Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

Un lundi comme les autres : Lundi 24 Juillet 2017

      Perdu ma souris. Seul à bord du vaisseau. Mon tableau de bord se résume à mes yeux pour écrire. Deep Purple en fond avec Child in time, je ne m'en lasse pas ! En fait je suis bien. Il y a pire comme problèmes que d'avoir perdu sa souris, et puis ça me force à écrire. Pour Selz & Sö qui ignorent Child in time[1] de Deep Purple, regardez la pub de Kenzo : celle avec les coquelicots qui poussent dans le béton. Vous y êtes ? Saloperie de culture télévisuelle ! Bon, maintenant trouvez la musique originale et écoutez-la sans images jusqu'au bout, bien fort. -Y'a pas un chef d'œuvre là ? Celles et ceux qui n'acquiescent pas ne comprendront jamais rien au rock, ni à la musique en général. -Cassez-vous ! Comme dit Sophie, je permets de vous juger. Oui. C'est MON blog. Ce n'est pas ma faute si vous n'y comprenez rien au Rock. Bon OK, j'arrête. -Allez, partez pas ! Restez, je parlerai de Vivaldi ou Chet Baker... Non ? Klaus Nomi, Luciano Pavarotti ? Non plus ? Bela Bartók ? Béla Famok ? Non plus ?...  Sim ? Carlos ? Frédéric Doré ? ... Ah là c'est dak ? Eh bien, NON ! Pourquoi pas Benjamin Bio-Lait ou Jul puisqu'on y est... Plutôt crever ! Y'aura du rock jusqu'au bout, jusqu'à mes funny-rails. Et si le croque-mort se plante, je compte sur vous pour le mettre dans le four avant moi. Comme ça on pourra s'en écouter trois de plus ! Tom, Neil, Pit, Niko : je compte sur vous pour ajouter les cartouches Camping-gaz dans mon cercueil, pour bien ramoner le conduit de cheminée du crématoire. Pit, tu feras diversion. Neil tu parleras polonais pour noyer le poisson. Tom tu t'occupes du bois, visseuse chargée de la veille, tu remets des vis Torx longues, inox ou bichromatées... m'en cague. Niko tu charges bien le cercueil avec des cartouches, prends‑les chez Coti-Brico, tu les fais mettre sur mon compte. -Mètzan bien ! Comme dit mon père. Après, je vous conseille vivement de rassembler le peuple dehors, à l'opposé du côté de la cheminée. Prétextez un apéro offert, ça marche toujours. Cette idée de ramonage, je la dois à papa : le stakhanoviste du rire de tout, et certainement avec n'importe qui. Mon père est génial. Je t'aime papa ! Voilà comment parler de rien. Ça m'apprendra à ne pas perdre ma souris.

C'est lundi : défilé d'intervenants. D'abord Julien pour le déjeuner et la toilette. Puis, profitant d'un moment de solitude, je me mate une vidéo de boules sur le ouèbe. Que le premier mec qui n'a jamais cédé à cette tentation me jette la première pierre. -Alors ?.............

Bref, sur cette entrefaite déboule le kiné. Je sursaute à l'entrée de Hugues qui ouvre toujours la porte d'abord et tape après. Je perds tout contrôle de mon Cap-Canaveral. A l'écran une sodomie en bonne et dûe forme avec un clapotis effréné. Hugues ne se démonte pas. -Elle doit en avoir plein le cul, lance-t-il d'un air serein. Ayant littéralement perdu les pédales, j'arrive tant bien que mal à taper un Commande-Q de l'oeils gauche, ce qui met fin au carnage. -Bonjour Olivier, on fait un peu de kiné ce matin ? -Mmnghhh ! Un Moment of Shame de plus. Je ne les compte plus.  A son départ, je me dis : -Tiens, puisque j'y suis, cherchons des vidéos pour Peted Tünn. Lui, il aime le vintage. Je tape trois mots clefs quand soudain la porte se ré-ouvre : ‑Bonjour Ollie, ça va ? C'est Valérie. -Si t'as besoin, n'hésites pas. A son ton, je vois bien son étonnement. Bordel ! Pas moyen de mater une vidéo de cul peinard ! Bon, j'abandonne. Il se les trouvera lui-même ses films rétro à tabliers de sapeurs ! Moi je jette l'éponge. Je vais finir par avoir une réputation d'obsédé[2]. Non ! Allez, au boulot : ouvrons les courriels du jour.

