Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

Monpeule : 7 Septembre 2016

       Pour une fois j'écris le titre avant de commencer. Il s'agit bien de Montpellier, les adeptes l'auront saisi. Je suis donc revenu de mon contrôle tégnique trimestriel à Montpellier, avec le sourire et enthousiaste, contrairement aux visites à La Timone (Marseille pour les estrangers) d'où l'on sort habituellement déprimé avec une sensation de perte de temps. La comparaison n'est pas nouvelle, mais chaque réitération est stupéfiante de vérité. Nous en profitons bien sûr pour traîner dans le coin, d'autant plus que notre Claire y habite désormais pour ses études. Le voyage aller est DONC un déménagement, c'est ce qu'on appelle un défaut de famille. Je fais partie de l'espace de chargement, entre les étagères IKEA qui ne tolèrent aucun mouvement après montage, les luminaires Adöbal et autres objets insolites : quand on est étudiant, un rien suffit. L'hôtel est parfait, avec son petit resto plein d'âmes solitaires itinérantes qui dînent avec leur smartphone, tristes. Claire passe la nuit avec nous, désormais les instants de regroupement familial sont précieux. A l'écouter on se retrouve trente ans en arrière, les premiers jours sans les parents, des moments inoubliables.

         Rendez vous à 9H30, on se pointe à l'avance, la ponctualité est de mise (c'est pas le cas à Marseille, où il faut se fader une attente après avoir stressé 90MN pour arriver à l'heure). Le professeur Alber nous reçoit. Diagnostic complet, c'est lui qui distribue les rôles. Rassurant de parler d'emblée au grand Sachem. A la Timone c'est le contraire, la neurologue vient en dernier, comme pour récapituler les données récoltées par les subalternes, mais aucune conviction ni foi dans son discours, juste une lecture des données : j'ai fini par lui dire. A la sauce iOllie, vous vous doutez bien. Ça lui a pas plu, tant pis. Au bout du huitième courriel non répondu, je dis ce que pense : et là, comme par magie, elle me répond... Bref, première bonne nouvelle ce matin, la Clinique du Motoneurone s'occupera de mon intégration dans un centre de soins sur Hyères, dans un délai crédible. A titre de comparaison (j'ai pas fini!) sur Marseille on m'a envoyé sur un centre qui m'a fait croire pendant neuf mois qu'il n'y avait pas de place pour moi. Ledit centre est un MGEN[1], connu pour son affiliation avec les fonctionnaires de l'éducation. Voilà qui éclaire ma lanterne. On ne mélange pas les artisans et les profs, bonjour la différence de droits! Deuxième bonne nouvelle, les recommandations du Pr. Alber ont été efficaces, j'ai pris 5KG! A la pesée j'ai cru que j'allais exploser la balance : 210KG avec mon fauteuil roulant électrique! Comme à la coopérative vinicole, en queue leu-leu, assis sur mon tracteur. A La Timone on avait cru bon me mettre dans une étude nutritionnelle, dans le groupe "sous alimenté", moralité j'ai perdu dix kilos, de muscles nota bene. Donc, j'ai repris la moitié, concentré sur le ventre malheureusement, en profil de poire. Mais c'est une bonne nouvelle. Le prof met met en confiance, il sait de quoi il parle.  Mon classeur est dûment annoté, et il circule avec moi, contrairement à la planète Mars où aucun service n'est au courant de RIEN, il faut tout répéter, comme si l'informatique (voir l'écriture) n'existait pas encore. Vient l'heure de l'ergothérapeute, une femme pertinente et toute tatouée. Pendant qu'elle me parle je me demande où s'arrêtent ses tatoos, elle doit bien en avoir des cachés... Suite à nos explications sur les problèmes d'autonomie du fauteuil roulant électrique, il s'avère que mon modèle n'est pas "évolutif" et donc inadapté à mon cas de handicap. On parle d'un modèle mieux, pilotable depuis un iPad. Y'a comme une cloche qui sonne là! Pour palier au manque de fauteuil roulant électrique pendant le retour en usine, l'ergo de Monpeul' nous prête un autre fauteuil roulant électrique! Y'a rien là? Quatrième bonne nouvelle! A force d'envoyer des SCUDS[2] par courriel au vendeur du fauteuil roulant électrique, mon Kite[3] va finir par carrément retourner à l'usine. Ça m'étonnerait que Invacare m'offre deux accus au lithium. Ils vont probablement décréter un usage abusif des moteurs vu l'usure des pneus... Demain sera pire, tous les mouvements seront enregistrés dans le microprocesseur. M'enfin, j'ai lu nullepart qu'il était interdit de faire des Donuts[4] sur du gravier abrasif. Il est marqué que l'autonomie maximale est de 38KM,  ça oui. Probablement en apesanteur ou en chute libre, mais pas à Cotignac. Il est mon droit de faire 38KM en Donuts, non?  Bref, une super « ergo ». Elle tombe des nues à l'annonce du prix payé pour le Eyegaze Edge (la tablette à commande oculaire), elle connait ce fournisseur pour d'autres dossiers problématiques. Elle me propose "d'appuyer" mes réclamations : un soulagement dans cette jungle de formalités et de contestations sinéquanones. Le vendeur de chez Proximed doit avoir de sérieux acouphènes, et il est probable qu'il regrette déjà de m'avoir vendu ce fauteuil. Le bilan se termine à midi, pas d'attente inutile, ni de blabla. Le prêt du FRE reste soumis à un coup de fil, le temps de déjeuner. On prend le tramway pour le centre, à dix minutes. Y'a pas photo, reprendre la voiture n'aurait aucun sens ici. Le tram est Full-PMR, accessible partout, climatisé, et l'herbe verte pousse entre les rails. Moi qui viens de la pacoule[5], je m'extasie à chaque transport en commun, observant chaque visage derrière mon allure de débile profond (j'en rajoute un peu, à la façon de Jack Nicholson dans "Vol au dessus d'un nid de coucous", c'est exquis). Nous déjeunons chez Boris, le spécialiste du boeuf d'Amérique du Sud : carpaccios et tartare de rigueur. Claire trace sa route, déjà à l'aise dans cette ville moderne. Nous retournons chercher le fauteuil roulant électrique de dépannage prêté. Moi dans mon Kite, Nathalie est bien obligée de s'assoir aux commandes du fauteuil de prêt pour le ramener au fourgon. Le moment est grandiose : chacun son fauteuil sans fil, un vrai couple de cramsen! Nathalie se morfond de honte, moi je tourne autour d'elle comme un roquet, je me marre!

