Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

Trip Advisor : 1er Novembre 2017

 

     Je célèbre trois ans de SLA. Statistiquement dans douze mois je m'étoufferai à jamais. Dans 10 jours je serai officiellement écrivain. Accrochez vous : l’œil me démange.

 

     Je sors de chez les Bar[1] et me dirige vers la rue principale de Le Val. Je recherche mon fourgon Mercedes MB100 gris que j’ai garé je ne sais où. En désespoir de cause je me dirige vers le stade sur la sortie vers Cotignac. J’aperçois un vieux Transporter VW à travers une porte de garage laissée entrouverte. C’est le fameux T1 tant recherché. Je passe la tête pour mieux regarder ce miracle, car oui, trouver un T1 en état relève du miracle. Ce n’est pas le modèle aux 23 vitres, mais bel et bien un split-windschield,[2] et donc un T1 ! L’immatriculation est suisse, et les propriétaires sont anglais, selon une affichette en rosbif expliquant qu’ils souhaitent s’en débarrasser à des conditions “honnêtes”. Putain, je sens qu’on va faire affaire ! (A fair affair comme chantait Misty Oldland sur un sample de Gainsbourg) Mais moi je cherche un moyen de rentrer à Cotignac à tous prix. Je regarde autour de moi : personne ! Je sors le T1 du garage et donne un coup de kick. Il démarre ! Je décide de “l’emprunter” pour rentrer. Une selle énorme couvre ledit véhicule. Je l’enfourche et me casse à balles[3], je m’étonne que les vitesses passent si bien, sans à-coups. Le célébre boxer ronfle comme une horloge, j’ai mis la main sur une perle ! Il tient l’équilibre lorsque je lâche le guidon, un frein moteur exceptionnel, le couple est au rendez-vous : c’est un moteur entièrement refait, yes ! En arrivant sur Cotignac, je me gare en vrac et monte en courant vers les Maréchaux[4]. Je vois Nath : -Nath, c’est la merde ! Je ne me souviens absolument pas où j’ai garé mon fourgon ! C’est grave ! -Ne t’inquiète pas mon chéri, ça va te revenir. Tu es toujours inquiet. -Oui, mais là j’ai vraiment un black-out ! Je m’étonne de ne pas mentionner que je viens de voler une bagnole (et quelle bagnole !), mais après tout, je suis le seul à le savoir, j’arriverai à porter ce poids psychologique tout seul. Il vaut mieux ne rien dire, il n’est pas exclu que je ramène ledit combi à son proprio. De toute façon sans carte-grise, ce n’est qu’un amas de ferraille.

Je ressors à la recherche de mon fourgon. Je suis sidéré par ce trou de mémoire. Je vérifie les hauteurs de Cotignac : Place de la Mairie, au Théâtre, Place du Marronnier : rien ! Je redescends vers le Cours Gambetta en passant par le Marais, la Poste, puis la Place Neuve dès fois que je me sois garé par là… Et j’aperçois le T1 laissé en plein milieu de la route, créant un bouchon géant ! -Putain, mais qu’est ce que j’ai aujourd’hui ? Je ne me souviens pas d’avoir abandonné le combi là ! Au beau milieu, devant le dentiste belge. Portes ouvertes, les badauds s’extasient. L’immatriculation helvète joue en ma faveur. Je mets mes lunettes de soleil pour ne pas être reconnu, ferme les portes et saute au volant, pour m’esquiver par la rue Saint Joseph. Notez que le deux-roues à selle estra-large est redevenu une camionnette, va comprendre ! Au bout de la rue je m’aperçois que les freins sont totalement morts ! Je réalise qu’en venant ici je n’avais pas utilisé les freins du tout, usuel en deux-roues quand on utilise le le frein moteur abonné sciant. Je me dis, avant même de passer la première pour ralentir mon élan, que je vais avoir des frais considérables, et que, aussi beau soit il, ce véhicule a presque 60 ans et qu’il a bel et bien l’âge de ses artères (enfin, de ses rouages). Je me faufile tant bien que mal dans le traffic, en jonglant avec le frein à main et l’embrayage. Je me laisse glisser jusqu’au pont de la Cassole et profite de mon élan pour monter au stade d’un coup de troisième avec ce pétaradement caractéristique des air-cooled flat four[5]. Je tousse violemment, ce qui crée une saccade au niveau de la pédale d’accelération, et donc un violent à-coup dans l’élan. C’est pour ça qu’on met des manettes “throttle” sur les katkaate[6] : pour libérer les pieds. Ce n’est pas pour faire le kéké en marchant à côté de la bagnole comme on a tous essayé de le faire un jour…

