Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

Le gendre suédois : Lundi 13 Mars 2017

Une claque en pleine face.

INES m’envoie une personne que je n'ai jamais vu avant pour s’occuper de moi. Après avoir eu quarante nouveaux interlocuteurs, voici que chez moi, INES m’envoie une femme tombée de l’arbre. Il est huit heures du mat’, dans ma piaule, une étrangère. -Savez-vous quelle maladie a mon mari ? demande Nathalie. Elle nie. Je fais un signe de négation clair et intelligible par n’importe quel humain. Cette femme retourne de là où elle vient : voilà ce que je signifie. Je suis scié, de bon matin, coupé en deux. Quelle délicate attention de la part d’une entreprise de soins à la personne ! -Nous c’est l’humain… je l’entends encore parler le mec avec sa sacoche et son portable géant. Mort de rire, non ?

La transition était prévisible. Je me jette dans mon monde numérique, pas Facebook, pas les Mails. Non, envie de monter du film, d’écouter du jazz, sortir un plan en 3D pour Terravana. Du créatif quoi. Un coup d’œil quand même sur ma page, rien de nouveau à l’horizon : toujours les mêmes conneries qui tournent en boucle. Le bureau a été repensé en mon absence, un régal d’ergonomie ! Mon père est passé par là avec son sens pratique, un génie d’ergologie. On devrait tous avoir des enfants handicapés, ça fait voir le monde autrement. Mon séjour au San Salvador a été une formidable aventure humaine, mais j’y ai découvert également plein de solutions à toutes sortes de petits problèmes d’ordre ergonomiques. Un métier passionnant ça, ergo logue. Autant d’adaptations qu’il y a d’humains avec chacun son problème. J’ai quelques idées à breveter depuis.

La semaine a passée comme une étoile filante. Saint Patrick, Saint Joseph… tous ces évènements auxquels on n’échappe pas. Pas envie d’exposer ma fatche, comme la bête de foire. -Aah ça lui va bien le roux, hein ? On parle de moi comme si je n'étais pas présent, lol. Comme dans le film « les Patients », on me parle à la troisième personne du singulier : -Alors, il aime bien fumer hein le bougre ? Putain, mais ta gueule ! Qu’est-ce t’y comprends toi à la clop ? Les habitudes sont revenues au galop, les bonnes comme les mauvaises. Le stress de Nathalie, les intervenants du spectacle matin, midi et soir. Une nouvelle famille de matériel est venue encombrer mon espace vital : un fauteuil manuel enfin à ma taille, et un « standing », sorte d’invention en acier qui sert à tenir debout comme son nom très original l’indique. Le fruit d’un ergo logue sommes toutes assez génial, puisque les patients assis retrouvent le simple bonheur d’être debout. Ça veut dire regarder le monde d’en haut, regarder les gens dans les yeux, et pour ma part, dépasser 99% des interlocuteurs, dont les kinés qui le vivent très mal. C’est marrant comme les gens changent de ton, une fois que je suis debout. Comme s’il y avait une quelconque honte ou gêne à être plus grand ou plus petit. Les plus complexés sont les mecs, ils sont moins habitués que les femmes. Moralité, les handicapés assis sont, bel et bien assis. Quant à mon fauteuil, il vient remplacer mon premier prix jugé sans la moindre notion de taille car à l’époque (il y a deux ans, lol) je marchais encore. Comme une saloperie d'Hollandais radin j’avais dit à la pharmacienne, -Mettez moi le moins cher, ça ira bien. Cette fois-ci j’ai dit, genre royal : -Mettez moi un truc à ma taille, j’y passe toute la journée. Pour faire plaisir à Pit, je l’ai choisi pas gris mais rouge métallisé, c’est nettement plus confortable. Va falloir repenser les roues, comme tout iOllie qui se respecte, on ne va pas rester planté là avec des roues commercialisées à 200 000 unités par jour. Ce sujet, tu te doutes bien, a fait l’objet d’une mûre réflexion, à partir du moyeu, pour arriver au peuneu, oui, le peuhneuh. Je vous mets au défi de trouver un seul vendeur français vendant des moyeux pour fauteuil roulant. La version anglaise nous ramène en Chine où, à moins de mille unités achetées tu n’intéresses personne. Quelques californiens se croient intéressants en proposant un modèle unique à 200$ le moyeu. Typiquement américain ça. Et puis je me dis Allemagne. Les mots « nabe » et « rollstuhl » sont bien plus pertinents sur un moteur de recherche. Vive les Fritz, ils sont exemplaires en commerce. Des descriptifs à faire pâlir un français revendant de la came chintok, un service et un choix hallucinants.

