Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

Légume dans ses pantoufles: Samedi 18 Février 2017

      J'ai pu publier mes premiers émois grâce à la collaboration, préméditée certes, de Zoé qui s'est fadée tous les apostrophes et cédilles manquants. Vous me lisez grâce à elle,  visitez son blog (lien dans les "partenaires "),  elle mérite!

     L'hôpital a repris ses activités après un week-end de tranquillité. Finalement je préfère le week-end. C’est un capharnaüm infernal peuplé d'intervenants de toutes sortes accompagnés d'étudiants inexpérimentés. Ça vous dérange Monsieur euh... Bertman que Natasja s'occupe de vous? Je suis plus à ça près... Vas y, charge la mule. J'ai eu quarante nouveaux interlocuteurs en trois jours, pourquoi pas Natasja?  D'autant plus qu'elle est plutôt mignonne. Natasja me regarde pisser,  ma bite plantée dans un "pistolet",  sorte de réceptacle infâme à pisse. Sympa pour te décrédibiliser devant une belle jeune femme!  Si encore elle était moche et grosse... Mon courriel a fini par arriver à destination, on va "s'occuper" de ça Monsieur euh...Brehmann. D'ici à ce que les quarante aides reçoivent l'information, il faudra un bon mois. Ce matin j’ai pété un câble, je me suis dit, tu veux que je te réponde? Et bien tu me règles mon Eye-ollie, démerde toi! Là on a mieux compris, après trois coups de fils et une assemblée de poules façon "Chicken run" dans ma petite chambre,  une étudiante a réussi l’exploit. Comme quoi le refus est un moyen encore bien valide,  tel un bébé. Ah tu veux jouer au con?  Allons-y!

Le verticalisateur fait partie de ma chambre maintenant,  on prend le "vertik" pour tout, c’est trop bon, il m'en faut un! Génial pour sortir un moteur, Tom me le l'empruntera,  c’est clair. Je vois bien le ramener en pharmacie:  -Dites,  le vérin a explosé, c’est normal? Je me suis fait un nouveau pote "tetra",  il ressemble à Jason Statham. Je kiffe sa commande buccale, avec le menton et un "sip and puff", il commande tout: le fauteuil, les roues, le siège, l'ordinateur ... Tout!  A Montpellier ils m'en ont mis un "de côté ", j'ai hâte de l’essayer. J'ai quitté la table des tire-au-flanc pour rejoindre celle des tétraplégiques,  adieu connards du FN,  bonjour Le Transporteur avec technologies modernes.

      Un planning se met en place, j'ai refusé l'activité Loto,  je leur ai dit que c’est pour les vioques. Ça les a fait rire,  un peu jaune quand même. Première kinésithérapie ce matin,  la femme m'a tordu grave,  à me déboiter les omo-micro-plates, putain ça fait mal! Ensuite mon Nostheo perso a débarqué avec un pack de bières sous le bras. Ça ne leur plaît pas trop ici... Pendant la séance, pas moins de quatre personnes frappent et rentrent dans la piaule, adieu bénef, fait chier! Ici on frappe en entrant, pas avant d’entrer. Sympa pour l’intimité. Ce matin, Christine, la kinésithérapeute aux deux bras cassés et avec neuf doigts, m'a laissé debout vingt minutes, ça m'était pas arrivé depuis plus d'un an, trop bon de se voir debout. Je la suspecte d'être devenue kinésithérapeute depuis son accident,  rien de mieux que l'expérience pour comprendre les patients. Mon premier estron ici relève d'une véritable aventure, attends,  je t’explique. Claudia, à force de relever, s'est démis une vertèbre. Sur mon alerte fulgurante (transi de contorsions comme seule une envie de chier sait te tordre), elle décida d'utiliser le Vertik. J'essaye tant bien que mal de lui faire comprendre que le Normacol est sine qua none. Elle me suspend tel un vieux linge,  à dix centimètres du plafond, me plante un flacon de nitro-glycérine dans le cul et le vide. -Serre les fesses hein?  Jai paxa afoute...si en plus il faut changer le linoléum ... Elle me manoeuvre tel un transpalette full-options vers le WC étriqué aux normes de 1960. Je me fends la gueule en serrant les fesses tant que je peux, sans grand succès. Le vérin me pose en douceur,  je suis harnaché,  les bras ballants, les mollets sanglés, avec un "pistolet" coincé entre les cuisses et un Tchernobyl inextinguible dans la cuvette désormais irrécupérable. Le réservoir de Harley se barre dans la frénésie,  un bon litre de pisse finit dans mon slibar,  ruinant au passage mon froc favori, mes chaussettes et mes deux chaussons en peau de bouc retournée. Levée hydraulique, me voilà pendu avec jaune devant et marron derrière. Y a pas à dire,  le Vertik c’est le top! Bref, faire faire un aandjicapé c’est un métier. Le personnel a un sacré mérite,  il faut se le fader ce job.