Puis c'est Carine, l'ortophoniste basque qui enchaîne : ‑Bonjourrr Olivier ! Vous avez passé un bon week-end ? Comment te dire ? Le week-end ne diffère en rien de la semaine pour moi. Je prends les mêmes médocs aux mêmes heures, je mange les mêmes compléments enrichis aux emballages indestructibles. Tu peux envoyer des disquettes ou des clefs USB dans un sachet de mon p'tit déj' : ils ne craindront ni les rayons gamma, ni les X, ni l'électricité électrostatique. Ces emballages survivront à la fin du monde, il restera : les scorpions, les blattes… et mes compléments alimentaires. Je m'égare. Le dimanche Nath bosse à toc, Claire aussi, Tom part s'amuser pour se reposer de sa semaine, et Victor est chez Mamie-Mèze : alors passer un "bon" week-end... Cet adjectif qualificatif me semble quelque peu galvaudé, nespa ? Mais j'aime bien Carine. Elle a suivi toute mon évolution et on se connait bien. Les lectures du chat qui chie chaud chez Shu ont laissé place à des massages et ça, j'aime ! Quelques minutes à deux, et revoilà Jujube pour le repas de midi. Je n'ai absolument pas faim, mais ça tout le monde s'en branle ! -Il faut manger Olivier, sinon tu vas perdre du poids. J'ai dû prendre 25 KG en un an mais : -Il faut manger Olivier, sinon... OK, je mange ! Juste pour ne plus les entendre, ces remarques... Tout le monde s'accorde à dire que j'ai un bide énorme, que j'attends un bébé, mais : -Il faut que tu manges, sinon... Sinon quoi ? Un de ces quatre je vais arrêter ! Voilà ce qui va arriver.

Le temps d'en fumer une avec un expresso et c'est au tour de l'ostéopathe Marie-Claire de s'emparer de mon corps. Elle, elle ne vient pas pour 18 minutes chrono en main : chaque séance est un véritable travail sur mon corps, un investissement complet, jusqu'à ce que je me m'abandonne délicieusement sous des boules de couleurs qui remplissent ma vision, paupières closes. Cela prendra le temps qu'il faut, un véritable travail d'artisan qui œuvre en âme et conscience. Comme je travaillais moi, et voui. J'adore les massages du crâne (franchement, qui n'aime pas ?), et particulièrement le moment où elle me fait remonter la dure-mère de l'occiput vers le front. C'est sublime, magique ! Après elle me tire bien fort sur les oreilles : une sensation exquise entre douleur et plaisir. Ouais, j'te vois venir avec la scène chez les putes dans Les Intouchables ! Oui, y'a un côté sado-maso dans l'ostéo-party, j'en conviens. Après, retour au scalp, et là je perds connaissance. Je suis épaté par cette maîtrise : quelqu'un qui connait mieux mon corps que moi : très fort ! Si je gagne au loto je me fais faire deux séances par jour, et je reste totalement amorphe H24, J365, S52, M12... à l'instant T (T comme Instant), sans fumée, sans alcool. Quoique, une bonne clop avec un jaune bien tassé...

Et là, je me réveille de mon coma, et c'est Melody qui est arrivée pour le "Quatre heures". Non, je ne vais pas goûter : ni chocó-BN, ni Nesquick, ni le dernier Kinder Bueno du frigo, ni bâtonnet de colin croustillant du Captain' Igloo aux pépites de perroquet... Melody me lève, m'assoit dans mon trône à roues XXL, et on part fumer un clop dans la fournaise assourdissante des cigales. J'aime bien fumer avec Melody. Du coup, j'en fume deux. Au diable la varicelle ! Tom s'étonne que je ne fume pas mes cigarettes jusqu'au bout : -Putain, l'argent que tu gaspilles ! Avec ce qui reste dans le cendrier, je peux m'en rouler encore dix ! J'ai envie de lui répondre du haut de mon trône façon Monty Python : -Et bien, vas-y, fume mes mégots, tiens ! Vilain gueux ! Combien de mois vivrais-je en plus si j'arrête aujourd'hui ? Quelle économie considérable fera mon foyer fiscal ? C'est quoi "cher" ? Rien à cirer : assume, allume, fume. Mais le débat est ailleurs pour moi : fumer sans les mains n'est pas si évident que ça. D'où les cigarettes longues. S'ajoute à ça ma salivation surabondante, il me faut avaler sans cesse, ce qui me demande une gymnastique bucco-faciale assez cocasse. En l'absence d'un vent latéral ma tronche doit ressembler à un José Bové chinois débile profond. Les gens qui ne m'ont jamais vu avant doivent halluciner.  Ce n'est pas faute d'avoir cherché (et trouvé !) des solutions : il suffirait d'une pince pour tenir la clop au bout d'un petit bras articulable, comme ma gourde. Quand mon équipe technique sera décidée, j'arrêterai de trouer tous mes vêtements, et je pourrai fumer dignement mes clops jusqu'aux filtres. Dire que j'avais réalisé un porte-clops déjà en 1988 : pour faire la vaisselle en ayant les deux mains dans l'eau et la bouche libre pour parler et/ou fumer. Mais des clops elle n'en tenait pas beaucoup mon invention : c'étaient plutôt des tarpés. Voilà pourquoi Tom et moi avons redoublé nos premières années d'Université : à cause d'une pique à brochette tordue autour d'un tire-fond zingué et reconditionnée en porte-cigarettes ! Douze mois (fois deux) d'études perdues, de loyers, de pleins d'essence de l'AMI8, de soirées mémorables où le tout-Aix étudiant venait chez nous boire nos bières... parce que chez nous c'était génial. Et si c'était à refaire, je n'y changerai rien du tout ! C'étaient les meilleures années de ma vie. Je rappelle pour celles et ceux qui ne nous connaissent pas depuis trente ans que Nathalie était ma voisine d'en face, et que sans cette année perdue à cause d'une pique en inox à quatre centimes, rien n'aurait été pareil. Je n'aurai pas eu une femme exceptionnelle et trois enfants magnifiques dont nous sommes fiers. Ouais, quatre centimes, de francs.