 -Ça va Ollie ?

-Nrrgh ! (Ce qui signifie –Saloperie de  glaire ! J’étais dans un super rêve !). Et comme toujours, je ne réussis pas à retourner dans mon rêve ! Nous sommes en Allemagne dans un Gasthaus[7] typiquement allemand au centre d’un p'tit bled paumé au milieu de la forêt noire. Voilà l'intro et le décor planté.

 

     On a décidé de se casser au Nord pendant les vacances scolaires pour montrer aux garçons l'intérêt que présente l'apprentissage de l'allemand, et re-découvrir ce pays (tous deux y sont déjà allés). La visite d'usines de voitures, notamment Volkswagen est la cerise sur le gâteau pour nos mécaniciens esthètes. Je ne vous raconterai pas le voyage, je préfère décrire des endroits et les protagonistes. -Achtung, da gehen wir.

 

-Notre combi Volkswagen TPMR:

     Le cocon familial, avec chacun sa place et ses rôles. C'est un bordel monstre avec de la bouffe, des vêtements et des "effets personnels" mélangés partout. Normal. On a pris deux fauteuils roulants, le second servant principalement de caddy à bagages, très pratique. Notre moteur (le fameux 5 cylindres à distribution par pignons) tourne comme une montre. Sa compression est telle que lors d'un calage inopiné, il n'a pas bronché d'un yotak[8], détruisant sur le champ un cardan. La guigne légendaire des Brenkman en vacances : changement de programme ! Nous voilà dans notre cocon immobile, un dimanche soir en plein Stuttgart. Bref, trois jours à pied et mille euros plus tard, on reprenait la route, écourtant notre périple. Du fait, on n'aura pas vu le but ultime du voyage : l'usine et musée VW. Mais on s'est très bien rattrapés par ailleurs et, sauf la dépense, cette aventure aura rajouté un piment unique à notre aventure.

 

-Das deutsche Volk :

     En quatre jours de ville intense je n'ai vu qu'un seul cul potable. Les femmes bosch[9] ont TOUTES des gros culs et des visages ordinaires. Excusez-moi, mais en fauteuil on ne voit pas les visages en premier, et quitte à choisir, je préfère regarder la gente féminine (qui manque donc cruellement de féminité en Allemagne). Ma tronche de punk n'a effrayé personne, plutôt le contraire. L’aandjicapé est aux petits oignons et le civisme est une notion inculquée à tous : c'est très agréable. Ce n'est pas à Marseille qu'on ressentira cela ! Quelques (c)roulants m'ont salué et même félicité pour mes roues. Les Schleus adorent le tuning, et surtout les gros moteurs. Une voiture sur trois a un moteur surdimensionné et fait un "beau" bruit de moteur. La transition énergétique n'est pas leur obsession, étrangement. Les boucaques[10] viennent principalement de Turquie et représentent naturellement la main d'oeuvre allemande. Les deuxième et troisième génération sont absolument intégrées quoiqu'en disent les 92 sièges au Bundestag du AfD[11], le parti d'extrême droite en plein essor. Bon, je ne suis qu'un touriste à Stuttgart, ma vision est donc extrêmement réduite et hautement subjective. Mais quand un chauffeur turc de taxi s'exprime dans un parfait allemand et se plie en quatre pour faire découvrir SA ville, moi je dis : -Respeckt !