Le week end fut riche en évènements, principalement deux : ma fille et mon neurologue. Ce même mec qui, il y a deux ans, prononçait le mot fatidique de « dégénérative » ce qui me fit rentrer à la maison avec une sensation de fin de vie programmée. Dans la foulée, 19th nervous breakdown et crise de pleurs. Ce n'est pas évident à entendre que tu vas canner, mais bon, une fois la nouvelle digérée, tu t’y fais. C’est comme tout. Cette fois, l’attente me semble moins longue. Le doc fait preuve d’humour : un point positif. Il sort son marteau à dézinguer les genoux et conclue : -Bon, les raideurs, ça a un côté pratique. Moi je trouve ça très drôle. Nathalie y va de son laïus à résumer les deux années écoulées, ce qui lui coupe bien la chique au doc : quand elle s’y met, t’en a pour un moment. Par courtoisie, il feint de cliqueter sur sa souris, comme s’il y avait des milliers de cases à cocher. C’est impressionnant le nombre de clics que génère chaque patient, lui, il consomme une souris par mois. Le ventilateur de son PC brasse l’air lourd de silence. Bref, on rédige de nouvelles ordonnances, activité des trois quarts du temps d’un docteur. -Je vous mets quoi ? Je sais moi ? C’est toi le spécialiste non ? On prescrit à volonté, je suis un peu scié là.  Mais qui suis-je moi pour juger ces us et coutumes ?

La fin d'aprèm est plus marrante : Claire déboule avec son « chéri » pour la première fois chez ses parents. L’évènement était prévu de longue date, et tous les feux étaient braqués sur l’approbation du paternel. Le père, connu pour son caractère intransigeant, un truc de Brenkman transmis de manière intergénérationnelle (celui-là d’adjectif je tenais à le placer. Bon ça, c’est fait). A la première entrevue, Claire lui chuchote -Sors les mains de tes poches, ça craint chez nous ! Je me marre, elle a raison. Présentations tendues, Claire ne me quitte plus du regard. On se souvient tous de cet instant, comment oublier ? Le lendemain mon père en remet une louche, on aurait pu parier. Josef, mon pote, aime à me rappeler comment mon père l’avait apostrophé pour la toute première fois. Il lui avait envoyé un –Ow connard, ça va toi ? Un peu déroutant on va dire, mais si bon de voir la tronche du mec se décomposer sur place ! Je suis heureux de voir Claire à nouveau, radieuse comme toujours. Montpellier lui va bien, et elle peut s’en vanter, ce n'est pas le cas de beaucoup de ses ami(e)s. Le gars Ary est jeune et beau, avec tout pour plaire. Il découvre le fabuleux monde des Brekkies où les mobylettes ne restent pas dans leur état d’origine, le jardin qui invite au farniente, la caravane Love Shack, les parents « biocoop » aux cheveux teintés, et le Victor qui ne manque pas de pertinence. Tom fédère une bande de potes, tous en bécane. Le programme de l’après-midi est de surbaisser le Dax d’Arthur. Chacun y va de sa suggestion, aucun n’y capte un beignet en mécanique. Tom est le roi, avec son garage garni, hérité un peu hâtivement, mais O combien efficace et plaisirogène. Quel bonheur de voir des brelles attroupées devant le garage ! La relève ne semble pas improbable. A coups de meule, le Dax ne tarde pas à trouver une silhouette de Bobber, plus c’est bas, moins c’est conduisible, plus c’est réussi. Va comprendre, ce qui compte c’est le look, le reste on s’en branle. Le gang a pour mission de « garder » le site de Saint Joseph pour la nuit, pour éviter toute tentative de vol du matériel de sonorisation. Le Dax surbaissé tire une remorque remplie de sacs de couchages devant une farandole de meules improbables aux échappements déposés pour l’occasion, c’est l’aventure. Le genre de nuit dont un adolescent se se souviendra toute sa vie. Ils vont se peler les couilles mais qu'importe ? Donnons-leur des souvenirs à nos minots !

