Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

Le Bo-Bo revisité : 1er Décembre 2016

Encore une journée où j’ai pâle moral.

Les fêtes approchent. Difficile de ne pas s’en apercevoir, à moins de se couper totalement du monde. Chaque année vous y aurez droit : ma diatribe sur la morale et l’éthique de notre belle société de consommation. Je hais les fêtes de fin d’année pour ça. A l'heure des sociétés post-capitalistes hyper-médiatisées[1], je me suis laissé embarquer pour aller « à la ville », les garçons avaient soudainement besoin d’acquérir de nouveaux pantalons, soit. Aix-en-Provence, samedi 26 Novembre, 15 heures. Autant dire, à quatre semaines de Noël, un bain de foule. L’horreur. J’avais déjà une appréhension, calculant pendant le repas le ratio temps de trajet / temps effectif d’achat pour des besoins personnels. Soit trois heures de route pour dix minutes, le temps de trouver un CD : le seul besoin que je puisse imaginer. « Mais, ne soit pas si égoïste », m'indique mon for intérieur. Allons bon. Fauteuil roulant électrique, véhicule TPMR, autoroute, parking souterrain, ascenseur : nous-y v’là. La quantité de gens autour de moi est étouffante dans les magasins, je me cale au dehors en attendant patiemment. J’occupe mon temps à observer ces gens assoiffés d’achats. Analyse du biotope aixois et observation des différents sociotypes citadins. Peu de silhouettes élancées, une majorité de petites gens, en somme une faune et une flore banale. Le style Hipster[2] a vraisemblablement remplacé la tendance bourgeois-bohème, et est omniprésent chez les mâles ; assez drôle au demeurant, avec systématiquement une barbe taillée au poil près, et un bonnet ridicule, comme s’il faisait moins 10°C. Mais les mecs font un mètre quarante, épais comme des sandwichs SNCF : l’effet viril est totalement discrédité, pauvres nazes. Chez la femelle consumériste, la catégorie bourgeoise en mode blond artificiel reste une valeur sûre avec les racines naturelles qui trahissent le faux-semblant. L’aboutissement du membre supérieur en smartphone est sinéquanone, l'autre main s’occupant à remettre les cheveux en arrière toutes les vingt secondes -au lieu de les attacher- : tristement coincées les meufs. Quelques rares personnes sont telles-quelles, décomplexées, nature, sans aucune inquiétude du qu’en-dira-t-on. J’ai envie de me lever de mon fauteuil et les embrasser, free hugs (merde, encore un truc amerloc !) Les gens sortant des boutiques arborent un sourire d’autosatisfaction, heureux d’avoir acheté ce truc incontournable, en conformité avec les us mercantiles et ses principes de Décembre. Ici, on ne perçoit aucun handicap au niveau du pouvoir d’achat chez le français moyen, même les pauvres achètent, à force de crédits à la consommation, tout est prévu. L'Asie étale fièrement ses dernières productions, et autres fiertés high-tech qui viendront grossir les montagnes de Wall-e d’ici quelques années au mieux, quelques mois au pire.  T’en connais beaucoup de gens, toi, qui réparent un mini-drone ou un objet connecté en silicone moulé dont l’interface ne fonctionne plus ? Je regrette d’avoir accepté cette incursion dans le bouillonnant cratère du volcan à pognon. Des milliers de gens, pressés d’acheter. La plupart des commerces arborent un logo « Black Friday[3], de telle date à telle date », mais on est samedi… et ce n’est pas censé durer un mois mais 24H !  L’histoire et l’étymologie de ce rite commercial issu des États-Unis n’ont plus rien à voir avec la choucroute. Le commerce français se l’est approprié, comme on achète un vêtement adulte dont la déco textuelle fantaisiste n’a plus aucune valeur sémantique. Du moment qu’on a un truc écrit, ça fait « classe ». N’importe quoi.  Le paraître avant l’être. La FNAC[4] ne se préoccupe plus de dé-palettiser. Des milliers « d’idées-cadeaux » débiles -style La véritable guillotine à saucisson- s’entassent là par centaines, toutes identiques (bonjour le cadeau original !), pour les pauvres moutons qui ne savent pas quoi offrir à leurs semblables pour Noël. Affligeant. Évidemment, s’ajoute au temps perdu, la queue aux caisses, vraiment, faut-il être masochiste pour aimer ce genre d’expérience. Nous ne sommes qu’à trente jours de la célébration de la naissance de Jésus, et ça va empirer de jour en jour. Pourquoi ? Une profession de foi bien édulcorée qui se galvaude au profit du sacro-saint capital. J’entends déjà les partis-pris « Mais, tu comprends rien, c’est bon pour le commerce… », et autres « Oh toi, et ta vision acerbe des traditions, tu ne respectes rien… » Pour celles et ceux que ce débat intéresse, rendez-vous sur le forum. Allez-y, lâchez-vous franco du porc. En tout cas, moi on ne m’y verra plus dans les magasins, j’ai eu ma dose pour cette année. Du coup, tiens, je m’en vais vos narrer l’histoire du petit fichier qui fit basculer tout mon monde dans les affres de l’abîme totale.