 

-Le musée Mercedes-Benz à Stuttgart :

     Cris de joie des garçons à qui on avait caché les destinations finales. L'endroit est spectaculaire de par sa conception en spirale façon MOMA de New York. C'est immense. Passé les carosses à roues en bois motorisés par l'oncle Benz lui-même, on accède aux beautés des années cinquante, aux moteurs 12-en ligne d'avion, aux camions dont le fameux Unimog que je kiffe depuis mon enfance... Force est de s'incliner devant un tel savoir faire. PSA[12] et Carlo Zgonn[13] peuvent se rhabiller. Bien sûr on arrive sur les sportives, la Formule 1, les SUV[14] et autres berlines[15] de luxe rallongées pour personnalités. Les séries CLK me rappellent un certain Emmanuel Roure. Avec Tom on kiffe les moteurs sur piédestals, nos mâchoires tombent littéralement par terre. -T'en veux des cylindres en V ? Boutiques, restos, bars, coin fumeur extérieur arboré, accessibilité totale partout : tout y est ! Je note 19/20. Leur site ici.

 

Le Victor :

     Garçon de douze ans en opposition constante avec son grand frère, normal. Selon Tom : -Il ne sert à rien ! Lorsqu'une occasion de rien foutre se présente il saute à pieds-joints dessus. C'est un fainéant distrait, mais terriblement attachant et très drôle (sans chercher à l'être) : un Pierre Richard quoi. Vico est sensible à l'esthétique des choses, il retient les mélodies de nombreuses musiques, il aime l'exotisme et les langues étrangères. Il fabrique le pain et les yaourts pour la famille, et cultive son potager. Il part escalader des parois vertigineuses dès que possible. Comme tous les petits garçons il veut jouer, s'amuser et ne pas forcément suivre son grand frère. Il a décidé que son souvenir de Suttgart serait un longboard[16] magnifique qu'il a acheté avec ses sous. Victor a une pertinence incroyable dans ses remarques, et cloute le bec à qui il veut, ce qui lui dessert également souvent : normal aussi. Il est mon meilleur interprète, et mon fidèle serviteur dans le combi. Il me casse les couilles à chaque cigarette mais me fait marrer sans cesse. Il aime lire des vrais livres en papier, ce qu'il fut pendant le trajet malgré la tentation des tablettes. Enfin, il préfère de loin les filles aux moteurs thermiques et autres mobylettes. Difficile de s’inscrire en faux.

 

-Le Gasthaus en forêt noire :

      Nous avons fui la ville dès récupération de notre cocon TPMR. Direction la Suisse. Nath aura réussi à nous trouver LA perle authentique malgré toutes nos embûches. Il est bon de voyager avec une pro du tourisme, rendez-vous compte de la chance que j'ai eu toutes ces années ! Nath et moi avons fait le tour du monde, et ce n'est pas fini… L'auberge nous accueille à table malgré l'heure d'arrivée tardive. Le serveur nous prépare un appartement entier et nous sert des spécialités astap[17]. Ça c'est se sentir comme à la maison ! Murs en pierre et planchers en bois d'arbre, ascenseur : je pardonne toute inaccessibilité du reste. Le mec mérite des bises. On se sent en Allemagne plus que tout. Pas de douche PMR, mais sinon c'est là qu'il faut aller : 18/20. Leur site ici.

