Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

Mon ami : Dimanche 23 Juillet 2017

     -Ma condition ? Affirmatif ! Si je bande ? Affirmatif aussi, mais No Comment ! Et voui, croyez-le ou pas mais la SLA poursuit inexorablement son objectif : me réduire à l'état de légume, pas bio du tout vu le Tchernobyl intestinal quotidien ! En ce moment, c'est la crampe au moindre étirement, de nuit surtout, mais de jour aussi (NOUVEAU/NEU/NUEBO/NIEUW). Il suffit que je bouge une jambe, un bras (enfin, une épaule), pour que se déclenche une crise de panique dans TOUS mes muscles. C'est nouveau, ça vient de sortir, comme disait feu Coluche. Le spasme s'accompagne d'un râle incontrôlable. Nath se plaint, à raison, que je suis bruyant comme garçon. C'était vrai avec mes outils, c'est resté vrai sans outils. Bien sûr, tout cela a une incidence sur la zone ORL[1], accentuant la difficulté à déglutchir. Les fausses-routes deviennent fréquentes, ce qui m'épuise, les jambes tendues tremblantes en avant, et personne qui n'arrive à les plier. Seul le temps y parvient, il faut me laisser reprendre mon souffle (au fromage), et surtout sans rire. Avec Thomas comment ne pas rire ? Un enfer ! J'ai envie de rire, d'exhulter quoi ! Mais, NON, il ne faut pas/plus rire. Putain ! Si même ça je n'y ai plus droit... Fait chier c'te maladie ! J'ai envie de cueillir le jour, rire de tout avec n'importe qui, pour défier Desproges. Je me suis vu remonter la moitié du repas à force de rire aux histoires délicieuses de Tom. Il nous racontait l'épique époque où il gagnait sa pitance à servir une ignoble bande de cinéastes prêts à tout pour gagner du gallon. Et moi de finir la soirée avec un gallon de vomi étalé sur mon ventre très potent. -Une odeur mon pôvre ! Tu dors très mal après ça, déjà que je me réveille toutes les heures...

Et oui, c'est l'été, et les soirées rosé s'enchaînent. D'aucuns se sont étonnés de mon "silence radio". Attends, je t'explique. Sachant que sur la répartition des heures diurnes les repas et siestes sont incompressibles, mon temps d'écriture morfle grave à chaque pékin qui déboule. -Tu vois "ça que je te dire" ? C'est l'été, le fameux que je crains chaque année. Bon, ce n'est pas désagréable non-plus de siroter des jaunes en fumant des Malbacks (de tarlouze, certes). En une semaine sont passés : Olafson, Dorian, Mathieu, Arthur, Paul, Hugues, Gégé-la-lampe, Anne, Julien, José, Marion, Jean, Pauline Be., Nicolas, Pauline Br., Elodjie, Florian, Marc, Leo... et je ne te compte pas Tom, Sarah, Lily, Louis et le tumulte d'ados-soda en mal de Wi-Fi entre deux jobs. C'est simple : la maison est tellement peuplée qu'on ne remet même pas la porte d'entrée posée sur traiteaux pour peinture. Les gens vivant en ville verrouillant tous les ouvrants apprécieront. Comme dit Niko : -C'est épuisant l'été ! Ils ne se réalisent pas les touristes que nous, on se lève le matin ! Et c'est vrai. Complaintes de sudistes.

Au titre des sorties, on est allés deux fois au lac en fin de journée. On a carrément roulé le fauteuil dans l'eau jusqu'à ce que mon corps se mette à flotter. Les grandes roues font office de bouées, mais au delà de ce constat amusant je me suis chié dessus par peur de me noyer ! Nathalie et Niko avaient beau me tenir, j'ai flippé grave. Cette sensation d'apesanteur je ne l'avais pas eue depuis mon dernier bain en… Mai 2015. Passé l'appréhension c'est grandiose ! La simple immersion, oublier ce putain de fauteuil ne serait-ce que dix minutes. Si seulement je pouvais mettre la tête sous l'eau et y rester en apnée comme avant... Et ouais, "Comme avant". La première virée a été une réussite totale : la canicule avait bien réchauffé lodulak. L'eau était fraîche mais tout à fait baignable. Un gars est venu nous demander si on pouvait baisser le son, voire l'éteindre, parce qu'il voulait pratiquer son instrument. Il s'est installé dans son hamac et nous a joué tout un répertoire sur son hang[2]. Formidable ! Une symbiose parfaite avec l'endroit et le moment : coucher de soleil sur le lac. Evidemment on a sympathisé, et après l'avoir retrouvé sur le ouèbe, ce talentueux garçon s'avère être un musicien confirmé connu dans le monde entier. Nous nous sommes revus à la maison, je lui ai proposé de venir jouer au Festival du Rocher. Mike est en pourparlers avec notre Pierre Tchernia, j'ai nommé l'énooorme Stéphane Correa ! A suivre...

La deuxième virée était moins chanceuse : eau fraîche et nuages. Je vois déjà Neil rire, c'est sûr que par rapport aux lacs polonais on est des petits joueurs ! Oui, bon, n'empêche : quand t'as une SLA t'as très vite froid, et là... Je me suis pelé le nœud de chez Pelé-Leneu ! Je claquais des dents en hurlant comme une hyène, ce qui amusa beaucoup la galerie. Au sortir de l'eau il a fallu me plier les jambes devenues raides comme la justice, avant de me mettre debout, chancelant sur deux cannes gigotantes sans cesse. Pas moins de huit mains pour me tenir, m'enlever le slibard minable devant un parterre de belles adolescentes amusées d'apercevoir un micro-pénis. T'as beau t'en battre les couilles (réduites en glaçons), le Moment of Shame est bien réel. Un corps totalement amorphe pendouillant aux bras musclés de Pit et Niko, avec un bide infâme grossi par les compléments alimentaires enrichis aux protéines et autres saloperies de synthèse. Quel désastre esthétique ! Ah oui, certes, j'ai repris du poids. Mais c'est tout dans le ventre !

