Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

Mon plus beau cadeau : Noël, 25 Décembre 2016

Voici mon plus beau cadeau : une lettre de mon petit frère Mathieu.

 

 

 

Journée type

 

-8h30 sur le parking Tieu ?

-Ok j’y serai Oli.

Le lendemain matin j’engloutis mon verre de jus d’orange accompagné d’une bonne tartine. La matinée va être intense. Encore une fois je ne sais pas quel va être le programme, mais c’est sûr, mes mains vont saigner. J’entends le moteur du Volkswagen. C’est l’heure !

-Salut !

-Salut Tieu !

Comme d’hab le « café » fume dans le mug suspendu au tableau de bord (jus de chaussette infâme sans saveur, sans sucre, sans rien d’ailleurs) mais ça fait Ricain, donc c’est forcément cool !

-On va chez qui aujourd'hui ?

J’ai le droit à une réponse exhaustive incluant : nom du patient, âge, préférences sexuelles, situation géographique, accompagné de son adresse postale. La plupart du temps je me demande pourquoi je pose cette question puisque dans 90% des cas je ne parviens pas à situer l’endroit malgré ces renseignements précis. La radio en fond (le plus souvent France Inter) me permet d’émerger à mon rythme.

-C’est quoi le programme ?

Oli me regarde avec une mimique qui veut tout dire !

-Pelle-pioche, c’est ça ?

-Ouais !

Bon ben c’est bon ! J’ai compris. Je n'ai plus de questions. La descente du camion est un scénario redondant quand vient l’heure des présentations.

 -Voici Matthieu…

-Ah c’est votre fils ! Oh Bè Tèè ! Vous avez les mêmes yeux ! Il est beau Hèè !

- Non madame c’est mon frère, c’est un étudiant ( poils aux dents ) en médecine .

Et là, le mot est lâché, "Médecine", ce mot a le don de faire fantasmer les gens ; leur regard change et les sourires deviennent mielleux. Ce qui est totalement faux, mais bon nos patients-clients apprécient.

-Je vous fais du café ?

Réponse positive de notre part. Le temps que le café chauffe, j’en profite pour décharger le camion. Au niveau équipement on ne peut pas dire qu’Ollie taffe avec la bite et le couteau, ça non madame ! Un plaisir de travailler avec des machines qui fonctionnent. Le café dans l’estomac il est temps d’arrêter de faire semblant. Problème d’égouts il semblerait. Donc pelle et pioche, et vas-y, creuse mon con, jusqu'à trouver les canalisations. L’affaire est réglée à grands coups de Kärcher. Mission accomplie, c’était le tour de chauffe. Dépannage classique, sans accros qui fait passer le plombier du statut d’artisan à celle d’un professeur savant dont la science permet de résoudre un problème métaphysique où seuls quelques initiés ont la clef. Bref…

-Tieu on bouge !

-Où ?

 - RICHARDSON

Nous voilà repartis, cap sur Brignoles. Oli entre dans la place, connu comme le loup blanc, les vendeurs le préviennent d’entrée, il manque une pièce ! Classique ! Pas vraiment étonnant, nous ne traitons pas avec des suisses... Changement de programme, Oli passe un coup de fil au client pour lui annoncer la triste nouvelle, et dans la foulée prévient un autre patient, plus chanceux que le précédent, de notre venue. Tout ça par Bluetooth dans le cockpit connecté. A propos de dents bleues, notre prochain patient porte le nom d’une dent du fond de la bouche... Étrange ! Mais avec lui, pas de problèmes de règlements. Lui, il paye rubis sur l’ongle... Un gros poisson Suédois, dont tout le monde ignore ce qu’il fait comme métier, lui aussi probablement. C’est très agréable de travailler dans ses milles et une villas. C’est quand même une des seules fois où il est possible de remplacer des robinets de douche à 54 carats. Si tu veux caresser l’espoir d’en caler un dans ta salle de bain, il reste à espérer que ton banquier soit bien luné ! Ici aussi : mission plutôt aisée, remplacement d’un mécanisme de chasse et installation d’un lavabo et son mécanisme de vidange pour ma part .

Du côté d’Olive ça se rapproche plus de l’art. Atelier soudures à l’étain sur gouttière en zinc, le résultat est plutôt pro ! Après avoir « fait propre » ( une expression très utilisée par les communards quand ils ont un stagiaire à former. Par exemple : "Oh piou ! Vé ! Lève moi le tas de feuilles ! Tu fais propre hè ?", il est temps de se requinquer avec bière blonde et sarwich ou pizzas froides achetés à la boulangerie. Quand on mange un repas acheté, dans 100% des cas je n’ai pas un rond sur moi. Le patron est plutôt sympatchique avec son ouvrier et le rince sans jamais râler. ( Merci pour ça ! ) Moment assez fantastique pour peu que la vue soit agréable et la météo clémente. C’est souvent le moment de discussions futiles et des coups de fil. Café- Clop et c’est reparti !

-Chantier dans le village staprem.

Si tu sais pas le jour qu'il est, avec cette phrase tu devines automatiquement que ce n’est pas mardi ; puisque le mardi, c’est le marché, alors pour tous ceux qui ont un problème de toilettes bouchées le mardi, j'espère que ce n’est pas un jour de gastro ! En effet le village est impénétrable, les hordes de touristes viennent faire tourner l’économie locale et profiter innocemment des joies d’un marché achalandé d’olives marocaines et autres vendeurs d’attrape-rêves... Dans le village c’est le taff de l’ouvrier de porter les outils les plus encombrants. Et comme souvent, c’est au dernier, ou avant dernier étage que se déroulent les opérations. On fait un tour de visite pour prendre la température et choisir les outils les plus utiles. Et là, vraiment pas de chance pour ma face... plomberie à base de PEX-Al, où les raccords nécessitent la sertisseuse ( grosse pince hydraulique, accompagnée de ces mordaches de différents diamètres le tout dans une seule et même boîte).

-Tieu tu peux me prendre la sertisseuse ?

-Ouais, pas de problèmes !

Pas de problèmes ? Mon cul !!! Bon j'ai pas le choix, je lui ai donné ma parole et de surcroît je suis payé. Bon, là il faut quand même comprendre que tu te trouves devant une valise de 100KG avec une seule poignée ! Donc t’as forcément perdu d’avance. Je l’empoigne, en la sortant du fourgon on sent que les roues arrière font déjà moins la gueule. Arrivé en haut, ce n’est pas fini, un va et vient incessant de ma part entre le fourgon et les étages permet à Ollie de travailler dans les meilleurs conditions avec les outils qu’il faut. La journée se finit en douceur sur un bon vieux skank de Soldiers Of Jah Army (SOJA), un album qu'on aura littéralement usé. Oli me reconduit sur le parking de ma maison, baisse le son de la radio et...

-8h30 Tieu ?

 

 

J’ai essayé de travailler au mieux avec toi tous ces étés, ça a été des expériences très formatrices manuellement, mais aussi le simple fait d’être ensemble me laisse des souvenirs de très très grande qualité.

 

Je t’embrasse fort grand frère.

 

Happy Christmas Bro  !

 

 



25/12/2016
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