Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

Sodomite : Mercredi 23 Février 2017

 

Mècredji 

 

     La filière bois est en en plein essor. En effet,  de plus en plus de jeunes partent pour la scierie.

Deux jours de merde totale ici. Chopé un rhume,  fièvre,  toux,  courbatures et torticolissimo . Cerise sur le gâteau : j’ai perdu mon dernier texte qui m'a pris six heures, la manipulation de notes est fastidieuse sur l eye-ollie et il suffit de tousser pour qu'il détecte un truc involontaire et hop ! Adieu texte, sa raace !  J’ai fini par débrancher mon cerveau, tellement gavé de n’arriver à rien. Couché, dans la mauvaise sueur qui pue le médoc, froid chaud, la cage thoracique endolorie à force de tousser, misérable. L'hôpital n'a pas de sirop pour la toux, pas d’antiseptique local, ni pastilles ... On m'envoie un docteur pour avoir droit à un Paracétamol, comme s'il fallait un toubib pour ça !  J'écris des mails à la chef, mais l'information circule à la vitesse des fonctionnaires du service public français, c’est-à-dire pas du tout. Je suis fané.

     Starsky et Hutch me retournent toutes les heures, je me fais rissoler à petit feu. Ils savent y faire les bougres, des légumes ils en ont retournés. Je pense pouvoir réaliser un mécanisme simple pour retourner un dormeur, avec deux rouleaux et une motorisation avec un bon couple. On pourrait programmer le retournement ou l’asservir à une commande. Ex : si hygrométrie de la peau dépasse un seuil, alors action. Deux tubes, deux moteurs asynchrones, une démultiplication, quelques roulements epi moila. Il n'y a plus qu'à breveter le Handiflipper. Ce matin je me fais lever par les deux petites Bombes (elles s’autoproclament ainsi), la petite Brune et la petite Blonde. Les blagues de cul fusent, tout le personnel masculin fantasme sur ces deux-là. Elles m'aiment bien à priori. Je connais pas mal de détails croustillants sur leurs vies privées, à force de partager leurs pauses clop. L'autre jour l'une d'elles était de service en binôme avec un collègue masculin. Ils m’installent aux WC pour le pissou du matin, avec le fameux Vertik. Coincé entre le transpalette et la chasse en PVC plastoc, assis sur mon rehausseur, j’attends que ma vessie veuille bien se déverser dans l'ignoble tube à bite. Je réclame un instant d’intimité sans quoi je suis incapable de sortir la moindre goutte. Derrière la porte laissée entrebâillée, les deux aides-soignants s’entretiennent à voix basse :

Elle : - Ptain j'ai un de ces mal de tronche !

Lui, sur un air moqueur : -T'as tes règles ou quoi ?

-Oui, ça doit être ça.

-Bon, ben c est pas grave, il reste toujours la porte arrière ...

- Ouais j'aime bien, enfin... Disons que ça ne me dérange pas.

-Alors, comme ça Madame aime le cul ?

-Non, c’est vous les mecs qui aimez ça, peut-être par ce que c’est plus étroit ?  Je sais moi ?

Engoncé dans mes sangles, avec un bocal de pisse chaude prêt à se barrer, je serre les cuisses et m’imagine la scène. Mes oreilles entendent tout, même ce qui ne faut pas savoir. Zaveka fermer la porte aussi !  Ma tête devient une sorte de banque à informations en tous genres, cryptage des données à la tronche du client. Me voilà donc informé que cette personne pratique la sodomie à l’occasion. Je n'en demandais pas tant encore une fois. Mais cette information fait maintenant partie intégrante de cette personne, et je n'y peux rien.

     Nathalie et les garçons passent me voir, avec un gros sac rempli de remèdes miracles comme seule Nathalie sait préparer : extraits de plantes aux noms scientifiques, formules Bio-ex soixantehuitard, Beatnick and Co. C’est ainsi que notre foyer n’est jamais malade, jamais. Un grog savoureux chargé en rhum et en gouttes de fioles précieuses vient accompagner le tout. Comme par hasard je me sens nettement mieux le lendemain matin. Le médecin ici porte un patch à la nicotine et fume comme un pompier, oh, y’a rien là ?

     Ma lèvre comporte un aphte, c’est le début du scorbut. Lorsque j'étais minot je croyais que c’était un jeu style Babyfoot, le score en mettant des buts. Hier, pour la première fois depuis que je suis arrivé, soit quinze jours, est venu me voir un Nutritionniste. Je lui ai demandé pourquoi les mets dits "mixés" n incluaient jamais de crudités. Cette question on lui avait Manifestement déjà posée. -Vous savez Monsieur euh Breitmann (je suis devenu le frère de Zabou) ... blablas commerciaux ... En résumé "Normes sanitaires". -Et l'orange que le personnel pèle à mains nues, ça ne craint pas ?  Lancè-je depuis mon Eye-ollie. Re-blabla... pour finir par : -Vous avez entièrement raison. Je lui écris, en évitant tout rictus humoristique : -C est simple, soit tu me mixes des crudités, soit je casse tout ici.

