Le journal d'Eye-Ollie

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Ma Baker (Part II) : Jeudi 3 Novembre 2016

Ma Baker (Part II) : Jeudi 3 Novembre 2016

 

     Toujours pas moulé un bronze. Bon, on verra bien. Les garçons ont un cours de surf ce matin, le réveil est dynamique, ce qui n’empêche pas Tom de s’envoyer deux assiettes chargées de charcuterie, omelette, pains au chocolat, etc.… puis d’avaler deux grands verres de jus d’orange par-dessus, putain ce qu’il avale !!! Lorsque Claire a changé de tenue pour la deuxième fois et a mis ses baskets de running flambantes, puis mis ses écouteurs en mode « je fais c’que je veux, mais je ne vais pas rester seule », on peut enfin partir. Moi j’ai eu le temps d’en fumer quatre, je ne vais pas me plaindre, mais maman ours remet le poil de l’oursonne en mode hirsute avant le départ. LOL. Victor & Tom reviennent enchantés (et bien délavés) de leur initiation au surf. L’océan les rappellera un jour, c’est sûr. Le soleil nous emmène sur Biarritz, dans une foule inespérée par les restaurateurs et hôteliers. Déambule, monte, descend, les ados tirent la langue. Un passage aux Galeries Lafayette remet les pendules à l’heure. Tom y trouve une veste « trop stylée » et un bonnet de chantier qu’il ne quittera plus, alors qu’il fait un temps estival… du moment qu’il se donne un air. Une chose est certaine, les miroirs sont usés après le passage des ados. On se paye un bon resto avec spécialités locales, avec sangria de rigueur. La troisième nuit au Chibre-menu s’annonce plus chibre que menu.

     Départ pour l’Espagne, beaucoup de kilomètres à parcourir aujourd’hui. Ma comptable règle tous les détails avant de se remettre au volant. Les p’tits bras remettent papa Ours en place, le bordel ambiant empire de jour en jour avec les souvenirs accumulés. Tom trouve une solution intéressante : la majorité des bagages est stockée sur mon fauteuil manuel qui fait office de chariot mobile, pas con.  Direction Bilbao. Comme par hasard la programmation musicale en streaming s’arrête à la frontière. Finalement, notre autoradio « de vieux » retrouve tout son intérêt, d’autant plus qu’on y cause étranger, Sakifo ! Je ris, encore. Un clin d’œil complice de Nath dans le rétroviseur, on est bien d’accord. L’objectif de MON voyage est atteint quand nous franchissons les portes du musée Guggenheim. J’ai toujours aimé les MOMAs, et l’art moderne en général. Vingt ans après New-York, me voilà dans le musée d’Art moderne le plus grand d’Europe ! Waaah le pied !!! Peut-être un jour pourrais-je visiter celui d’Abou Dabi, ouverture prévue l’année prochaine : appel aux potes semi-marathoniens… Le bâtiment est une prouesse technique digne de la plus belle architecture du monde (on aime ou on déteste), au look plus recherché que le Sydney Opera House, à la technicité plus complexe que le pont de Millau : un bijou !  Vingt ans déjà qu'il me tente, enfin ! L’expo du moment présente les œuvres de Francis Bacon, assez inaccessible pour le passant non initié, mais une œuvre vidéo est tout à fait géniale : « Soupir » de Sam Taylor-Johnson qui reproduit une pièce musicale sans instruments sur huit écrans positionnés comme un orchestre : poignant ! Une autre expo permanente vaut le déplacement à elle seule : l’œuvre de Richard Serra, qui cintre d’immenses feuilles d’acier (épaisseur 5CM quand même, balèze le mec) posées au sol et ajustées au millimètre, formant des labyrinthes intrigants pour le visiteur. Je flippe un peu entre ces parois très hautes, parce qu’avec un fauteuil roulant, on ne sait pas si on pourra faire demi-tour… L’ensemble de l’œuvre doit peser plusieurs milliers de tonnes, très fort. J’adore ! Une autre œuvre retient mon souffle : celle de Jenny Holzer qui affiche des messages en six langues sur d’immenses colonnes avec des diodes électroluminescentes. Evidemment je kiffe les masterpieces, dont Klein, Picasso, Warhol et Motherwell dont l’étude phénicienne rouge a le don d’énerver ma douce qui trouve absurde une telle simplicité. Il est vrai que nous avons là, deux visions diamétralement opposées, c’est ainsi. Je regrette vraiment de ne pouvoir communiquer ma joie et mon engouement, surtout aux enfants qui n’y comprennent pas grand’ chose et sont laissés pour compte, sans motivation. Je les vois encore, assis par terre à se demander quand serait le prochain repas. Quel dommage, putain de maladie ! La grande Anthropométrie bleue me rappelle une expo dédiée à Yves Klein au MOMA de Nice en 1994. J’étais retourné la voir deux fois, suite à quoi je me lançais dans un plagiat, en peignant divers objets au compresseur dans les vignes avec une acrylique blanche saturée de bleu « Cordex »[1]. Le velouté mat obtenu était formidable. Julia est probablement la seule à avoir gardé une œuvre de cette série, un buste bleu cordex, un autaantchique Olivier Brenkman, nardinemok ! Bref, je passe un moment jubilatoire dans ce musée, méga-merci à ma tribu de s’être mis en mode « stand-by », ça vaudra pour le pelage-de-nœud dans les embruns pendant que mes p’tits gars tâtaient les rouleaux de l’océan. Puis, les humeurs modérées par un repas, nous enquillons les bornes, on the road again. Lorsque les tablettes ont perdu leur intérêt ludique, le sommeil naturel revient au galop, pendant que Miss Tinguett assure la vigilance au volant. Je me laisse, moi aussi, bercer par le doux murmure du cinq cylindres, heureux qui comme un diesel chaud. Lui, il va très bien, une merveille ce moteur ! A l’arrière, un contre-chant vient harmoniser cette mélodie. Celui des roulements de roues usés, tel un ronron asynchrone qui me rappelle les essieux des trains nocturnes, une époque révolue. Nous arrêtons le combi Véwoué (prononciation wallonne, ils sont cons ces belges !), à Calahorra, province du Rioja : aux portes du désert des Bardenas. Premier hôtel en Espagne, les enfants perdent tous leurs repères, tant mieux ! L’accessibilité est tout à fait honorable, et le style franchement espagnol, tout ce qu’on aime avoir en Espagne. Parquet grinçant et terres cuites, marbre mural dans la salle d’eaux, voilà du style : ici pas de grès cérame négocié chez Point P... Malheureusement, un resserrage des boulons nécessaire sape la soirée des enfants, et du coup la nôtre. Faites des enfants ! C’est génial !