 

 

-Le Thomas :

     Du haut de ses 17 ans, il est l'homme de la famille sur qui reposent désormais des dizaines de responsabilités puisque je suis devenu un léguminé. Tom a hérité de ma dextérité (qui l'ignore encore ?) et le sait : ça c'est l'inconvénient. Il a le melon comme sa soeur, on se demande bien de qui cela provient... Claire est obsédée du Narcisse, Tom arrive juste derrière avec cette manie des selfies, et l'hyperconnectivité permanente. Tom doit absolument partager toute capture numérique immédiatement, à l’instar de ses congénaires. Sa priorité en terra-incognita est de trouver un réseau Wi-Fi, et il excelle en la matière. Tom a un goût de chiottes pour la musique et aime écouter Eminem, c'est dire. Il est mon chauffeur attitré, rue son père à vive allure dans le fauteuil roulant avec une précision et une douceur extrêmes. Il aime faire du bruit avec mes roues estra-larges qu'il a montées rayon après rayon, on ruine les surfaces lisses des musées avec un crissement de pneus. Lorsque les vigiles s'approchent on bénéficie de l'immunité aandjicapé. On profite de tout ! Tom adore déconner avec son reup. Il conduit le combi avec aisance, même un peu trop vite. C'est la "conduis-t'accompagner". Thomas est toujours volontaire, serviable et dévoué (comme sa mère) et sacrément inventif pour trouver toutes sortes de solutions. Il aime tous les sports individuels et se soucie de sa forme physique sans cesse. Adepte de la malbouffe, il mange des quantités astronomiques et ne prend pas une once. Il est littéralement standing in Daddy's shoes puisqu'il va jusqu’à me chouraver[18] mes bottes, mais c'est avec joie que je vois mes jouets et mes effets personnels trouver une deuxième vie.

 

-Le musée Porsche à Stuttgart :

     On s'y rend par défaut, devant attendre la réparation de notre combi. La sculpture extérieure présentant trois modèles de Porsche présentés comme des sucettes géantes donne le ton :  ici on ne fait pas dans la voiture du peuple, ici tout est fait main. Le musée est archi moderne, nouvelle démonstration du savoir-faire architectural allemand. Je m'avance un peu : autant l'archi était portuguais... mais on s'en branle. Aluminium poli et revêtements blancs laqués, rien n'est laissé au hasard. Cette fois-ci j'accepte un audio-guide (made in China par des robots, lui). J'en ai marre d'attendre bêtement que cel.ui.le qui me pousse attende la fin de l'histoire avant de me diriger ailleurs : autant écouter le même truc. A part la Porsche type 356[19], je ne m'attendais à rien de transcendant. Et ce fut le cas. Quand t'as vu une 911 Carrera, t'as à peu près tout vu. Les trophées aux 24H du Mans, la Cayenne à jantes 32 pouces je m'en balance. Ferdinand a beau eu inventer un tracteur diesel, les SUV Macan à moteur gaz-oil sont ridicules. Si tu roule en Porsche tu as un moteur boxer essence, et tu regardes pas à l'économie (épi t'as pas de minots) : -Non mais, Allo quoi ![20] La motorisation boxer Porsche intéresse beaucoup Thomas qui compte bien se retaper une Coccinelle VW dès le permis B en poche. La boutique est fermée, on nous renvoit vers le magasin Porsche en face. Notez que ce n'est pas une concession de concessionnaire, ici on ne concède rien. On y vient de la planète entière pour s'offrir le luxe, et l'usine tourne plein tubes. Respect ! C'est ça une économie prospère, sakon veut montrer aux enfants. Note du musée : à moins d'être passionné par la marque, évitez. Je mets un royal 10/20.

La suite est moins rutilante : venus en taxi turc, Nath décide d'économiser vingt euros et retourner à pinces. Sortis de cet espace de luxure, nous voilà marchant au bord des routes de banlieue comme de véritables clodos paumés. Je me pèle les couilles avec ma veste en coton de provençalou ensolleillé. Le GPS du téléphone annonce 6 KM, une paille ! Ledit guidage ne tient pas compte des escaliers... Au premier arrêt de métro venu je pète un plomb. Je finis par convaincre le groupe et nous voilà debouts dans le U-bahn, avec les commuters[21] teutons. Un peu de chaleur humaine et cette odeur caractéristique (et internationale) du métro. Du coup on a carrément acheté des moufles et une écharpe.

