Le journal d'Eye-Ollie

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La bite à Urbain : Dimanche 24 Septembre 2017

     Cabrel est arrivé sur Deezer ! J'écoute en boucle ses premiers albums : j'avais 9 ans mais je me rappelle tout. La maison aux plaines, le tourne disque Dual dont mon père avait refait l'enveloppe pour l'intégrer à SON meuble, la pochette arc en ciel des "Chemins de traverse", et moi de monter sur mes orteils pour retourner le disque... Séquence nostalgie. Allez, je vous en mettrai un dans le mange-disque[1], promis.

Mon dernier opus a plu, tant mieux. Là on va faire moins drôle, on va revenir au Nerd Laguère, soit ma "pato" (pathologie, mais ça fait branché de raccourcir les noms communs, du moins c'est ce que croivent[2] Selz et Sö qui parlent ainsi). Sacrée parenthèse hein ? Vas me traduire ça, Biiikou[3], bonne chance... Donc vous parler de ma condition, l'évolution de ma SLA. -Et voui, tu croyais quoi toi ?  Bon, on va faire bref, d'accord.

Les crampes empirent et deviennent incontrôlables le matin (et/ou après une longue période immobile), le moindre mouvement déclenche une crise spastique où absolument tous mes muscles se contractent, affreux ! Ma bouche semble se conformer au même immobilisme avec d'un côté la salivation excessive permanente, et de l'autre une mâchoire qui serre tout le temps. Cela me rappelle feu Renard qui parlait sans desserrer les dents, putain ce qu'il nous a fait rire celui-là! Je ne résiste pas à la tentation de vous narrer mon plus gros fade[4], un peu plus loin. Mes nuits sont toutes aussi abominables l’une que l’autre. J’y crains quand vient l’heure du coucher. Cela doit faire deux ans que je n’ai pas passé une nuit sans me réveiller trente-six fois avec des crampes d’un autre monde. Les médocs n’y font plus rien, bien que le Médoc soit un vin rouge tout à fait respectable, surtout ceux vieillis en Füdschen. J’ai eu la peur de ma vie avec un vomi[5] dans la tranchée arntère, me privant de respirer, jusqu’à ce que Nat relève ma nuque. Heureusement qu’elle était là à côté de moi !

Suite à un nième pissage au froc[6] j’ai entamé une grève de la faim, afin d’obtenir une alarme. Moi aussi je peux faire grève, et merde ! Bon, ce fut une nano-grève : j’ai tenu 30 heures… Pas de quoi écrire à la maison (Nothing to write home about), mais voilà qui est intéressant : pas un seul instant je n’ai eu faim. Je me sentais plutôt très bien, enfin débarrassé de ce sentiment de plénitude à te faire vomir. Plus une seule fausse route, une autoroute, -Que dis-je ? Un dimanche de Pâques. L’autre aspect intéressant est que les pilules ne m’ont pas manquées non plus, du moins les trois-quarts qui ne servent à rien, genre la gélule d'huile de froid de ma rue, et l’autre qui contient des herbes (c’est "style bio", donc pour moi c’est des herbes) qui faciliteraient le transistor intestinal… Mes couilles ! Je chie pareil, le seul truc qui aide c’est boire un max. Mais on continuera à me faire avaler une montagne de pilules sur le sacro-saint esprit de bienveillance, le bien, le mieux… décidé par autrui. Le kiné, alerté par ma détresse est arrivé avec une solution radicale et irréfutable : le Peni-flow[7]. C’est sûr, là il ne peut plus rien m’arriver, sauf que pour moi c’est le début de la fin : le premier tuyau branché à mon corps. Chié ! Mais force est d’accepter cette proposition technique logique. Pendant que Marc m’explique le plus sérieusement le fonctionnement d’une vessie et des sphincters, je ne peux m’empêcher de rire, pensant qu’il me faudrait également un “Anu-flow” taille XXL.

A propos de taille : Nat revient de la pharmacie avec un calibre à bite ! Very Dick. Et là se pose LA question cruciale et existentielle pour tout mâle terrien. Nath me sort l’engin et se met à mesurer. Or, ma bite aime beaucoup quand Nath la tripote… Je ne dis rien, qui ne dit mot consent. De retour de la pharmacie, ma femme m’annonce que désormais je ne ferai plus dans mon pantalon. Passe le kiné : -Fais voir ce que t’as acheté… Putain, mon salaud ! Elle est si grosse ta bite ? J’ai envie de lui répondre : -Abé, moi on m’a rien dit hein… (façon Noël Pasquini) On ne m’a pas précisé “au repos” ! Moralité, connaissant les pharmaciennes et les villageois (tout se sait dans un village), je dois avoir la réputation de "bite de Rocco" désormais. Il faut croire que le fabricant a recensé une population de Congolais[8] en Europe, parce que le diamètre le plus gros fait vraiment peur.

