Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

Parler sans dire : Jeudi 17 Novembre 2016

  

     Soyouz a quelques heures d’avance, grâce au propulseur spécial. Mais de Baïkonour il ne reste plus qu’un Tchernobyl. Le jour est quand même à marquer d’une pierre blanche, après 240 heures de préparation : je moule un bronze de chez Bronze ! Julien me fait marrer, il dit « La cuvette est irrécupérable ! ». En effet, la solution injectée est plutôt Nitro que Glycérine. C’est l’effet Normacol[1], qui te laisse les intestins tous roses. Par contre, aucune pitié pour le sanitaire qui se prend le pâté de face, avec de véritables morceaux, aux pépites de chocolat. Manque plus que la webcam pour voir la fiole du cosmonaute au moment du décollage. C’est le Furilax[2] de Michael Young à moi tout seul ! L’acoustique des lieux se passe d’amplification : on sait en cuisine le nombre de satellites mis sur orbite.  Voilà, un bon vieux pipi-caca-prout en ouverture.

Mais  au-delà, je soufre le Martyre[3] systématiquement,  à chaque semaine écoulée sans aller au trône, c’est grave. Ce n’est pas nouveau, et ça devient très inquiétant. Je me vois déjà chez un proctologue, à quatre pattes (avec bien sûr une envie de lâcher une méchante caisse), les yeux cherchant à trouver une quelconque surface réfléchissante pour voir le visage du mec. Et le gars de regarder au fond de mon cul, et de dire « Ah, tout de même !… ». Quand même quoi ? Hein ? Ça craint Doc ? Ils vont bien me trouver un truc, c’est comme les gendarmes au bord de la route : «Chef, j’ai trouvé Chef !». Malheureusement, tous les mecs sont censés passer par là un jour, pour le fameux dépistage du cancer Color & kTal dont les médias nous rabattent les oreilles. Mon ami Pit a prévu d’y aller à plusieurs, tout un concept. J’y sens bien faire partie de sa bande, ça va finir en poilade, c’est certain !

     Ce matin, les oiseaux sont nombreux dans le jardin. Un temps de merde, gris londonien, mais je me sens bien, avec ma Camel pour hommes, dont les métaux lourds et les cyanures me calaminent le poumon. Toujours une gêne d’avoir une haleine de chacal quand vient l’Orto. Comment faire ? Je ne vais pas bouffer un sachet de Fisherman’s Friend après chaque clop. Un silence règne de manière magistrale, un plaisir renouvelé à chaque « sortie » (quand on sort le légume). Devant moi, une perspective de 160 mètres entre une rangée d’oliviers et une rangée de noisetiers, plantés là en quinconce avec des chênes dans l’espoir d’y déterrer un jour des black-gold nuggets du Haut-Var : les truffes. Mais de l’or noir il y en a point. L’or ici est vert herbe, et c’est la Liberté. Peu de gens ont ce luxe devant la porte, c’était une meilleure idée de ne pas déménager ! Quand je pense que Neil et Sylviane (et des millions de terriens) se contentent d’un balcon avec vue sur un parking où se pavane la jeunesse à coups de voitures brûlées et autre deals de shit… Un hectare et demi de liberté, zéro voisin en face, pas de mur séparatif avec chacun son Parex[4] à deux balles, 400 arbres, dont 230 oliviers qui délivrent une petite tonne de fruits annuellement… Au fond, j’aperçois Marie et son conjoint qui démarrent la cueillette des zitounes, sacré courage pour faire ça à deux ! Sur ce magnifique jardin, je m’étais amusé à calculer combien de campeurs on pourrait accueillir, mais actuellement il s’agirait plutôt d’accueillir des migrants… A raison de trois mètres carrés par tête de pipe (royal non ?), on devrait pouvoir crécher 5000 migrants. Pour la toilette, ils n’ont qu’à chier derrière la Source Saint Martin, comme le font tous les autocars de pèlerins et autres minots en excursion scolaire. J’aimerais bien voir la tête du maire mis devant le fait accompli à brûle-pourpoint ! Et les articles dans Var-Matin sur la « Jungle de Cotignac en passe d’être démantelée » … Avec la majorité tendance FN, on aurait un climat sympathique. Malheureusement, pas besoin de jungle à Saint Martin pour que Marine The Stylo fasse un carton en Mai 2017, nos chasseurs suffiront. Passons.