     Suite au constat d’un plagiat, fort bien vu, de mon « logo » (la fleur de Crocs), plagiat réalisé par mon ami Vincent, je me lance dans la conception d’une animation en 3D sur le même scénario : déploiement, rotation, démontage inopiné et résultat-catastrophe ; mais cette fois-ci avec des bottes en cuir, au lieu de Crocs en plastoc.  Le résultat serait une courte vidéo marrante, en cadeau pour Vincent. Fort de mon apprentissage sur les premiers projets, cela ne devait pas poser de problèmes majeurs, pensè-je. Là, erreur.

Mon Maya craqué fonctionnant à merveille, je me lance : achat d’un modèle en 3D, et en bagnole Simon. Je ne rechigne pas à payer pour des polygones dont la réalisation me demanderait des semaines, un scanner 3D, et un savoir-faire certain. C’est comme commencer par fabriquer des briques avant de réaliser un mur : « Y’a une limite » comme dit Pit, qui me considère comme une espèce d’Amish qui vit en autarcie totale, se nourrissant de pain d’épeautre cultivé derrière sa maison.... Par contre, libérer cinq mille euros pour acheter un logiciel qui me servira trois fois pour faire une micro animation à usage privé : j’ai moins de scrupules à rouler sans permis et sans casque. Je ne refuse pas un débat sur la propriété intellectuelle, mais passons... Bref, trois jours plus tard, j’ai tissé un semblant de scénario : mouvements de caméra, rotations des groupes, éclairages, et finale avec mouvements des objets individuels… étape très longue. J’envoie un aperçu à mon Mentor spirituel, fier comme un bar-tabac. Le retour est une bonne gifle dans ma gueule d’amateur. Bien sûr le rendu est minable, il a carrément raison. Ravale ton bar-tabac, version 2, on reprend tout. Nouvelles textures avec reliefs, et vu mon niveau : re-trois jours de prise de tête. Le moteur de rendu Raymond Menthol[5] ne me sort pas le même résultat en réel que sur la fenêtre de pré-visu. Et vas-y, cherche… A la version nº8, je lance enfin un « Batch Rendering » soit, une compilation finale en centaines d’images. « Puisque j’ai un moteur de Ferrari sous le capot de mon tracteur de bureau » me dis-je, je missionne l’ordi sur de la haute résolution, après tout : une machine c’est fait pour être exploitée. Chaque image prend quinze minutes de processus, je calcule vite fait : après-demain, j’attaquerai le montage vidéo, trop bon ! Le ronron du ventilateur refroidissant le processeur me plait, à lui de travailler un peu, j’ai mon Cray-1[6] qui calcule ! (48 heures non-stop, peuchère !). Le lendemain, lever en pleine forme, plein de projets pour la suite des opérations… mais le Mac ne répond plus, arrêté en pleine image numéro sept… sur trois cent ! Enfer et damnation ! Le disque dur est saturé. Toutes mes applis ont disparu. Toutes ! Tourne, vire, plus d’internet, je cherche avec le PC-Tablet et un joystick de fortune pour taper lettre après lettre sur un clavier virtuel qui occupe la moitié de l’écran, épluchant tous les forums… aucun cas similaire. Je me décide, résigné, à reformater l’intégralité du disque dur, je suis du genre Tout ou Rien. Heureusement, passa par-là mon fils, geek comme son père. L’élève a largement dépassé son maître. Solution intermédiaire : créer un nouveau compte administrateur.  