Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

Sarah : Jeudi 27 Juillet 2017

     Je n'aime pas Jack Johnson : il a un nom aussi con que sa musique, sans aucun intérêt. Le genre que tu mets en fond sur un haut-parleur bluetooth à la mode, et qui fera office de bruit de fond toute la soirée sans jamais avoir besoin de baisser le volume. Donc bidon. Passons. Comment démarrer une chronique ? Et bien, comme ça ! Sambalek.

Aujourd'hui une très bonne amie se fait opérer. Cancer du sein, tumeur énorme. Je ne pense plus qu'à elle. L'autre soir elle tombait en larmes dans mes bras (oui bon, façon de parler) : elle le crabe, moi la SLA. Quel drôle de destin ! Kilukru dix ans en arrière ? Chimio et tout le tintouin, elle a eu droit à la totale, sans succès. On en est là. Je croise les doigts tout le temps, ça tombe bien aujourd'hui. Y'a qu'à espérer très fort, et je dédicasse ce texte pour elle. On se serrera les coudes, épicez tout. Il n'y a malheureusement rien d'autre à faire. Courage mon amie ! On t'aime !

Vous parler de moi ? ABC ta dire que... Bon, d'accord. Topo sur mes bras :

Je n'arrive plus à décroiser les bras. On me les met dans une position, et ils restent ainsi jusqu'à mort sans suif. Grantom dit que mes avant-bras ressemblent à des paninis tant ils sont plats et fins. Il a raison, c'est trolley ! Le plus chiant c'est les mains "de chimpanzé". C'est comme ça qu'on les appelle chez les neurospécialistes. Les mains, totalement dénuées de force, se retrouvent pendouillantes au bout des bras, et les doigts se referment sur eux-mêmes. Sueur et douleurs, je le déplace de temps à autre en bougeant les épaules ce qui donne la sensation de ficelles avec des poids au bout, façon pantin. Chaque baillement donne lieu à un repli incontrôlable des bras sur le ventre. Julien a compris que m'écarter les bras me faisait beaucoup de bien, du coup à chaque cigarette il me fait pendre les bras le long des roues. Cela donne un parfait air de beauf, en slibard avec la grosse bedaine protubérante, plus laid tu meurs ! Il me faut une casquette Crédit Agricole vintage ! Celles dont les visières étaient faite de plastique translucide vert bien raide et cousue sur les bords, vous voyez ? Enfin, en Provence c'est l'accessoire idoine pour accéder au statut du beauf, à chacun ses repères. Je vais m'en trouver une aux enchères sur eBay, promis ! Mais revenons au moutons : mes mains se retrouvent pliées dans des positions inconfortables à transpirer toute la journée. J'ai abandonné les attelles nocturnes, trop chiantes à mettre et enlever et puis au bout de trois minutes les doigts se remettent "en mode" chimpanzé (comme dirait ma fille), alors... Aqua bon ? Mes mains me gênent, en fait. Je n'aurais jamais cru dire ça un jour. Ces mains qui ont bâti un empire, pourvu des fonds pour la famille, construit des réseaux, fabriqué des milliers d'objets... Ce matin, je regardais le lustre en cuivre et puis la cuisine, le tableau à sous-bocks, la vitrine tintin, le distributeur de croquettes pour les chats : tous ces trucs fabriqués un jour. Des boucles d'oreilles pour Nath en touche de guitare au fauteuil-baignoire en fonte, en passant par la moto la plus lourde du monde : mes mains n'avaient peur de rien. Une nuit de sommeil et de réflexion, et elles étaient prêtes pour bâtir un monde infini. Putain, qu'elles me manquent mes mains ! Nathalie constatait que toute sa vie je l'ai caressé avec des mains dures et désagréables, et maintenant que ma peau est douce, que mes ongles sont beaux, je ne peux plus la caresser... Y'a pas "enculés par le destin" là ? ! Ah non. Qué nerfs !