     Mon dernier article suscite un moulon de retours intéressants, marrant comme constat. A chaque fois que je me dis « Ça va être nul… », il y a une surprise enthousiaste, merci à vous !  Envie d’écrire, sur tout et rien. Enfin, je dis ça, je dis rien. Quelle expression débile ! Ben, si c’est pour rien dire, fermes ta gueule, cono ! Encore une de ces manies modales du langage moderne, à placer dans une conversation pour se donner une contenance. On retrouve le paraître qui l’emporte sur l’être, parler sans dire. Très tendance.

     Julien bute sur l’arrêtoir du volet, ce putain de bitoniau en acier qui nous a tous ruiné un orteil ! J’avais demandé qu’on l’aplatisse avec une masse, qu’on le cisaille à coup de meule, mais NON : la patronne a tranché, décision irrévocable façon Denis Brogniart. Oui, je trahis là une culture télévisuelle très moyenne, mais « Joker !» : nous avons trois enfants. Et toc ! Donc ce titon en ferraille continuera à nous niquer les pieds et à bloquer mon fauteuil roulant, m’en cague : ce n’est pas moi qui pousse. Je disais donc, une bonne humeur ce matin. Avant l’arrivée du kiné je prépare mon Firefox-Deezer et le cale sur Enrico Macias.  Ce n’est pas que je sois fan, mais ça transforme le Kiné en Gad Elmaleh ! A mon avis, il aurait voulu être comédien, mais il est devenu Kiné. Lui, ne jure que par Enrrrico, «Ça c’est de la musique mon ami !!!» me crie-t-il dans l’oreille. Certes. Je me régale à le voir si enjoué, et heureux d’exercer son métier, il en faut peu pour être heureux. Par contre, je m’inscris en faux quand à devoir entendre (lui pense que j'écoute) ses appréciations du dernier concert de Pascal Obispo le chevelu. « Et tu te rends compte ? Y’avait au moins 40 musiciens, quel talent ! ». Un de ces jours je vais lui offrir deux billets pour André Rieu, comment dire ? Non, passé les bornes y’a plus de limites. C’est pas parce que je ne peux plus parler que mes oreilles deviennent un dépotoir à paroles, je n’hésite pas à lui remettre les pendules en place[5]. Lorsque Hugues est reparti, je repasse sur FIP, avec un bon vieux Donald Fagen, à chacun ses Dieux.

Ma journée peut commencer, je suis Aaamplace !  Enfin, je dis ça, je dis rien. Ou pas.

A tantôt.

     PS : Je vous mets un Leonard Cohen en fond. Une des rares fois où le "cover" est meilleur que l'original. Celle de Jeff Buckley, inégalée à ce jour. Paix en leurs âmes.

[1] Solution rectale pour lavement en préparation aux examens du cul et le traitement symptomatique de la constipation.

[2] Les onze commandements, 2004 : « Tu ne te lèveras pas de table avant la fin du repas » : être le dernier à quitter la table 45' après avoir pris un médicament anti-constipation (appelé « Furilax »), un des sketchs les plus drôles du film.

[3] Le Martyre est une vigne dont le cépage très ancien est originaire du Péloponnèse. Le traitement préventif avec des agents sulfurés permet d’enrayer l’action des xylophages. L'expression « Je soufre le Martyre » a perduré à travers les laborieuses techniques de viticulture séculaires grecques, et est devenu par hyperbole : endurer une douleur extrême.

[4] Mortier tout prêt commercialisé à l’origine par le groupe Lafarge. Depuis 2001, Parexgroup est devenu global, rachetant plus de vingt compagnies dans la même branche. Le Parex remplace lentement tous les mortiers décoratifs préparés artisanalement à base de chaux et ciment, créant une uniformisation infâme de l’habitat, et en particulier du type néo-provençal.

[5] Remettre les pendules en place :  Ça, c’est de de Johnny Halliday.



18/11/2016
17 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 129 autres membres