-Comment allez-vous faire en fauteuil roulant ?

-T'inquiètes pas jeune, j’ai bien d'autres ressources ...

     Comme par miracle, ce midi on me servit d'excellentes carottes hachées menues en entrée. Sur ma table on a posé la moitié du placard en condiments, un rehausseur à boissons marqué Brenkman, et cerise sur le gâteau : la belle Natasja qui s'occupe de moi. It's good to be the King comme chantait Mel Brooks.

     Ma chambre commence à sérieusement se remplir de matos pas cool, genre pour fin de vie. Après le "Cough-Assist" déjà bien futuriste (Florence appelle ça le coup fasciste), on m'a équipé "d'aérosols". Au début je pensais à des bombes de peinture genre on va tout tagger, ou atelier carrosserie. Chouette !  Mais non. "Les aérosols" est en fait une boboite en plastoc reliée au secteur et de laquelle part un tube cristal (durit de carbu, pareil) vers un masque facial. L'engin crée une sorte de vapeur froide genre lampe d'ambiance pour épater les amis. Tout me va, jusqu’au moment où le moteur se met en route, là j’ai la sensation d'être assis à côté d'un compresseur semi-remorque pour forages. Non pas que j’appréhende les machines, bien au contraire, mais le niveau sonore dépasse allègrement 130 dB. J'explose de rire. L'infirmière se demande pourquoi, je lui écris de l’œil :  -Dans ce service, vous avez des appareils encore plus bruyants ?  La nouvelle fait le tour du pâté, on finit par m'accorder que ledit truc est sonore. -Sonore tu dis ?  P’tin, j’ai failli mourir d'un infarctus, con !

     J’ai enfin compris comment fonctionnent les palans installés dans toutes les pièces. Il n'y a pas de contacts à l'intérieur des rails pour alimenter le moteur, c’eut été trop beau. En fait le bordel y marche sur accus, et il faut le retourner au coin pour le recharger. C’est un peu facile, pour se gaver sur le SAV et vendre des accus, bidons les mecs. Du coup j'en veux plus, tè. Le marché du matos médical se gave la panse, des boîtes comme Invacare ont pignon sur rue et pratiquent les prix qu'ils veulent. Tout matos est exorbitant, d’une part parce que l'Etat subventionne et d'autre part parce que l'Etat subventionne. Calcul Franco Français.

     Cela créé des batailles de coqs, à celui qui fidélisera le plus "ses" clients, nous les légumes. Je disais donc que ma piaule se remplit de machines à tubes flexibles, c’est Brasil.

     Un coufassist, un aérosol, et bientôt un dynamiseur pulmonaire. La représentante d'une société Trucmuche irrupte dans ma chambre pour me demander ce qu'il me faudrait. LOL. Je sais moi ?  Je la regarde en signifiant des yeux : -Kesta la ?  J'y comprends rien et je m'en fous.

-Il est à vous celui-là ? 

-Mrhhhh

-Qui est le prestataire ?

-Nnghhgr

-OK, je vois avec L’infirmière.

Quelques minutes plus tard ...

Toctoctoc, - Monsieur euh Eckmann ?  J’ai une bonne nouvelle : votre dynamiseur est là, ça c’est du service, hein ?

-Mreuh !

     La commerciale quitte la chambre déjà remplie de praticiens en blouse blanche, façon ingénieur chez SKIP. On me rassure, cet équipement va transformer ma vie, plus ne sera comme avant ... Un quart d'heure plus tard la commerciale pénètre à nouveau dans ma sphère. - Excusez-moi Monsieur euh... Barmann, j’ai vérifié, je suis obligée de reprendre mon appareil, vous avez déjà un prestataire. Là j’ai le sankibou !  Qu'est-ce que ça peut me faire moi ? Je m'en cague des prestataires, j’ai besoin de ce truc oui ou non ?  La livraison sera reportée à Lindji, vous comprenez, on est Jeudi... Les bras m'en tombent. Voilà l’archétype dans toute sa splendeur. Il n'y a donc Manifestement aucune urgence, et par conséquent cet appareil coûtera au contribuable français, mais enrichira surtout le PDG de la société qui vend ces appareils. C’est une machine parfaitement lubrifiée, sur le dos des aandjicapés.

     Voili Voilà. Un mi-chemin plutôt moyen, mais : 

Je Maintiendrai.

 



26/02/2017
9 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 129 autres membres