Bingo ! Ça le fait. Une journée pour réinstaller le bordel, avec les mots de passe pour chaque site, et zy-va, re-paramètre toutes les boîtes mail… Passé les vacances et l’électrochoc émotionnel, je remets mon ouvrage sur l’établi. Horreur d'anus horripilis, mon Maya chéri ne démarre plus ! Réinstallation en échec, le « crack[7]» est devenu illisible avec les transferts entre disques durs. Comme par hasard, le constructeur a fait fermer tous les sites proposant ce petit outil magique.  Ça commence à me gaver. En désespoir de cause je télécharge la version 2017 en essai, valable trente jours. Ça marche, ouf ! Mais l’éditeur a décidé de revoir toute son interface, comme on change tous les rayons d’un supermarché, afin de « permettre » à l’acheteur de découvrir d’autres produits, et surtout l’inciter à acheter plus en ayant perdu tout repère. J’y perd donc, au passage, tous mes repères, merci beaucoup ! Mon vieux fichier s’ouvre enfin. Avec avaries bien sûr. La fonte[8] "Hand of Sean", celle que Vincent aimait bien, a perdu ses « autorisations » créant une erreur de procédure insoluble à mon niveau, le texte est totalement à revoir. Fuck ! Casselaan Etienne, j’y arriverai crénom de diou ! Deux jours plus tard, je lance le compilateur, après avoir scrupuleusement testé toutes les erreurs possibles, plein d’espoir pour demain, enfin, le montage vidéo. Le lendemain, toutes les images sont rendues, enfin. Première migration vers FCPX, puis…  La putain de sa raaaaaaaaace !!! Le texte n’apparait pas !!! Ça commence à me brouter sévère ! Bon, ben y’a plus qu’à… refaire tout le texte, dont les modules de réglage se sont super compliqués sur la version 2017, bien sûr.  Une bonne journée à chercher des tutoriels (rares sur les version récentes), puis reconstruction totale de l’animation du texte. Et puisqu’on y est : révision de toutes les pistes de lumière, pour compenser le manque d’alpha dans le rendu final. J’effectue au moins mille essais avant d’appuyer sur le bouton rouge « lancement du Batch Render » digne d'un Cap Canaveral à Baïkonour. Enfin, demain est un autre jour, je m’attends à l’explosion du shuttle, on est plus à ça près… Mais cette fois-ci l'opération Steak People[9] est réussie ! Une journée de montage vidéo, et son. J’aime particulièrement le montage du son : aller chercher des sonorités dans des banques, ou même piquer des fonds sur des vidéos : la post-production sonore est passionnante ! Cela ne date pas de hier, puisque notre grand plaisir pendant les études, était de doubler le son sur des bribes de séries américaines. Le plus spontané dans les dialogues était Vincent, sans conteste. D’où l’intérêt de réussir le son. Mais pour treize secondes au total, y’a pas de péril dans le demeuré. Voilà, le temps de téléverser sur mon Viméo, et c’est marre.

Treize jours et un plantage de Mac (le deuxième en 30 ans, youpi), pour treize secondes. Ratio intéressant qui démontre bien mon amateur-m'zisme comme dirait Jamel Debbouze. Mais la persévérance paye, et le sourire de mon ami Vincent valait au moins ça. D’autant plus qu’il a des fausses incisives façon Ultra-Brite, LOL. Avant que ma période d’essai se finisse, j‘attaque un nouveau projet 3D, c’est addictif, je kiffe !

A tantôt.

 
 
 
Musique : je vous mets un bon vieux Randy Newman qui comme moi, se moque des petites gens :)

[1] Pour le plaisir, je place cette préposition là, mais notez qu’on peut la mettre n’importe où.