Pour ajouter un peu de piment à ma condition quelque peu trop banale, j’ai dû me faire arracher ma 33e dent. Une dent dite de “sagesse” qui poussait en biais en haut, derrière la dernière molaire, genre pas du tout chiante à enlever… Mais mon dentiste belge cramsen et sa Colette ont relevé le défi. C’était sans compter sur ma SLA qui me fait m’étouffer à la moindre goutte de liquide la tête en arrière. Avec l’aspirateur à salive[9] (ça il m’en faut un !) et Colette : -On devrait y arriver. J’entends encore sa pince multiprises éclater l’émail de ma dent chérie sous la pression. -Surtout tu n’avales pas ! crie-t-il. Autant pisser dans un violon : tu parles ! Ma dent finit dans mon œsophage, je ne la verrai jamais. -Ce n’est pas grave, les acides gastriques “ramolliront” la dent, dit-il. Moi perplexe, moi la gueule ensuquée[10] par les anesthésiants, crachant des gorgées de sang/bile/salive. Apetissant nespa ? -Il faudra inspecter les selles. (C’est une opération quotidienne pendant le tour de France). Concrètement il faut qu’une personne (Nathalie donc) sorte les énormes êtrons de la cuvette, et les écrase avec une fourchette pour retrouver ladite dent. C’est ça qu’il voulait dire, en fait. Sympa comme cadeau à sa femme ! Je me résigne, ma dent séjournera quelques mois dans la fosse septique. Elle sera aspirée par un camion à merde, transportée jusqu’à Brignoles, pour être déversée dans un décanteur. Lorsque tout hydrate aura disparu, un chargeur viendra mettre ma dent sur un camion avec les autres résidus secs intraitables, elle fera encore quelques kilomètres pour être bennée sur un terrain communal gardé secrètement (dès fois que des curieux mettent ce fonctionnement immonde au grand’ jour). Voilà, le triste sort de ma trente-troisième dent. En 3059 après JC (Jean Claude), ma dent sera le seul témoignage du traitement des eaux usées du XXIème siècle.

 

Quelques actualités en vrac :

Nathalie a fait une invention sympathique. Pour les séniors grabataires (dont je fais désormais partie, Konzle Diz) qui ne savent plus manger sans tâcher leur buste, une cravate en sphaigne[11] active. Pas con une serviette en forme de grosse cravate.

Notre Grisou est vraiment doté d’intelligence : il chie dans le bidet et pisse sur la bonde de douche.

Mon Mac a enfin chopé un virus ! Membres PCistes moquez-vous de moi. A force de télécharger des applis  “peu recommandables” ça me pendait au nez. J’ai tout viré, tout réinstallé (ça prend bien 24H, mais Jexa Afoot…), et roule ma poule !

Je me suis assis sur une palette, levée à trente mètres au-dessus du sol par Pit et son Manitou (en fait un Merlo, mais on s’en branle) et j’ai contemplé la Provence, peinard dans le ciel.

 

Allez, compromis, je vous raconte un fade mémorable. J’avais pour habitude de déjeuner au café lorsque je travaillais pour gagner la pitance du foyer fiscal.  L’endroit comporte ses habitués, mais tous ne viennent pas au même moment, si bien qu’il m’arrivait de m’attabler avec le premier venu, question de socialiser. C’est là que réside tout l’intérêt de la chose, dussè-je le répéter à ma femme qui n’a jamais voulu comprendre et considère le bar (Alawak BAR) comme un endroit de dépravation. Certes, mais pas à cette heure du mat’. Bref, ce matin-là, on était deux. Renard et moi. Là j’ai planté le décor.