 

-L'hôtel Mercure :

     Une accessibilité exemplaire. La chambre est immense, on peut y faire demi tour en vélo. La salle d'eaux est également un modèle d'accessibilité : absolument tout est réfléchi et parfait. Les hôtels français ne leur arrivent pas à la cheville, et je pèse mes mots. Même le carrellage est parfaitement aligné, du sol au plafond, du jamais vu en France. La cuvette suspendue est du type longue et lorsque on installe un mollusque de ma sorte dessus, il s'allonge comme dans un canapé. Nath dit que c'est pour les Fritz à gros bide : fou rire. Autre cas : la cuvette trop basse (dans une aire d'autoroute) où mes doigts touchaient le sol, une fois les bras pendus. Vision de singe au zoo pour Nath qui ne s'arrête plus de rire, et moi itou.

Les deux nuitées en week-end étaient -on va dire- abordables, mais quand est venu l'imprévu du cardan on est passé à 245€ la nuit par chambre. -C'est le tarif en semaine, nous dit la chinoise en souriant jaune à la réception. Finalement on est moins contents, et le p'tit dèj' à 19€ ils peuvent se le carrer là où Schpanz. Heureusement que les garçons ont littéralement dévalisé le buffet en se re-servant douze fois chacun (c'est vraiment hallucinant ce qu'ils ingurgitent à chaque repas !). Bref, 12/20.

 

-La Nathalie :

     Par où je démarre ? Difficile de résumer ma moitié, il me faudrait deux Tomes ! D'abord Nat ne part jamais sans avoir au préalable établi un carnet de route mûrement réfléchi. Je l'ai dit plus haut : voyager avec Nat c'est vivre une expérience inoubliable à chaque partance. Lorsque j'étais valide je me souciais de mon passeport, de la santé du véhicule, et c'est tout. Nat prépare tout, pense à tous mes besoins : la pillule pour chier, l'essence à briquets, les pailles, le mohammed Ali... tout ! Elle conduit le combi sans broncher, surveille scrupuleusement tous les faits et gestes pour la conduite accompagnée de Tom. Elle nourrit ses oisillons pendant que papa-Aigle sans ailes régurgite la bière sur son plastron en Sopalin[22], elle se nourrit toujours en dernier. Elle fait 99% de mes transferts, patiente pendant que je savoure mes sibiches baveuses. Nat se fade le déshabillage du conjoint tétraplégique, les transferts craignoss dans les salles d'eaux, me retourne la nuit, entend tous mes gémissements pendant son sommeil réparateur. Elle se couche après, se lève avant. Ma moitié fait toutes les formalités à chaque établissement, paye toujours tout le monde et n'ose jamais gruger. La maman des poissons gère les humeurs des adolescents, et les pourrit quand ils poussent le bouchon pour papa-carpe muet. Elle se débrouille d'expliquer à un garagiste teutonique et monoglotte qu'un cardan vient de lâcher, et que la Dacia de prêt ne servira à rien pour déplacer son mari aandjicapé émincé dans son jus de fauteuil et sa farandole d’accessoires. Pendant tout ce micmac[23] elle réussit à répondre à ses clients qui se dorent la pillule en Provence et qui n'arrivent pas à allumer leur barbecue, ou qui ne comprennent rien au contrat qu'ils ont signés... La Nat se soucie en permanence de mon bien-être, anticipe tous mes besoins, pousse mon fauteuil roulant qui sert de dépôtoir familial et pèse une tonne, pour permettre à ses grands garçons d'évoluer en longboard et goûter aux revêtements lisses urbains. Elle s'efface et pense toujours aux autres avant de s'occuper d'elle. Nathalie est visionnaire et prévoyante et je réalise (longtemps après elle) que ce pourrait bien être le dernier voyage à l'étranger avec Tom, puisque comme Claire, il quittera la maison bientôt pour devenir étudiant. Enfin, vous avez compris, Nathalie a des épaules ça comme et représente la colonne vertébrale de toute notre famille. Elle est tout, et sans elle rien ne serait possible. -Y’a pas Meuf en or, là ?