     Départ pour Figueras, 550 KM sur la planche aujourd’hui, c’est pas rien. On profite de l’occasion pour acheter quelques bouteilles de rouge Rioja à vil-prix directement chez le producteur, d’autant plus que l’assemblage contient du cépage Tempranillo, élevé en Füdschen[2] : 3,50€ la bouteille. Qui dit mieux ? A 7€ le verre en restauration, y’a comme qui dirait "un bénéfice". Cap sur le désert des Bardenas Reales [3]. Un formidable espace à faire pâlir tout cinéaste. C’est Monument Valley à deux pas de chez nous.  On imagine immédiatement des chevauchées, des règlements de compte, des Clint Eastwood partout ! Les enfants « aiment trop » ce décor géant : des dizaines de selfies sont générés, en attente d’un réseau pour venir alimenter les serveurs de Snapchat, Instagram et consorts. Le but n’est plus de voir (à défaut de regarder) mais de montrer qu’on y était. Consternatoire ! Après cette pause narcississique en mode selfish, chacun retourne à son poste à bord du Dragibus réglisse. Les ados retouchent déjà leurs captures, il faut que le ciel apparaisse bleu, sinon « C’est trop la honte ! ». Qu’importe la réalité, pourvu qu’on ait l’illusion. Nous quittons la Navarre pour remonter vers la France. Dernière halte dans la ville de Dali, Figueras. Natacha nous a prévu un hôtel en plein centre, un endroit exceptionnel par sa déco façon Dali, justement. Au dehors, des vaches multicolores ornent les balcons. La réception est un décor de film à elle seule avec de grands piliers jaillissants de lumière et des attractions à pièces type flipper, siège massant d’aéroport, jukebox, fusée pour la lune… et des luminaires partout, des œuvres de Dali sur tous les murs… gééénial ! Victor est amusé, Tom reste sur sa faim, et Claire a carrément honte !  Moi j’adore, et suis prêt à oublier tout caractère d’accessibilité tant ça me plait. Ma femme a vu juste ! Dans la chambre à l’étage le balcon (pour fumeur, ouais) donne sur tous les toits de la ville et les œufs géants qui ornent le haut du musée Dali. En ce jour férié, rares sont les bodegas ouvertes. On en trouve une toutefois, où des mâles crient devant un écran vert : Barcelone joue contre Monaco, parfait pour l’ambiance. Derniers tapas et sangria, difficile à croire qu’on est en Novembre tant y’a du monde sur les terrasses, c’est ça l’Espagne.

