récit d’un ex-plombier qui n’a jamais rien lu, alors que vous pourriez dévorer un authentchique Fred Beigbeder, ou un véritable Amélie Nothomb. Mais non! Je plaisante ! Je voulais dire un Frédéric Dard ou Jean D'Ormesson, enfin de l'écrivain quoi. Vraiment, c’est n’importe quoi.

 

     Vous espériez que j’allais vous raconter mon Noël ? Et bè non. C’est la «trêve des confiseurs»... comme s’ils allaient s’arrêter de vendre des galettes de rois avant l’heure… je vous le djis, c’est n’importe quoi.

 

Bon bout d’an (blin). Je vous aime.

A tantôt.

 

 

 

[1] La rabanne est une bûche de lignite, jadis utilisée en Irlande pour chauffer les foyers des plus pauvres. Non, je déconne, Paco Rabanne (né Francisco Rabaneda) est un couturier espagnol. Il a marqué l'univers de la mode dans les années 1960. Dans les années 1990, il s'est également illustré dans les médias à travers des prédictions (la plupart du temps révélées fausses) et le récit de ses prétendues vies antérieures. Également connu à cause de son excentricité, il s'est lancé avec succès dans la création de parfums.

 

[2] La vie est un long fleuve tranquille est un film français réalisé par Étienne Chatiliez et sorti en 1988.

 

[3] Citation de mon ami Stephane Correa.

 

[4] Julien est un vrai fabophile. Ca veut dire qu'il collectionne les fèves des gâteaux de rois. Il fallait l'inventer ! Ces merdouilles qui finissent dans les vide-poches, lui il les collectionne ! Avis aux non-collectionneurs, vous ferez un heureux en lui offrant ce mouton en porcelaine qui vous a niqué une dent….

 



29/12/2016
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