Pendant que des milliers de gens manifestaient dans les meetings de Benoit Hamont (inventeur de l’orgue Hamont) et à la Saint Joseph, nous on s’est fait un apéro royal dans le jardin, à la Break. Dimanche ensoleillé, tables parsemées avec grappes d’ados et autres jeunes aspirants. On m’installe sur le « standing » pour apéritiver comme les grands, debout. Passés les -Ooh et les -Aah, je sirote un 51 à la vitesse d’un paresseux, Niko et Marc se relayent à la paille. Jusqu’à la bonne fausse route qui met en branle tout mon corps et les fameux réflexes médullaires (ceux qui partent de la médaille, c'est bien connu). Les quintes de toux viennent plus souvent et de manière imprévisible. Et me voilà debout devant une audience de belles créatures (apéro façon Trump), tremblant, les verres tintinnabulants jusqu’à se barrer dans les graviers, une bonne bave pendue au menton, et des mains m’empoignant par le premier endroit venu. On dirait la description d’une crise de spasmo-phillips, mais non, vous êtes bien sur Canal SLA. Décrédibilisé moi ? No comment.

Le fait est que j’atteins une nouvelle étape dans l’évolution de ma sclérose en tubes. Les bras ont atteint un stade de full-mollusque, de fait tout mouvement de mes bras et mains doit être opéré par une autre personne (pas forcément « tierce »). Le joystick évolue encore sur un carré de 20CM, pas plus. J’atteins un stade d’immobilité assez critique voire craignoss, même les oeils s’y mettent. Donc, concrètement, je me bats pour les derniers jours sur mes logiciels favoris. Toute difficulté me semble dérisoire au point de la ranger derrière mon fameux Balek, c’est si facile. Je repousse quotidiennement la ligne entre les choses dignes d’intérêt, et celles qui n’en valent plus la peine. C’est un comparatjif permanent, qui fonctionne en arrière-plan, sauf pendant le sommeil. J'ai appris à accepter, maintenant j'apprends à me contenter du restant. J'accepte tout, plus rien ne m'atteint. Fuck les mouches qui parcourent mon corps nu, les brûlures de mégots, mêmes les crampes me deviennent dérisoires. Seule Nathalie comprend mes états d’âme (et encore, pas tous), Nathalie fait absolument TOUT pour moi, connait tous mes besoins et sait les gérer. C’est bien le problème, surtout avec des aides-auxiliaires de vie qui eux se contentent du minimum syndical. Nathalie a deux vies, double mérite, une superwoman à sa façon. Seule elle sait créer des entrées qui donnent faim : c'est pas rien quand on ne peut plus manger, sans elle, y'a plus dégun. Les garçons sont également très alertes, Victor cultive déjà l’ironie et le second degré : ouf ! Seul lui sait me comprendre sans lire mes lèvres. Tom est une sorte d'extension sans fil de mon corps avec une gestion logique de l'information sans interface. Oui ma dépendance commence à me peser, surtout dès que Nath s’écarte de moi et que ma montre-alarme de vioque ne sert plus à rien. Une nouvelle étape, je vous le djis.

Ce matin, l’invité de Trappenard était Dave Gahan. Rien à voir avec la francophonie, mais c’est un signe très positif. Un rappel à l’ordre, faut que j’écrives à mon frère dans les Abruzzes, et l'autre qui remplit son conteneur de tonneaux de rhum.

 

I just can’t get enough of them, à tantôt.

 



21/03/2017
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