      Jessica décide de s'occuper de moi pour la soirée. Petit bout de blonde,  je la dépasse d'une tête et demie. Le transfert vers le lit,  je l'attendais,  mais Jess voulut se prouver qu'elle n'avait besoin de personne. J'aime le défi,  je laisse venir. Après trois tentatives, elle s'arrache les bras et parvient à me mettre sur mes pieds (debout serait inadéquat). Le basculement vers l'horizontale est plus improbable: mes pieds dépassent de vingt centimètres!  Elle se met derrière ma tête et me tire en arrière. -Putain,  mes seins!  J'ai pas fini de les payer! Taleur il te tombe une prothèse sur le front... Je n'en demandais pas tant,  mais maintenant je saurai. On se fend la poire elle et moi, mais désormais elle demandera un coup de main à Jo,  le Sébastien Chabal local. Lui il me couche d'une seule main, pas content c’est pareil.

 

Mècredji

      Presque une semaine déjà. Claudia est revenue, elle me sort du coma. Mal dormi, lombaires enflammées, réveillé toutes les heures. Un truc génial ici c’est le personnel de nuit qui vient te retourner quand t’appuies sur le bouton. Le système est tout simple: un drap carré sous le cul qu'ils tirent d'un coup,  et tu te retournes comme une crêpe. Au début j'osais pas demander mais ils m'ont fait comprendre qu'ils étaient là pour ça, alors OK vas-y, fais moi rissoler. On s'occupe de tout ici,  j'en branle pas une! Claudia lit dans mes pensées: -Café clope en terrasse avant de déjeuner?  Putain, y'a bien deux ans que je n'y ai plus droit! C’était chez Annie,  un rituel tué sur place. J'en fume deux pour célébrer ça. Ce péché mignon a été remplacé par d'impinables compléments alimentaires qui me gavent la panse à jeun, pour avoir droit enfin, comme une récompense d'enfant, à un micro-café qui sert à chauffer la cuillère de miel de Feyzin qui précède ledit précieux breuvage . Zéro plaisir. C'est un peu comme fumer une clope avec un non-fumeur qui te parle de tous les méfaits du tabac. Autant laisser tomber. Alors t'imagines un café-clop à jeun! Kif total. Matinée chargée: psychologue, ergologue, kinésithérapeute et le repas attend déjà. Ma bière génère des blagues à deux balles, m'en cague. Un brouhaha d'enfer, ça crie,  ça jazze autour de moi. J’ai dix minutes de retard, donc on me propose un café alors que j'en suis encore qu'à l’entrée. On débarrasse systématiquement les tables pendant qu'on mange, du coup je finis tout le temps avec un yaourt re-posé sur une table vide passée au Mr.Clean,  super ambiance conviviale! Derrière moi, les agents de surface (ils ont pas les moyens d'avoir des agents d'iPad) attaquent les serpillières. Le chariot Sodexo repart en 60 minutes maximum. Je fume mon clopo avec le personnel, j'écoute les potins des coulisses, passionnants comme une série TV à laquelle on a pris goût.

       Séance de relaxation après l'ostéopathe et la sophrologie,  je suis vraiment pas énervé,  je ne branle rien de chez Rien. Ici tout est fait pour t’assister,  il suffit d'appuyer sur un bouton pour exaucer un voeu. Malheureusement certains [et d'aucuns également] l'ont bien compris,  et la moitié des patients est composée de tiroflans pseudo handicapés. Ceux-là je les fusille du regard,  balekouï. Ce matin marché à Carqueiranne, expédition en fourgon TPMR rempli de cous épais à fauteuils roulants dans la bonne humeur et les sonorités COTOREP. La bourgade est plutôt embourgeoisée,  ici Mélanchon fait pas une voix. Edith m'avance des ronds, je me trouve un polo et des pantoufles. J'en ai toujours eu horreur mais vu mon profil,  inutile de chercher à s'habiller désormais: les jeans me pincent les couilles,  et les chaussures ne servent à rien. Comme j’ai les pieds froids,  avec ou sans chaussettes,  je vais rester pieds nus: problem solved. Au dehors un écho provenant du réfectoire traverse ma porte en carton-pâte de 93. Le loto anime les vioques,  quelle horreur ce "Club de la gaité",  ce n’est vraiment pas pour moi. J'en profite pour mettre à jour mes courriels nombreux,  et écrire à la chef. Mon précédent mail elle l'a reçu six cents fois à cause d'un bug sur la bêta de The Grid3. Je suis donc devenu le "hacker" de San Salvadour, et tout le monde me connaît,  -Ah, l'original avec son fauteuil customisé là... La plupart du personnel trouve que je ressemble à machin ou bidule. Au dernier carat ça serait Bradley Cooper, ben voyons, pourquoi pas ...

       Voilà,  huit jours. J'ai un planning de ministre, on s'arrache l’Olive. Je suis déconnecté de la réalité comme lorsque je partais à l' AFPA,  entièrement absorbé par le système,  lobotomisé à souhait. Loin de moi mes habitudes, les repas variés de Nath, le bisou du soir, les rires des enfants, le mac, et le jazz à FIP. Oui,  c’est ça qui me manque le plus: la bonne musique, sans conteste. Dimanche première visite de la famille,  va falloir que je demande à Samantha de me raser en m'enfiler un vrai pantalon. C’est qu'on s'y habitue vite à ne rien foutre aux frais du contribuable,  allez paye ton RSI!

Tiens, je vais appuyer sur le bouton, j’ai envie de boire une  bière et fumer un clop... Yallah!

À tantôt.

 



18/02/2017
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