[2] Hipster est un terme anglo-américain apparu dans les années 1940, de hip (transfuge de la langue Wolof) signifiant « voir », « illuminer », ou de hipi, « ouvrir les yeux ». L'étymologie du mot hippie semble de même nature. Le terme désignait à l'origine les amateurs de jazz et en particulier du bebop : les premiers « hipsters » étaient généralement de jeunes blancs qui adoptaient le style vestimentaire et fréquentaient des musiciens afro-américains. De nos jours, c’est devenu un nouveau sociotype fourre-tout. Le hipster français contemporain, fortement individualiste, tente de se démarquer du reste de la société par des habitus culturels (musiques, opinions, usages quotidiens, lieux de socialisation…), vestimentaires (marques de vêtement spécifiques, réemploi via le vintage…) et physiques (structures capillaires spécifiques comme le port de la barbe/moustache pour les hommes, l'abondance de tatouages, etc.). Le paradoxe étant, qu'avec les années, ils deviennent des prescripteurs de mode, et qu'une partie des traits les caractérisant se répand dans la société dont ils cherchent ostensiblement voire vainement à se démarquer.

[3] "Black Friday" désigne le lendemain du repas de Thanksgiving, un grand jour de soldes pour lancer la saison des achats aux États-Unis. Il a été utilisé pour la première fois dans les années 1960 pour désigner l'achalandage piétonnier et automobile lors du début des emplettes de Noël. Quelques années plus tard, les commerçants utilisèrent le terme afin de désigner la sortie "du rouge de leurs profits" pour "retourner dans le noir". On relate qu'à une époque où la comptabilité était tenue à la main, les comptes étaient écrits en rouge, car déficitaires, toute l’année jusqu’à ce fameux vendredi. Les achats du lendemain de Thanksgiving permettaient de sortir « du rouge », faisant passer les comptes en positif, ce qui permettait de les écrire à l'encre noire, d'où le terme de vendredi noir.  Une démarche commerciale menée peu à peu et de plus en plus sur le territoire français, comme la célébration d’Halloween et tout ce que l’Amérique transpire. Suite aux attentats terroristes de Paris survenus le vendredi 13 novembre 2015, le délégué général de la Fédération du E-Commerce et de la Vente à Distance (FEVAD), annonce que l'évènement commercial "Black Friday" sera renommé en « Jour XXL », « par respect pour les familles ».

[4] FNAC : Fédération Nationale d'Achats des Cadres. Fondée à Paris en 1954, c'était à l'époque un endroit où les cadres venaient acheter leur matériel cinéma, photographique et l'électro-ménager, abandonné à la fin des années soixante. Petit à petit, les rayons se sont étoffés avec le son et l'image — radio, télévision, enregistreurs, disques, etc. — et le livre en 1974. Le rachat du groupe Darty en 2016, remet l’électroménager dans les rayons.

[5] Mental Ray est un moteur de rendu 3D logiciel (logiciel qui calcule une ou plusieurs images 3D en y restituant non seulement la projection 3D mais surtout tous les effets d’éclairage) produit par la société Mental Images GmbH. Il utilise la méthode du raytracing pour créer les images. Il a été utilisé dans de célèbres films comme Hulk, Matrix Reloaded & Matrix Revolution, Star Wars, L'Attaque des clones… Mental Images a été racheté par NVidia en 2007.

[6] Le Cray-1, inventé par Seymour Cray, est lancé en 1976. Il s'agit d'un superordinateur à architecture vectorielle. Il atteint une puissance de calcul de 166 MFLOPS, soit la puissance moyenne d'un ordinateur de bureau vingt ans plus tard. Ce supercalculateur pesant près de 5 tonnes coûtait près de 9 millions de dollars à l'époque.

[7] (Anglicisme informatique) Programme informatique conçu pour modifier le comportement d’un autre logiciel, la plupart du temps pour lever une impossibilité ou restriction d’utilisation.

[8] En typographie, une fonte de caractères est un ensemble de glyphes, c'est-à-dire de représentations visuelles de caractères, d'une même famille, de même style, corps et graisse.

[9] Steak people, ou Stecpipol : Expression fourre-tout que l’on employait pendant l’adolescence, afin de faire paraître savoir parler anglais. La phrase archétype était « One again steak people, et stoufe night. »



01/12/2016
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