Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

L’enclume martiniquaise : Samedi 30 Septembre 2070

 

     En 2070 Thomas aura 70 ans. Vivra-t-il si vieux avec 10 milliards de terriens prévus ? Si moi j’arrive à tenir jusqu’aux jeux olympiques de Paris, ça sera déjà un miracle ! Bon, tu me diras si Stephen Hawkins il tient le coup, yapad raisons… Ouais mais je ne veux pas avoir une fatche abominable comme lui, ah non ! Il a beau être un génie, mais vous conviendrez qu’il a la tronche en biais, sa mère ! Voilà une intro au pif.

J’arrive à un carrefour[1] où j’ai un choix, enfin. Les fins de semaine sont propices pour cela. A droite une video sur le banc de montage, à gauche le lit pour m’abandonner et m’affranchir de toute obligation (moi aussi je peux faire grève et faire chier mon monde), et tout droit l’écriture. Je fonce tout droit. J’ai un peu honte d’avoir aussi peu à faire quand tout le monde se stresse, croulant sous les procrastinations des semaines passées. Oui, ben vous n’avez qu’à avoir une SLA, et puis merde !

Je cueille chaque jour, chaque instant peinard devant mon ordi où je peux laisser parler mes yeux, où personne ne vient m’arracher du bureau pour une séance de ci ou de là, pour manger alors que je n’ai pas faim, pour exonérer à coups de suppositoires qui ne font rien et qu’il faut accompagner d’un Normacol qui te ruine le transistor intestinal et t’enlève tout le temps que tu espérais consacrer à l’écriture…

J’ai fini par mettre à jour le MERSOB, parce qu’une nouvelle intervenante m’est arrivée (pour ne pas dire imposée). C’est comme dans les banques : quand tu as pris l’habitude d’un(e) interlocuteur(trice) on t’en fout un autre. Orelli m’a donc été présentée (à 7h30, nota bene) en “binôme” avec Julio. Fraîchement débarquée chez INES, Orelli doit se fader un apprentissage en accéléré de toutes les manipulations d’un légume SLA, qui plus est casse-couilles. Fort heureusement elle a une carrure qui m’inspire confiance, contrairement à la sexy Melody qu’Olivier Leconte n’aura jamais rencontré. N’y voyez aucun reproche, mais pour soulever mon âne-mort, mieux vaut des épaules fortes. Bref, je mets à jour le mode d’emploi et l’envoie à tous les auxiliaires. Une seconde nouvelle intervenante devait m’être présentée ce matin : à la lecture du MERSOB elle a carrément déclaré forfait ! LOL. Pas de couilles au cul. Balek, c’est pas mon problème. Julio lui s’adapte, il a tout compris[2]. Il connait par coeur mes habitudes. Ce garçon est un véritable Mother’s little helper[3]. Il excelle pour assister le fumeur sans bras : il allume et disparait de suite comme un coucou d’horloge. Lorsque la cendre de ma clop va pour tomber, il ouvre les portes, enlève la cendre et re-disparaît immédiatement en fermant les portes. Un véritable coucou ! Du coup, en pensant à ça pendant ma première sèche, j’étais plié de rire :)

 

     Mardi on était au contrôle technique à Montpellier. Les visites s’espacent (Les ombres s’échinent à me chercher les noises…[4]) et deviennent de plus en plus succinctes. Je m’en inquiète auprès de Mad Professor qui trouve toujours les mots justes pour me rabattre le caquet, à raison. Lui au moins répond à mes courriels (et Dieu sait qu’il doit en avoir un tocson[5]…), c’est pas comme à Marseille… oui, c’est bon, j’arrête ! Bref, à la pesée j’ai gagné 600 Grammes. J’aurai dû mouler un bronze avant d’y aller, on aurait eu une différence de 5 Kg et on m’aurait prescrit encore plus de nourriture enrichie aux excipients de synthèse pour cosmonautes rachitiques. Saloperies, j’en peux plus de ces merdes ! J’aurais du également demander une ordonnance pour du Viagra afin d’utiliser mon stock de Peni-Flow calibre Rocco Siffredi. Pas très pratique pour pisser la bite en l’air, quoique, avec du Duck-tape on devrait bien pouvoir la contraindre le long de la cuisse… Bon, de toutes façons, je n’ai jamais réussi à pisser en bandant, vous oui ?