Thomas m'a remplacé dans l'atelier avec un nombre d'outils dépassant de loin tous ses besoins, mais petit à petit il comprend l'intérêt de chacun. Et chaque outil devient une corde de plus à son arc. Ce jour, papa avait réservé son petit-fils pour la (deuxième) confection d'un support afin d'installer l'Eye-Ollie sur le fauteuil électrique. Cette fois-ci le Q6. -Oui, ça fait un peu "Je roule en Audi". Et il convient de rajouter "Moi". Mon père découvrit pour la première fois le plaisir de bricoler avec son petit-fils : -Il est capable ce petit ! Vient-il me glisser à l'oreille. Et moi de penser : -Tu croyais quoi toi (, pioù) ? Mais un seul compliment du patriarche Polux en vaut dix, et ça c'est bon. Papa était tellement enjoué qu'ils m'ont totalement zappé pour me lever du lit ! J'ai dû faire une sieste de quatre heures, couché à les écouter couper et souder... En finale est sorti du garage une pièce exceptionnelle me permettant de communiquer avec les oeils depuis le Q6. Autant dire un nouveau monde ! Zarma ! Je conduis avec le menton, j'écris avec les oeils, je clique avec les pieds, je sélectionne avec la tempe... -Oh Blond ! Y'a pas Geek là ? C'est assez génial, je dois dire. Bon après, il me faut quatre mains pour aller pisser un coup. Non pas que ma bite soit si grosse, mais même le plus chevronné des cosmonautes Geek assisté du plus gros ordinateur de la galaxie n'aura jamais le bonheur de juste pisser là où l'envie lui prend. Donc Geek mais tetra quand même, et bien dépendant des autres.  A ce titre, j'adore l'humour de mes garçons qui ne ratent pas une seule occasion de se foutre de ma fiole d'aandjicapé : -Ne te tracasses pas à essayer de parler, dis-nous avec les mains... Le cadet approche l'âge bête et devient de plus en plus savant en nous soutenant moridicus des thèses sur l'oeuf et la poule. Son côté Pierre Richard ne nous lasse pas, il est très drôle ! Tom semble enfin sortir de l'âge débile... mais Victor arrive, on ne sera jamais peinards !

Et du caca l'âne, France Culture a passé un documentaire passionnant sur The Boss (Bruce Springsteen pour les néophytes) pendant une semaine. Je me régale ! Au delà de son hymne national anthologique Born in the USA qui, depuis la douche avec le clapotchis de l'eau, ressemble à un carillon monocorde de cloches d'églises, nous écoutions l'album Nebraska adolescents. C'était l'époque où un enregistreur quatre-pistes à cassette suffisait : la voix, la guitare, l'harmonica et les choeurs. Le talent faisait tout le reste. Aujourd'hui on a des mecs comme Jul qui enregistrent en 96 pistes numériques des fragments de cris passés à l'Auto-Tune[1] : une MERDE sans pareil ! Rien, aucune machine ne remplacera jamais le talent. Mais le pire c'est qu'il plait le Jul ! A force de niveller par le bas on crée des générations de nazes qui aiment la merde. C'est affreux ! Eduquez-vos enfants bordel ! Je vous remets un chef d'oeuvre dans le mange-disques. Cette fois-ci un groupe anglais des nineties : Archive[2], moins connu, mais qui a eu le mérite d'auto-produire son album, ce qui lui a permis d'éviter les formats usuels imposés par les majors, c'est à dire quatre minutes maximum par morceau. Oui j'ai une petite liste grandissante de morceaux (on dit plélist' pour être dans le coup) que j'appelle Masterpieces. Ma sélection est tout à fait subjective, pas forcément les morceaux les plus populaires des artistes : il y a du Hard, du Jazz, du Jacques Brel, du Grace Jones... et du Archive donc.

Et pour terminer : un scoupe. J'ai fait raser ma barbichette de pédé. Pour mieux commander mon FRE, ma foi. Il me reste une "handlebar" moustache comme dit mon pote californien Kim. Une moustache en forme de guidon, ouaip. Foutez-vous de ma gueule, allez-y franco. J'ai toujours l'air d'une fiotte... à moustache cette fois-ci. Nathalie ne me reconnait plus. Sissaz trouve je vais tout virer.

A tantôt.



[1] Initialement, l'Auto-Tune est un logiciel correcteur de voix permettant de chanter juste. Mais, quand on pousse les réglages à l'extrême, le traitement, jusqu'ici transparent et naturel, prend un caractère artificiel, donnant à la voix un aspect « métallique ». Il est souvent associé au rappeur et chanteur américain T-Pain et à la chanteuse Cher qui l'ont révélé au grand public. Jul pensait que cet artifice chanterait à sa place...

 

[2] Archive est un collectif britannique de musique à l'effectif changeant, formé autour de Darius Keeler et Danny Griffiths. You All Look the Same to Me est le troisième album du groupe britannique Archive, sorti en 2002. Le groupe prend ici un tournant, enrichissant son œuvre électro de sonorité rock assez psychédélique à l'image des Pink Floyd ou encore de Mogwai. Le single Again est le succès qui a révélé Archive au grand public. La version longue disponible sur l'album a une durée de 16 minutes 20 secondes alors que la version radio n'en fait que 6. Le morceau ainsi amputé sera pourtant le porte-étendard du groupe et le fera connaître à travers le monde entier.



31/07/2017
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