Pour qui n’a pas connu Renard, ce garçon solitaire avait un désordre psychologique “encadré” par des psychotropes et autres Tranxen2000. C’était un “dur à cuire”, un des derniers irréductibles de la génération précédente que nous regardions évoluer sur des motos et voitures de sport, alors que nous n’étions encore que des garçons boutonneux sur leurs vélos. Renard habitait à côté de moi et on avait sympathisé sur le tard, il était fou mais attachant. Ce matin, j’avais la pêche, et je m’assis face à lui, ma tasse à la main, sans trop lui demander son avis. -Oh, Brengmann ! qu’il me lance. -Salut. Silence dans le bar. Ambiance pesante, entre malaise et camaraderie.  Je me dis (comme un con de Brenkman), tentons d’égayer la situation. Je lui lance sans vergogne : -Oh Renard, ça te dit d’aller se marave[12]? Il me regarde de derrière ses lunettes à double foyer (épaisses comme des mignonettes de confitures) et me répond : -Quoi ? Manifestement il ne connaissait pas le terme “marave”. Je réplique d’un ton enjoué en rigolant : -Ben, se battre quoi ! Se casser la gueule… Là, Renard avait compris. Ma brousse[13] ne lui fit même pas sourire. Sans desserrer les dents, en me fixant droit dans les yeux, il m’assena d’un coup franc : -Qu’est-ce tu casses toi ? Des allumettes ?

Je pris ma tasse et alla m’assoir dehors. Il m’avait explosé en une réplique.

 

A tantôt.

 

 

 



[1] *mange-disque mɑ̃ʒ.disk masculin :  Électrophone presque entièrement fermé, dans lequel une fente permet d’introduire un disque vinyle, habituellement de 17 cm. L’appareil lit le disque, et l’éjecte ensuite. Objet devenu “collector’s item” depuis la disparition du disque, et à fortiori des “45 tours”.

 

[2] croivent : ça s’entend, oui oui.

 

[3] bicou : Un sobriquet très employé à Marseille. À l’origine le bicou désignait en provençal le robinet d’où coulait l’eau de la fontaine, ou le pénis. On a appelé ensuite bicou un petit garçon, ce qui rapproche ce mot d’autres mots français tels que zizi, kiki, bitonio et comme eux il a suivi la même évolution pour désigner un petit objet qui fait saillie ou qui dépasse (comme les petits boutons qui permettent l’ouverture des portes de voitures), en général. L’emphase sur l’accent tonique en première syllabe s’impose pour qui ne veut pas fader.

 

[4] fade : provient du verbe fader (intransitif). Rien à voir avec se fader. Ici fader signifie passer pour un imbécile, craindre, boquer… Le fade (boc) est l’ultime humiliation quand on est écolier, adolescent ou adulte.

 

[5] vomi : placer l’accent tonique sur le O.

 

[6] froc : Étymologie : De l’ancien bas vieux-francique hrokk (« habit ») et apparenté à l’allemand Rock (« tunique, casaque, jupe, vestion »), à l’ancien français froche (« froc ») et rochet (« blouse, casaque »). Le sens intrinsèque de « vêtement masculin », peut convenir pour celui de « culotte », mais a pu être influencé par l’anglais frock (« habit d’homme ») qui donne également frac. La première signification de froc est “globalement” une soutane, et par extension (en argot) le pantalon.

 

[7] Peni-flow : De penis et to flow (couler vers). Un nombre incalculable d’appellations a été trouvé pour cette invention. Des académiciens de tous les pays ont dû se réunir pour trancher en faveur de l’heureuse appellation élue. Cela aura pris de longues semaines de réflexion, consommé des milliers de feutres et tableaux Velleda. L’ONU a dû prêter ses amphithéâtres pour l’occasion. Peni-flow est donc le résultat, SIC !  Il s’agit, pour les mecs donc, d’une sorte de préservatif permanent avec un tube raccordé à une poche. Tu te promène avec ton sac de pisse, c’est Byzance… (sens figuré : symbole de l’opulence).

 

[8] Figurez-vous qu’il existe un recensement de la population mondiale dont le critère est la la longueur du chibre. C’est Pit qui m’a appris ça (toujours citer les sources, surtout là…). Les Congolais ont les plus grosses. Mesdames, mesdemoiselles, vous voilà prévenues.

 

[9] Lorsque j’avais encore l’usage de mes bras, j’aimais bien plonger cet aspirateur dans le gobelet de flotte dès que le dentiste avait le dos tourné, pour lui faire croire qu’il avait oublié de le remplir. Le plus dur c’était de ne pas rire après. Un sketch de Mr. Bean, grandiose.

 

[10] ensuqué : Du provençal ensuca = endormi, étourdi.

 

[11] la sphaigne : plante type mousse que Vania avait “découvert” en 1995 pour l’intégrer dans des serviettes hygiéniques. A force de ridiculiser cette trouvaille nous nous souvenons tous de cette plante.

 

[12] maraver verbe transitif. Battre, frapper, taper. La variante (utilisée ici) est marave.

 

[13] brousse : blague, plaisanterie. Etymologie inconnue, terme probablement inventé et employé par les disciples de Rénéric le Grand.



24/09/2017
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