     Dernier jour du very good trip : on tente un accès matinal au musée Dali mais les horaires d’ouverture ont changé au 1er Novembre, soit hier : fuck ! Le temps imparti est insuffisant. Hit the road Jack. Nous décidons de passer par la ville frontière du Perthus, comme à l’époque. Ledit bourg s’est vu enlaidi de zones commerciales infâmes où les grandes surfaces vendent toutes les mêmes choses convoitées : tabac, alcools, bijoux, et d’une manière générale tout ce dont on a besoin, ou pas (tiens, j’en ai placé un). Ce tourisme commercial ignoble, impossible d’y échapper : les prix sont jusqu’à 50% plus chers deux kilomètres plus loin, en France. Donc, caddy, et vas-y pour un parcours de santé entre les palettes de Ricard, de Jacques Daniel, et autres charcuteries artéro-bouchantes présentées à la tonne. Il devient difficile de me caser dans le combi, et m’en extirper relève maintenant d’un déménagement total avec toutes sortes d’objets hétéroclites éparpillés[4] sur le trottoir. Un petit détour nostalgique par le centre-ville s’impose. Les grandes surfaces en périphérie ont flingué le business du village, il n’y plus personne. Triste. Un bidon de sangria à la tireuse, et c’est marre. Adios la gente ! Autoroute, et réseau 4G pour le grand bonheur de Claire, qui peut enfin partager ses souvenirs tout en piochant dans sa playlist des musiques (boucles collées sur une beatbox). O pôvre ! Là aussi, ma parole me manque cruellement. Un petit Quick pour la route (on ne va quand même pas rentrer sur une seule jambe), et on dépose Claire à Montpellier. Le reste n’est que du déjà-vu en mode « vivement à la maison ». Comme par hasard, une grosse envie de chier se manifeste à la vue de ma cuvette favorite, home sweet home ! Et zou, un véritable nestron de 2000KM, oui Madame, Prosper Youplaboum ! Moralité, mon corps consomme dix fois plus d’énergie qu’un corps « normal », tout en ne faisant rien, hallucinant !

     Il va falloir que je refasse une fleur en 3D avec des Smith & Wesson pour la famille Dalton que nous représentons désormais. Ma Baker aura inspiré Morris également, et je me vois plus en Averell qu’en Looping… Cette semaine en famille aura été parfaite, avec une météo idéale. Quel panard d’être nous cinq, un sentiment de force interne : besoin de rien, à nous cinq tout est là. Mes enfants me donnent des ailes, et rien au monde ne saurait être meilleur que ce sentiment. Leurs joutes verbales me fascinent, et leur attention à mon égard n’a pas d’équivalent. Qu’il est bon d’être papa, et fier de ses progénitures ! Maintenant qu’ils m’ont pollué mon vocabulaire, j’en redemande, « en mode ». Vivement la prochaine escapade nous cinq !  Et ces minots je les ai grâce à Nattie, notre agent de voyage, la conductrice, la nutritionniste, ma catalane, la maman des poissons, notre Michèle Mouton (qui freine SUR les dos d’âne),  mon chauffeur, la guide touristique, ma muse, ma Gwendoline, ma cowgirl, l’auxiliaire de vie qui se lève avant et se couche après, la maman ours, la comptable, ma douce, la cuisinière, la peintre, ma Miss Tinguett  en soirée et notre Ma Baker au p’tit matin, ma Natasja, ma femme, ma moitié… et puis non, mon Tout.

Nathalie porte toutes ces casquettes avec brio, sans jamais faillir nulle part : quelle force ! Quel mérite ! Bravo ma tendre, tu es la plus forte, je le clame ouvertement ! Je t’aime.

 



[1] Le cordeau à tracer ou Cordex® est une cordelette imprégnée de poudre de craie colorée, servant à faire des marquages rectilignes provisoires sur des chantiers de construction. La poudre bleue, disponible chez tous les vendeurs de matériaux, est un pigment bleu roi très intense. J’ignore la composition chimique.

[2] Le Füdschen apporte au bout de quelques mois des tanins aux liquides (vins rouges, spiritueux) qu'il contient, mais aussi des arômes secondaires donnant souvent à une boisson plus de complexité et de capacité de garde (5 à 10 ans de garde selon les appellations, les cépages...). Les arômes apportés sont multiples et proviennent du bois et de la chauffe qu'il a subie (vanille, noix de coco, noisette, beurre, toasté, brûlé, bois vert, bois sec...)

[3]Situé au sud-est de la Navarre, le désert des Bardenas Reales, vaste zone de 42 000 ha entre Tudela et Carcastillo, offre des paysages uniques en Europe, caractérisés par une végétation particulière ainsi que par des formations rocheuses impressionnantes dues à l'érosion, phénomène ici récurrent. Le Castil de tierra en est la manifestation la plus emblématique. Sans oublier les massifs du Rallon et de la Pisquerra, qui donnent véritablement au visiteur qui les parcourt l'impression d'évoluer dans les paysages mythiques de l'Ouest américain.

 

[4] Façon puzzle bien sûr.



05/11/2016
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