Le personnel kiffe mes roues en 26 X 3.00 à Jean Talu et flamblants. C’est la première fois qu’ils voient ça : des roues qui ressemblent à des roues, au lieu de ces bandes pleines en gris-handicap. Quand on est/devient handicapé on est censé ne plus aimer les couleurs : il reste gris, noir ou blanc perforé façon Docteur Scholl. Vous n’avez jamais remarqué ? C’est d’un laid tout ce matériel ! Et partout où je vais, on me dit la même chose : -C’est la première fois que je vois ça ! C’est pour rouler sur tous terrains ? C’est plus confortable non ? Si je pouvais répondre je dirais : -Non, c’est pour faire parler les curieux, et ça fonctionne à merveille, cono ! Le résultat de mon bilan sera moins amusant : je ne pourrai plus jamais prendre des vols long courrier, pour une histoire de raréfaction d’oxygène soi-disant. Adieu Californie, adieu le monde en fait. -Ou alors vous avez Ajaccio mais ça ne sera jamais… la belle vie en Floride, à Miami…[6] Adieu le road-trip prévu en Mobility-RV[7] de finze mètres de long dans les Rocheuses ou Grand Canyon. Fait chier, quand même !

 

     De retour au bercail, je mets à la recherche d’une location de camping-car (mot anglo-saxon que seuls les français utilisent) équipé d’un ascenseur PMR : Pour Monter des cRoulants. Navrant constat : il n’existe qu’un seul modèle (base Fiat Ducato / Peugeot Boxer, toujours les mêmes…) en location à Lyon ou Lille. Génial, me voilà renseigné. Mais la problématique[8] c’est l’espace intérieur : impossible de tourner sur place avec un fauteuil roulant. Tu parles de vacances ! Et c’est pour quatre personnes ! Donc là, je vais vous concocter un petit film sur les vacances d’aandjicapés, c’est en cours.

A propos de petits films, mon Turn-EZ-Ollie™ a beaucoup fait rire. Notament mon ergologue Tatoo You et Mad Professor qui l’ont partagé à tout l’hôpital Guy de Chauliac[9]. Figurez vous qu’une équipe de quatre mecs bossent sur le projet et vont le réaliser ! Pour ceux qui auraient loupé un épisode, il s’agit d’un mécanisme permettant à une seule personne (même frêle) de me retourner sur place dans mon lit. Une de mes inventions, malheureusement commercialisée par un malin Danois qui a eu la même idée que moi deux ans auparavant. Le dispositif coûte 6300€ sans montage. Là je m’inscris en faux. Et vu l’inertie formidable des aides de l’état… Souvenez-vous, il faut “saisir”[10] la MDPH[11] qui transmettra le dossier (un devis) à la CDAPH[12] qui statue tous les cinquièmes mardis du mois, pour ensuite éventuellement émettre un fax favorable au Conseil Général dont le responsable trésorier émettra un ordre de virement lorsqu’il sera revenu de son congé maladie… Le montant alloué au bout de sept mois est bien sûr plafonné de telle sorte qu’il représente 20% du devis, et le bénéficiaire a largement eu le temps de canner entre temps. C’est globalement ça être aandjicapé et demander de l’aide. Donc, on se le fait nous-mêmes (Parce qu’on n’est pas des pédés[13]) et puis on ne demandera rien, et les fromages des chèvres seront bien gardés. A propos de MDPH, figurez-vous qu’elle nous demande une justification de mon état de santé ce qui revient à refaire un dossier d’inscription complet. Date et lieu de naissance des parents de votre nièce, justificatifs de truc, attestations de machin, impôts bidule, Cerfa[14] de mes couilles, etc. Comme si j’étais un inconnu, comme si j’allais « guérir »… C’est globalement ça être handicapé.

 

    Bon, ce n’est pas très joyeux tout ça. Allez, je vous ai niqué sur le Cabrel, je me rattrappe avec une actualité des “musiques du monde” (appellation complètement conne, mais bon…) bien plus joyeuse. Je vous mets un titre imprononçable que même Goût-gueule-traduction y connaît pas : Enkèn yèlélèbesh. Ce chanteur m’a fait penser à Fadoul (Le « James Brown marocain », un des maîtres de l’arabic funk) en 1971 avec sa reprise de Papa’s got a brand new bag, devenu Sid Redad (chanté en arabe, c’est génialissime : cherchez-le, c’est fameux !) Il m’a tout de suite plu avec sa langue incompréhensible et sa section de cuivres française. Tour du proprio : Girma Bèyènè, né à Addis-Abeba en Éthiopie, est un chanteur et musicien éthiopien (donc). Il commence sa carrière comme chanteur au sein du Ras Band à la fin de 1961. Il se fait surtout connaître comme pianiste, organiste, et arrangeur lors de son travail avec son complice le chanteur Alèmayèhu Eshèté avec lequel il fonde l'orchestre Alèm-Girma Band. De 1969 jusqu'en 1978, il travaille sur plus de 60 titres et se fait reconnaître par ses arrangements inspirés de la musique pop anglo-américaine. À cette époque, il est plus actif et reconnu dans son pays que Mulatu Astatqé, le mythe de l'éthio-jazz. Par la suite, lors d'une tournée il émigrera aux États-Unis en 1981, mais ne réussit plus à se produire sur scène. Il vit à WashingtonDC de petits boulots. En 2005, alors qu'il travaille comme pompiste, il rencontre le producteur de musique français Francis Falceto. Trois ans plus tard, il participe à un festival à Addis-Abeba. Puis, en septembre 2015, il commence à jouer avec le groupe français Akalé Wubé, collaboration qui conduira à la parution d'un album en janvier 2017 dans la collection Éthiopiques intitulé Mistakes on Purpose, et dont le titre phare est sur la platchine du blog. Un pur régal.