Bon, j'en étais où ? Ah, 17H00 le lundi. Et bien, là démarre une fenêtre "sans personne", enfin ! J'ai deux heures avant que Jujube ne revienne pour m'administrer ma dose de protéines enrichies. Julien a été formé sur le tas : on lui a mis d'emblée un neurodégénéré dans les pattes, et -Vas-y démerdes-toi jeune !  Mais il s'est adapté, a appris toutes les techniques, développé ses propres raccourcis... à ce jour il est mon plus fidèle serviteur, connaissant exactement tous mes besoins, mes envies, mes craintes, mes préférences. Je lui dois une fière chandelle. Il m'apprend le cinéma, je lui apprends la musique de ma génération et celles de nos parents, encore meilleure. Jujube volera de ses propres ailes bientôt et tant mieux, mais il me manquera ! Quand le repas est fini, il me roule dehors, attrape mes bras morts pour les faire pendouiller le long de mes roues. C'est pour bien ventiler ma race d'aandjicapé-suant-de-la-raie, et surtout les aisselles, restées comprimées toute la journée. Il m'allume une dernière clop avec mon vieux Zippo de 1984 en laiton patiné. On adore ou on déteste, mais on n'a jamais fait mieux pour allumer un clop dehors en plein vent. Brossage des dents, rinçage des mains à l'eau froide (ça j'aime beaucoup, à force d'avoir les mains repliées et transpirantes de longue...) et puis c'est l'heure du dodo : 21H00. Tom est là pour me coucher plus tard, donc : salon, TV, film pourri avec Pool-Whirl-Voorde. Juju nous salue : -A demain matin ! Je l'entends encore dire pendant le repas : -Le cachet pour dormir, je te le donne maintenant ? Je lui fis un hochement de tête avec un regard signifiant : -Allez, envoies tout le pilulier, on samba les coudes ! Erreur donc, puisque je me suis endormi avant même la moitié du film !

-Papa, on va se coucher ! Là ce n'est pas une question, mais un ordre. Pratique les roulettes : Tom roule son père amorphe et ensuqué vers le lit. Un dernier transfert et c'est marre. Bras le long du corps, position latérale en chien de fusil antalgique. Mais ça, c'est vrai jusqu'à minuit seulement, malheureusement. Après la Spondylarthrite Ankylosante revient au galop. -Bonne nuit Boon's ! -Mmnghh !

Voilà un lundi comme les autres. Un lundi d'été.

A tantôt.



[1] Écrit en pleine guerre du Viêt Nam, le texte dénonce par métaphores l'impossible fuite face aux responsabilités et aux conséquences d'actes répréhensibles. Selon le chanteur, Child in time devint rapidement populaire car elle reflétait l'humeur de l'époque. Une musique écrite en 1962 par Vince Wallace sous le titre Bombay calling, reprise en 1968 par le groupe It's a Beautiful Day, a probablement inspiré le groupe. Vince Wallace considère être victime de plagiat mais n'a jamais pu obtenir gain de cause, bien qu'Ian Gillan ait reconnu la filiation dans une interview en 2002. Allez, je vous le mets sur le tourne disque, d'ici à ce que la SACEM me fasse un procès, vous en aurez bien profité ! M'en branle des droits d'auteurs, qu'ils viennent me voir les gonzes....

 

[2] Comme tous les mecs d'ailleurs.



25/07/2017
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