Le journal d'Eye-Ollie

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Tronze vinyles : Samedi 10 Décembre 2016

 

     Deezer joue les titres de Police dans l’ordre alphabétique. De derrière la porte, que Marion a fermé (contre ce con de chat qui va partout là où il ne faut pas), je devine les versions « live » au timbre différent de Sting. Nath est partie pour la journée chercher des sapins chez une entreprise spécialisée dans les résineux à aiguilles persistantes de Novembre à Décembre, j’ai nommé IKEA. Je suis heureux de ne pas l’accompagner. Une main nouvelle me nourrit. Une main potelée et jeune, avec des ongles parfaitement vernis. Marion remplace Françoise, aujourd’hui seule pour la première fois. J’observe les rondeurs de son corps pendant que sa main va et vient vers ma bouche. Une fragrance inhabituelle se dégage de ses doigts. Cette nouvelle personne bouscule tous mes repères. Sur sa langue un « piercing ». A quoi bon ? Serait-ce un « plus » pendant un cunnilingus ou une fellation ? A son bras, une pierre reflète une lumière froide et bleue tels les premiers phares au xénon. Lorsqu’on croisait de nuit de tels feux, on savait que c’était une Renault. Son bracelet semble venir du kiosque à bijoux de Leclerc, du moins c’est l’idée que je m’en fais. 

Chaque nouveau morceau de la playlist me transporte vers une période de ma jeunesse : le premier voyage aux USA, le Clos de Roucas, le lycée Raynouard, ma première voiture, en virée avec Tom, le camping à St. Tropez… Tous ces morceaux de la première génération[1] entre rock et punk que j’écoutais sur mon tourne disque Teppaz (je me rappelle même où les disques étaient rayés), puis que je suggérais plus tard à mes groupes de reprises, pour les chanter à la batterie.  N’empêche, quelques-uns tournaient plutôt bien, et le public en redemandait. Mais jamais, je n’ai trouvé de bassiste ou guitariste qui chantait les contrechants, les tierces et autres harmonies. Police ne faisait pas partie de leurs premiers disques, et puis tant pis. Souvenirs ! J’ai envie d’en parler avec Marion, mais elle a vingt ans, et n'était pas née… stombé[2]. Sa poitrine attire mon regard. Espèce de vieux schnoque que je suis ! Il faut dire que toutes les femmes exerçant dans mon cercle médical sont plutôt généreuses du nibard, ce n'est pas désagréable. Soudainement, un filet de bave pendouillant discrédite toute ma dignité ; adieu songes, la SLA me rappelle à l’ordre. J’entends derrière moi la viande crépiter dans un bruit inhabituel : la quantité d’huile semble bien plus grande que de raison. Je vois déjà Nath me dire « Mais, tu lui n'as pas dit que c’était déjà gras ? Regardes moi ce massacre! ». Et là, j’aimerais pouvoir répondre : « Primo, je ne savais pas que les viandes étaient déjà préparées, c’est pas moi qui les ai achetées. Deuzio, comment veux-tu que je lui dise ? A toutes finzes[3] utiles, je te rappelle que je ne peux plus parler. Dercho[4], ça va, c’est sa première fois, tu ne vas pas la pourrir d’emblée la pauvre ! ». Mais toutes ces paroles resteront coincées dans ma bouche, avec mon élocution de bonobo, inutile d’insister. Je me la remets au cul, et puis c’est marre. Pour autant, j’ai beaucoup de mal à écouter des arguments que je ne pourrai pas commenter, ce qui au demeurant, peut donner lieu à des points morts dans la communication. Mais comme je l’ai expliqué à Nath : ce n’est pas parce que je suis devenu muet, que mes oreilles deviennent un dépotoir à paroles.

Puis, c’est l’heure d’aller aux WC. Avant j’allais aux toilettes suite à un besoin physique. Maintenant je vais aux WC parce que c’est l’heure d’aller aux WC. T’as compris ? Transferts improbables et nouveaux, Marion y met tout son corps et réussit patiemment l’exercice, à gouttes de sueur d’effort. Mon nez coincé sur son épaule m’informe d’un graillon qui trahit un manque de ventilation dans son habitation, comment lui dire ?  Mais cela vaut pour Julien dont les parents ont très probablement une cheminée, et l’homme moderne kinésithérapeute qui se vaporise les aisselles tous les matins (avec un regard latéral de satisfaction dans le miroir, en bombant le torse) avec un Axe « signature-adrénaline-homme-unique-au-monde » ou style-genre, commercialisés par millions -bonjour l’homme unique. Voilà pourquoi je n’aime pas les déodorants. D’abord le préfixe « dé » est totalement faux, puisque 99% des produits apportent un parfum. Et en fin de journée ça te fait un mélange odorant infâme, sans parler des saloperies qu’on envoie sur la peau, pour finir avec des boutons sous les bras… Je préfère mon odeur corporelle. Mais je digresse, comme dab, revenons à Marion. Je la dépasse d’une bonne tête mais sa constitution gironde n’y craint pas, en français moderne : elle gère grave. Elle passe l’aspirateur façon Nathalie Brugnaux[5], sans se soucier le moins du monde de la perturbation psychologique qu’un tel boucan déclenche chez moi, pendant une relecture concentrée de l’édition à imprimer, sur fond de ballade dont les paroles me rappellent aux premiers échanges scolaires. Inutile de manifester une quelconque désapprobation, c’est perdu d’avance. Le résultat est nickel, à la hauteur du vacarme. Le Bosch, réputé pour son action silencieuse, a fini par avoir les turbines saturées de poussières (à force que personne ne s’occupe de vider son bocal) et fait un raffut de tous le diables… Rien à faire, tu peux acheter le Dyson le plus évolué du monde, à zéro décibels et trois millions d’hectopascals de succion… elles en viendront à bout, c’est garanti.