A tantôt.

 


 

[1] On ne dit pas arriver à un leclerc ou bien arriver à un super-U, nota bene.

 

[2] Pourtant il n’est pas chez Free. A Sillans il n’y a aucun opérateur téléphonique. T’es pas emmerdé comme ça.

 

[3] Mother’s Little Helper par The Rolling Stones. Album Aftermath, 1966.

 

[4] J’passe pour une caravanne par Alain Bashung. Album Chatterton, 1994.

 

[5] Tocson : (argot) :  une grosse quantité. Un moulon, un toc, un tocoss’… Ici nous avons le nom toc auquel on rajoute une syllabe avec un phonème similaire pour ajouter une touche de convivialité. Autre exemple : le plaftar pour plafond.

 

[6] La FM qui s’est spécialisé Funky par Michel Jonasz. Album Unis vers l’uni, 1985.

 

[7] Mobility RV ou Ability RV. Camping-car TPMR, soit équipé d’un accès pour handicapés. RV signifie Recreational Vehicle. Inutjile  de prononcer ces mots, les américains adorent les acronymes, et si vous ne prononcez pas les lettres RV (“àrvii”), personne ne vous comprendra.

 

[8] Mode débile qui consiste à rallonger des noms communs (problème > problématique) pour s’écouter parler. J’aurais très bien pu formuler la même phrase avec le sujet “problème” tout simplement. Ecoutez, c’est partout, et c’est abominable !

 

[9] Guy de Chauliac : né à Chaulhac et mort le 23 juillet 1368 est un chirurgien français. Il est considéré comme le père de la chirurgie médicale. Il a donné son nom au CHU de Montpellier où je suis suivi. Mais là n’est pas l’intérêt de ma note. Je remarque une tendance qu’ont certain(e)s à “avaler” des syllabes.  Ainsi Guy de Chauliac devient Gui Tcholiak. La dent de requin devient une dandrekin, etc.

 

[10] Saisir : ici inscrire de façon à avoir une trace tangible. La première fois que je demandais poliment un truc à la MDPH (en détaillant bien ma demande), on m’a répondu : -Il faut saisir la MDPH. Merci connard ! Je ne m’habituerai jamais, ils ne sont pas humains là-d’dans. Maintenant je commence mes courriers par : -Nota Bene : Je SAISIS la MDPH. Madame, …

 

[11] La maison départementale des personnes handicapées (MDPH), est en France un groupement d’intérêt public présent dans chaque département français qui fonctionne comme un guichet unique chargé de l’accueil et de l’accompagnement des personnes handicapées et de leurs proches. Dans chaque département, la MDPH prend en charge les démarches liées aux différentes situations de handicap et en effectue le suivi.

 

[12] La Commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) est un organisme au sein de la MDPH chargé de répondre aux demandes faites par les personnes handicapées concernant leurs droits. Créée au même moment que la MDPH, la commission prend des décisions sur la base de l'évaluation et du plan personnalisé de compensation élaboré par cette dernière.

 

[13] On n’est pas des pédés : expression que j’aime bien, et puis c’est tout. Pas content c’est pareil.

 

[14] Comité d’Etudes et Relations Franco Allemandes. Non, je déconne… Le centre d’enregistrement et de révision des formulaires administratifs (CERFA), était un organisme public français ayant pour vocation la mise en place et la modification de tous les documents officiels utiles à la communication avec les administrations et pouvoirs publics. Le Cerfa était initialement une division de l'Insee, puis il a été rattaché au Secrétariat général du gouvernement avant d'être fondu dans une commission pour les simplifications administratives.

Par extension, le Cerfa est devenu un synonyme de formulaire, un papelard à remplir sans ratures...

 

 

-Y'en a un peu plus, je vous le mets quand même ? (disait Rocco Siffredi).

 

 

 



01/10/2017
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