 

-L'hôtel "Bio" en Suisse :

     Sur les hauteurs du lac de Neuchatel, la vue est spectaculaire. Seulement le bruit de cloche des vaches : un havre de paix, avec à nos pieds le lac, et en fond le Mont-Blanc avec sa ligne de crêtes alpines enneigées. L'endroit se veut entièrement "bio", avec des produits locaux seulement, garantis 100% naturels. La clientèle est du type Bo-Bo / "ancien soixante-huitard" à cheveux gris longs attachés qui fait des séances d'énergie spirituelle et ce genre de conneries. L'accessibilité est bonne, sans plus. On retrouve en Suisse la rigueur allemande, mais agrémenté d'âme : c'est un parfait mélange harmonieux. Sanitaire irréprochable et asymétrie (notion inconnue chez les Schleus), couleurs et boiseries ajustées au micron : chapeau bas ! Le receveur de douche est en tôle émaillée, ce qui est une très bonne solution pour arriver à des formats très grands tout en ayant une hauteur minimale. Il n'y a que les pays latins pour encore essayer de fabriquer des receveurs en grès qui sont toujours voilés, intransportables, fragiles et te laissent un tour de reins[24] à chaque pose. Vous l'aurez deviné : c’est du vécu.

Les ondes Wi-Fi n'étant pas "bio", on propose aux clients nécessiteux de se connecter un câble ethernet. J'approuve carrément ! -Oui mais Madame, j'ai une tablette... -Rien à foutre, pas content c'est pareil ! Par contre le silicone de l'écran de douche n'est pas bio, ni le fond du meuble Ikea Adöbal[25] dont le mélaminé expire des formaldéhydes, ni le pot en plastoc qui contient le savon (bio ?) de bienvenue, etc. Je pousse le bouchon, mais ils l'ont cherché. Vient le temps du repas. Pour la seule fois du périple on met les pieds sous la table à une heure normale : on ne peut pas avoir la crémière du beurre et aussi la ponctualité... La crémière me plait plus que la ponctualité. Vue sur le Mont Blanc, messages philosophiques sur les lampes, bibliothèque de bouquins sur le bien-être, boutique bio : ça sent le baba-cool.

On est bien... jusqu'à ce qu'apparaîssent les prix. Au diable les varisses, je mange donc le tartare de boeuf le plus cher du monde : 38€. -Ah, pour ce prix là, il peut l'être, bio... Tcheudecong ! Le verre de blanc (même pas rempli) me coûte 8€, etc. Victor ne cesse de sortir des vannes au deuxième degré, seul moyen de rester zen dans ces conditions. Exemples : -Maman, t'as apprécié ta boule de glace à quatre euros cinquante ? Pour le même prix t'en a un kilo chez Lidl. Ou bien, une fois dehors en lâchant une grosse caisse : -Ça c'est un pet bio à neuf euros nonante ! Du haut de ses douze ans Victor a une répartie remarquable et me fait souvent pleurer de rire. En somme, l'auberge est superbe mais mieux vaut avoir du fric, un lieu commun en Suisse. J’en profite pour signaler que litre de gazole suisse est à 1,87€ !  Le jour où le bio sera réservé aux pauvres, ça ira nettement mieux. Allez, 13/20. Leur site superbe ici.