Au titre de l'écriture, je vous annonce officiellement l'édition prochaine de mon livre intjitulé Chaque Jour un peu Moins. J'ai signé chez Editions du Panthéon pour la maudite somme de 2450€. Oui Mesdames. Aucun regret, si ce n'est de pas avoir été retenu par les gros éditeurs, une comparaison aurait été agréable. Ce n'est pas faute de les avoir sollicités (merci Maître Le‑Rotrou) mais un plombier ne les intéresse pas : normal. J'ai obtenu une aide considérable de la part d'amies et amis : quasiment la moitié du budget. Ils seront à l'honneur, cela va sans dire. Vincent (le gonze à l'adresse mail pourrie) illustre la couverture, et Zoé a assuré le portrait pour la "quatrième de couv' ". Le texte de cette même couverture, je le dois à Anne. Elle a également préfacé l'ouvrage,  et m'a dégotté le premier contact : je lui doit tout ! Merci, vous êtes énormes ! Merci Anne, Vincent, Zoé ! Bientôt dans les bacs, à la FNAC, et tous les libraires d'en France, humaines ou bien on-line. Et je m'assurerai personnellement qu'il soit disponible à Cotignac. On va rire pour rentrer dans la Maison de la Presse, ce jour là je prendrai ma chaise électrique à commande buccale et je ferai semblant de perdre le contrôle. 

Allez, une fois n'est pas coutume, je vais terminer par un truc sympa : y'a qu'à couper-coller. Pour Selz & Sö qui l'ignoreraient encore : mon grand tamis est revenu au bled pour de bon, avec femme et enfants. A mon échelle c'est un évènement grandiose et inespéré. Je suis donc très heureux ! Bon, OK, j'accouche...

Tom est venu me voir tout seul au moyen d'un véhicule à quatre roues appelé une voiture. Cela n'a rien d'extraordinaire ? -Pardon !? Ça fait juste une trentaine d'années que j'attends cet instant ! Ah si, y'a pas rien là !  -Trente ans, j'te dis ! Trente ans que je (on) trimballe ce bon vieux Tom, et voilà que Môssieu débarque tout seul, fier comme un Bar-Tabac. Le jour et la date sont à graver dans le marbre, que dis-je ? -Dans du platchine, in-crustacé de diamaangs ! Ah non ! Qué rire ! Mon père qui était sur les lieux croit à un canular, une caméra cachée ! C'est vrai qu'il faut le voir pour le croire. Mon bon vieux Tom qui revient au pays avec un permis B Martiniquais ! Son premier trajet en solo est vers moi : y'a pas valeur symbolique là ? Peuchère ! Il n'a pas osé passer la quatrième vitesse, comme c'est mignon tout plein ! Fidèle à lui-même, il se désincarcère dudit véhicule en grognant sur sa condition, deux genoux en vrac (de la coopérative de Synovie[3]), mal au dos, les pieds aux oeufs d'Aime comme moi. Tom marche à petits pas, droit vers moi pour m'embrasser de sa joue piquante non rasée de huit heures. Moi il me faut un an pour avoir un semblant de barbichette de blond, lui en un mois il est djihadiste confirmé au niveau pilosité. J'ai eu beau lui dire que la barbe et/ou la moustache lui vont bien : rien à faire. T'as des mecs imberbes comme moi qui sont jaloux de toutes ces possibilités, et puis t'as Tom qui s'en branle complet : il n'aura jamais les cheveux longs, ni barbe, ni fatche... C'est Tom : à consommer tel quel, sur place.  Heureusement son fils a de beaux cheveux longs blonds. Il y a du Sarah en lui : ouf ! Bref, Tom est là. A partir de là, plus rien ne peut nous arriver.  Ne rien faire, mais ensemble. Le pied.

A tantôt.



[1] Zone ORL : Rappel. Zone de dédouanement à ORLY, pour le fret seulement. Mon amie Sylviane y travaille.

 

[2] Le hang (prononciation allemande : [haŋ], pluriel Hanghang) ou handpan, est un instrument de musique acoustique de la famille des percussions idiophones inventé par Felix Rohner et Sabina Schärer à Berne en Suisse en 2000. Le hang est un volume lenticulaire creux composé de deux coupelles métalliques embouties. La partie haute de l'instrument s'appelle le « ding », elle est constituée d'une note fondamentale et de sept ou huit notes l'entourant. La partie basse, « gu » est une surface lisse dotée d'un trou en son centre. Mike a fait réaliser un hang sur mesure, accordé en Ré mineur avec deux notes additionnelles. Ecoutez, c'est magique : CLIQUEZ ICI.

 

[3] Le liquide synovial (du latin : ovum, « œuf »), ou synovie, est un liquide biologique produit par la membrane synoviale. Ce liquide est visqueux, transparent ou jaune pâle, d'où son nom évoquant du blanc d'œuf cru. Tom s'en est fait enlever un litre et demi des genoux  ! L'infirmière n'en revenait pas, sa seringue n'était pas suffisamment volumineuse, y'avait des bocaux partout...



22/07/2017
23 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 137 autres membres