     Quoiqu’il en soit, je me suis réveillé en pleine nuit avec un sentiment de culpabilité. Envers mon ami Vincent que j’ai fustigé un peu fort de France. Première action après la cigarette : mail d’excuses, et retrait des insanités du blog. Sois un bon webmestre, me dis-je. Marion fume avec moi, n’ose pas engager la conversation, rabaisse son chandail sur ses collants noirs (ma fille appelle ça des « leggings »). Quelle appellation stupide, encore un gérondif anglais que l'Académie française intègrera un jour, comme Shampooing, Parking…sous prétexte d’évolution de la langue. Mes couilles !  Merci Najat. Au-dessus de nos têtes, un ciel azur, dépourvu de particules fines. Oui, on est des bouzeux de campagne, mais notre air est sain, chacun son truc. Marion ne fume que des « Menthol-Citron », elle me fait rire. Le son du chien aboyant n’a pas la même réverbération que d’habitude. J’en conclue qu’il se situe sous les grands platanes de la source. Et par conséquent que nous sommes le weekend end, puisque la cahute de la source n’est fréquentée que les fins de semaines, par les chasseurs qui ressemblent de plus en plus à des agents du GIGN, tout ça pour flinguer des misérables grives. Habillage, direction bureau. Courriel. Vincent, très occupé à son travail, et surveillé comme pas deux, profite probablement de la récré de dix heures pour me répondre du tac au tac. Hache de guerre enterrée, je me sens nettement mieux qu’hier. Le kiné a remarqué chez moi une baisse de la spasticité, ce qui selon lui, relève du miracle. De plus, pas de crampes nocturnes les deux dernières nuits. Un inversement de la courbe (du chômage, LOL) serait en train de se produire ? Je n’en sais rien, mais force est de reconnaitre que ça va mieux, et ça, ça booste le moral ! Donc, envie d’écrire, ouais blond !  Au diable les varices et les vices de forme dans mon édition, priorité au direct.

 

     Merci à vous tous pour vos messages de soutien, Sophie, Tom de l'île aux enfants, Vin’s, Anne & Gégé-la-lampe, Nick de Frisco, Kirsten du Danemark, Tom de Norvège et ses saumons, Zoé et les photos… à vous tous around the world, around the world. The world is my oyster, hahahaha…

 

Je vous aime !

 

A tantôt.

 

PS : Lecteur musical : Sur la platchine, je vous mets un bon vieux  FGTH.  



[1] Jusqu’à Ghost in the machine, 1981.

[2] Stombé est le radical phonétique de « Laisse tomber. ».

[3] Création lexicale de mon ami linguiste J.B. Nardo. Il a créé les adjectifs cardinaux Finze (à base de Quinze), et Tronze (à base de Trois puis Onze). Le but étant de les placer subreptissement dans une phrase et s'amuser à observer si l’interlocuteur note l’aléas. Ici l’usage de Finze a été récupéré pour sa valeur phonétique seulement (à toutes fins utiles), l'adjectif étant transformé en nom commun puis accordé au nombre et au genre. Les deux adjectifs ont fait l’objet d’une étude dans « Le petit Nardo illustré », par Noza (moi), 1995, éditions Plomb. 

[4] Prim’s (ou Preum’s repris par la SNCF), Deuz’, Derche. Adjectifs numéraux ordinaux issus du langage de l’enfance : Premier, Second, Dernier…

[5] Nathalie Brugnaux est la meilleure amie de ma femme. Elle est obsédée par la propreté, et de fait elle est capable de passer l’aspirateur à cinq heures du matin, le jour de l’an, alors que les convives boivent encore un dernier verre pour finir la soirée. Évidemment en tant qu'invité, on ne peut rien dire, c’est SA maison, mais il y a un moment pour tout. C’est là que t’as vraiment l’impression de déranger… c’est du vécu, cela va sans dire. Mais on l’aime telle quelle la Nata !



10/12/2016
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