 

 

-Le Volkswrecks museum de Saint-Sulpice :

     La récompense ultime de notre escapade. Tom voulant une Beetle VW, et n'ayant pas pu monter à Wolsburg -berceau de Volkswagen- Nath a su dénicher cette collection privée qui vaut franchement le déplacement. Un gonze a acheté plusieurs coccinelles à l'âge de vingt ans. Une tempête ayant ruiné son travail de restauration en cours, il a décidé de commencer une collection d'épaves VW (wreck = épave). Aujourd'hui il possède plus de 180 modèles VW ! Tous mis en scène dans un immense hangar, c'est absolument génial ! Bien sûr, de nombreux T1 split-windschield (mon rêve était bel et bien prémonitoire !), des Cox partout, des buggies, des limousines[26], des amphibies... you name it ! Un paradis pour mécanos ! Un bar nocturne accueille des groupes locaux dans un décor et des meubles fabriqués entièrement avec des pièces de VW. Mieux que le vrai musée, ici on peut toucher les pièces, laisser sa main carresser une courbe de carosserie (pour Selz & Sö qui ont des mains, LOL), monter à bord. On peut même y acheter des pièces introuvables ailleurs. Das Museum macht die Kindern froh, und die Erwachsene also[27]. La maman du génie nous accueille avec une gentillesse incroyable, nous explique toute l'histoire, les garçons boivent du petit lait ! Nous dépensons nos derniers francs suisses et euros en souvenirs, cette fois-ci de vrais objets intéressants et abordables. Ici pas de boutons de manchette "PD" (pour Porsche Design) à 780€, mais un piston de Cox usagé et poli reconverti en cendrier à 10€. Sakon'em ! Du vrai, du familial, de l'abordable, de l’authentique. Allez-y. 20/20 ! Leur site ici.

 

-Le légume pas bio :

Je terminerai par moi, le papa qu'on aura trimballé partout et qui pèse un âne mort. J'estime avoir une chance incroyable d'avoir Nat et les enfants, plus une bande de potes attentionnés et capables. A notre retour le Turn-EZ-Ollie™ m'attendait fier comme un bar tabac. Chaque départ est une inquiétude, chaque retour est un soupir : le voyage est le dada des Brekkies[28]. Nos minots ont l'esprit ouvert sur le monde, ce sont des graines qui dissémineront partout après mon départ. Je suis heureux. Malade mais heureux. Voilà tout.

A tantôt.



[1] Bar : nom propre, et voui. Des clients devenus des amis très chers. 

 

[2] Split windschield : comme son nom l’indique pare-brise séparé (donc double). C’est à cela que l’on reconnait un T1 de la première série (soit le plus joli modèle construit par VW).

 

[3] Faire quelque chose à balles : le faire à fond, rapidement, intensément. Etymologie : provient de mon fils Thomas. Origine inconnue à ce jour. Quand je lui demande de m’expliquer d’où provient cette expression, il me répond avec cette délicieuse nonchalence : -On le dit tous !  Nous voilà renseignés.

 

[4] Le 25, rue des Maréchaux était l’adresse de notre maison familiale à Cotignac. Ce fut la première et la dernière.

 

[5] Comme son nom l’indique un moteur 4 cylindres à plat refroidis par air, et non par eau. On dit Boxer parce que les pistons se « boxent » en opposition contrairement au traditionnels 4 cylindres en ligne verticaux. Comme pour le moteur de la 2CV (deuche), la ventilation forcée crée une signature accoustique caractéristique et un son unique reconnaissable entre mille.

 

[6] Katkaate : la plupart des possésseur.e.s de véhicules dits « 4X4 » pratiquent l’élision du X (« fois ») ainsi que le R de Quatre, donc on obtient un infâme Katkaate.

 

[7] Gasthaus : Mot composé de Gast (« hôte ») et de Haus (« maison »). Restaurant ou Auberge. Ne pas prononcer Gastoos comme Renaud dans Laisse béton.

 

[8] Ne pas bouger d’un iota : Via le latin iota, du grec ancien ἰῶτα, iỗta : petite quantité négligeable, presque rien. L’expression ne pas bouger d’un iota vient de l’évangile selon Matthieu : « Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise »

 

[9] Bosch : (familier) Allemand(e), tout comme les appellations Fritz, Shleu, Schlemoute, Teuton, etc.