         Le voyage retour est donc AUSSI un déménagement, sous 40°C et la clim en panne. Finalement, le temps consacré n'est pas pire que pour Marseille, qui consomme une journée de toute manière. Ma décision est prise, je n'irai plus à la Timone. J'avais laissé cette décision en suspens en me disant qu'il ne fallait pas juger, et donner du crédit (du crédjit) au personnel phocéen. Mais force est de constater que ma neurologue n'est pas à la hauteur, qui plus est, elle est conne. Je m'efforcerai de lui rappeller, dans un dernier courriel, comptez sur moi. A propos, je me serais fait une réputation à force de brocarder mes proches (par écrit). Ben oui, que voulez vous? Si je ne peux plus me moquer verbalement, et bien je le fait par écrit. Vous feriez pareil non? Alors, maintenant quand un doute s'installe, quand on décide pour moi, on me demande "Dis, tu vas pas foutre ça sur Facebook hein ?". C'est marrant cette crainte. Comme un petit écolier devant son maître. Ça me rappelle Ratatouille et la visite du critique gastronomique Anton Ego. Mais à l'heure de la propagation de l'info sur les réseaux, je considère qu'un témoignage écrit (édulcoré, certes) n'est pas pire que des photos abjectes de gueules bourrées, et autres visuels indésirables. La peur d'être vu : le burkini numérique. Tout un nouveau débat, vous êtes pour ou contre?

De retour au bercail, je tchèque mes mails (oui, ça sonne mieux que "j'ouvre ma boîte à lettres numérique pour voir si j'ai reçu des courriels"). Le blog[6] est un succès! Mes fidèles lecteurs m'ont suivi, et pour une fois je vois clairement qui est intéressé. Cette information me tient à coeur. De quoi relativiser les centaines de vrais faux-amis. C'est un peu comme faire une bringue dans une salle polyvalente, avec le tout-venant du bled ; et puis puis un jour on a un chez soi un peu reclus dont l'accès necessite un effort, et les affinités fonctionnent mieux. Je me sens bien mieux là, chez moi. L'autre nouvelle me parvient de la nutritionniste dépêchée par Montpellier, qui aurait reçu ordre de ne plus venir chez moi par ma neurologue de Marseille! Là, ça va chier des bulles!!! Je vous donne congé de ce pas, le devoir ma pelle, et mon manche de pioche aussi. A tantôt.

Eye-Ollie.

 

 

 

 



[1] MGEN : Mutuelle Générale de l’Education Nationale

[2] SCUD : Le terme Scud désigne une série de missiles balistiques à courte portée développée dans les années 1950 par l'Union soviétique. Par analogie, se dit d’une remarque cinglante destinée à taquiner (à divers degrés) un interlocuteur.

[3] Modèle de fauteuil roulant électrique commercialisé par la société Invacare. Le nom est censer évoquer l’évolution et la légèreté d’un cerf volant (Kite en anglais). Ce modèle pèse 140 KG…

[4] Figure de style imposée au Monsterjam où s’affrontent chaque année les meilleurs Monstertrucks. Le donut est une rotation rapide du véhicule sur lui même, laissant des traces en forme de beignet (donut en américain, doughnut en anglais).

[5] PACOULE : un brin péjoratif pour désigner un petit village dont on a rien à faire, un trou, quoi, genre Cucurron les Olives ou Espigoules !

[6] Un blog, anglicisme pouvant être francisé en blogue et parfois appelé cybercarnet ou bloc-notes, est un type de site web – ou une partie d'un site web – utilisé pour la publication périodique et régulière d'articles, généralement succincts, et rendant compte d'une actualité autour d'un sujet donné ou d'une profession. À la manière d'un journal intime, ces articles ou « billets » sont typiquement datés, signés et se succèdent dans un ordre antéchronologique, c'est-à-dire du plus récent au plus ancien.



08/09/2016
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