 

[10] Boucaque : Du japonais ぶっかけ, de 打っ掛け, bukkake (« éclaboussure »). Terme signifiant immigré. L’origine est locale, de Cotignac. Etymologie incompréhensible. Je me renseignerai, promis.

 

[11] AfD : Alternative pour l'Allemagne (en allemand : Alternative für Deutschland, abrégé en AfD) est un parti politique eurosceptique allemand, créé le 6 février 2013 et lancé officiellement le 14 avril suivant à Berlin.

 

[12] PSA : Peugeot Société Anonyme. Groupe PSA est un constructeur automobile français qui exploite les marques automobiles Peugeot, Citroën, DS, Vauxhall et Opel depuis le rachat de la division européenne de General Motors en mars 2017.

 

[13] Carlos Ghosn est le PDG du groupe Renault depuis 2005, il est également président du conseil d'administration et ancien PDG du groupe japonais Nissan depuis avril 2017. Juste pour rigoler, en 2012, il perçoit 11,2 millions d'euros, soit un salaire fixe de 1,23 million d'euros et une rémunération variable de 1,01 million d'euros plus une rétribution de 8,93 millions d'euros…

 

[14] SUV : Sport Utility Vehicle. Type de voiture totalement débile pour mecs à petite bite.

 

[15] La berline, à l'origine, est une voiture hippomobile construite à Berlin pour l'électeur de Brandebourg.

 

[16] Le longboard ou longskate est une planche à roulettes d'une longueur supérieure à celle d'un skateboard classique, qui permet notamment d‘évoluer à des vitesses bien plus élevées que celui-ci.

 

[17] ASTAP : (Adjectif) Apocope de à se taper le cul par terre.

 

[18] Chouraver : Rien à voir avec le chou rave. Chourave vient du romani čorav (« je dérobe, je vole »). Soit en argot Voler, s’approprier le bien d’autrui.

 

[19] Porsche type 356 : La plus belle Porsche jamais construite. Je la découvrais dans un clip vidéo de Huey Lewis & the News en 1984 (I want a new drug). Trop pauvre pour l’offrir à ma femme, je trouvais une Daihatsu Copen dont les formes toutes rondes sont inspirées de la fameuse roadster Porsche.

 

[20] Triste preuve de célébrité formulée par une bimbo dépourvue de cerveau lors d’une émission de téléréalité lobotomisante (double euphémisme !).

 

[21] Commuter : terme anglais pour navetteur. La mobilité pendulaire, ou alternante, est un phénomène caractéristique des métropoles et de leurs zones péri-urbaines dû à l'étalement urbain et de la division spatiale des activités, notamment par le zonage. L’expression désigne les déplacements quotidiens des personnes de leur domicile à leur lieu de travail et inversement. On parle aussi de déplacement pendulaire.

 

[22] SOPALIN : SOciété du PApier-LINge. Nom commercial devenu générique comme Frigidaire.

 

[23] Micmac : (Familier) Confusion inextricable. Du néerlandais muyte maken (« faire une émeute »).

 

[24] Tour de reins : lumbago. 

 

[25] Adöbal : A deux balles !

 

[26] Une limousine est une voiture hippomobile originaire, comme son nom l'indique, de la région du Limousin. Le nom de limousine a été donné par la suite à un type de carrosserie automobile comportant trois glaces latérales (de chaque côté), puis par extension à de grandes voitures de luxe et actuellement à des carrosseries (limo) de longueurs démesurées.

 

[27] Phrase inspirée du slogan de Haribo. Vous n’avez pas de connaissances en Allemand ? C’est con ça.

 

[28] Brekkies : Marque de croquettes pour chats ayant inspiré Christophe Veran (alias Bèèèbou) pour me trouver un sobriquet pendant nos années d’école primaire. Le surnom est resté, les Brekkies signifiant nos trois enfants, et plus généralement nous cinq.

 

Si vous avez lu jusqu'ici : chapeau bas !



01/11/2017
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