Le journal d'Eye-Ollie

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Bessillon : Vendredi 12 Août 2016

J'écoutes les bouteilles de rosé tomber dans le collecteur de tri sélectif que la commune a installé en face, pendant que Souaze m'aide à avaler ma Danette café enrichie à l'uranium. Ce matin, y'a beaucoup de bouteilles, la soirée semble avoir été festive. J'ai la tête dans le cul, moi aussi j'y ai picolé[1] le rosé de Provence. Des bonhommes plein ma chambre, un niveau sonore proche de Roissy-tarmac : Sylvain perce les murs pour installer une clim, Papa rôde autour, dès fois que..., René passe dire bonjour, Françoise s'en va, le Kiné va pas tarder à débouler avec sa bonne blague[2], et on enchaînera avec l'Orto pour arriver à l'heure du repas... avec Julien, dit 'Jujube'. Vous avez deviné, c'est vendredi, le jour où toutes les synergies convergent. Je m'empresse d'écrire. Envie et besoin. Je fais fi de toutes les tentatives de mise au point mort[3]. Non, je déconne, je fais fi du bruit ambiant, rien ne peut me déconcentrer. Ce matin, comme par hasard, mon Cap Canaveral est réglé nickel, et je tape plus vite que la machine n'arrive à suivre, y'a des jours comme ça. J'ai la pêche, après trois jours misérables de prise de tête avec Nath : oui, la maladie provoque aussi ce genre d'effets secondaires. Pas évident à gérer en plein mois d'Août lorsque tout le monde est là pour faire la bringue.

         Niko a proposé une idée sympa pour changer d'air : monter au Bessillon pour un pic-nic du soir. J'eus la bonne surprise de voir arriver mon vieux pote Alex, co-fondateur du Bessillon Sonor Workshop, qui prît fin en 2014 lorsque ma paralysie se mit en place.  A toute finze utile, je rappelle que cet évènement annuel, démarré en 1994, consistait à jouer à plusieurs batteries pour le lever du soleil, en haut d'une falaise rocheuse sur la montagne Bessillon. Il régnait donc un air de BSW2016. Chaque année nous invitions une personne nouvelle, musicien(ne) ou pas. Cette année ce fut Kim, mon pote surfeur californien qui ne pipe mot en français ; mais vraiment, il ne capte pas un beignet. Niko avait pensé à tout : table, chaises, verres à pied, pizzas chaudes, rosé frais et du gros son. Nous v'là partis avec le combi à l'aube. Les dix sept gendarmes couchés de la piste me démontent littéralement le fauteuil roulant et le dos, merci les normes européennes. Au sommet, la vigie est étrangement inhabitée en ces temps de feux de forêt. On s'installe avec vue au sud, devant nous un horizon rougeoyant allant de Fréjus à Aix-en-Provence, et en bas Correns. L'accès au point de vue Ouest sur Pontevès ne me sera malheureusement plus possible. On installe l'enceinte portative de Niko qui ressemble plus à un aspirateur-bidon qu'à autre chose. Je vais lui acheter un autocollant "Hoover", il pourra piéger sa femme de ménage. Le son est projeté à 360° soit disant. Il faudra qu'on m'explique comment on peut obtenir un résultat stéréophonique. L'absence de réseau (et de charge) empêche Niko et Kim d'accéder à leur discothèque sur le "cloud", je me marre.  Plus c'est moderne, plus c'est nul! Heureusement Alex avait un bon vieil album d'Horace Andy sur son iPhone 9 à fermoir luxe en sève d'hévéa véritable.  Je ne connaissais pas cet (excellent) album, mais je réalise que Massive Attack ne s'est pas trop foulé en 1992 avec l'album Blue Lines, Horace a fait les trois quarts du boulot! Notre aspirateur produit des basses puissantes, tip-top pour ce Dub en altitude. Je regrette d'avoir oublié mon pochon d'herbe, il ne manque qu'on bon spliff des familles. Au loin, entre chien et loup, les zones civilisées s'illuminent lentement. Ce soir est censé être LE soir pour observer des étoiles filantes, d'ailleurs nous ne sommes pas les seuls à l'affut. Si seulement je pouvais parler, je rroulerrai tous les R comme Huberrt Rreeves, cet astrrophysicien crroulant qui chaque année nous chante le même rrefrrain surr les rradios et chaînes télévisées. Quelques verres plus tard, à la nuit tombée, les étoiles apparaissent. On se casse le cou à chercher les fameuses filantes, chacun y va de son voeu. Alex me fait beaucoup rire, c'est bon de se retrouver là, avec tant de souvenirs. "On va pas partir sur une jambe...", donc Niko sort son vieux rhum ambré de Martinique (pensée à Tom). Niko a une très bonne notion du savoir-vivre. Kim est un peu largué dans les conversations sur les syndicalistes enculés, la politique du travail dans l'hexagone, et autres références culturelles locales (va lui expliquer toi que Massilia Sound System distribue des plateaux de pastis à chaque concert, et que l'O.M. est une religion...). Bon an mal an, on finit bien par se comprendre. Le Bessillon c'est notre Mount Tamalpais à nous (le point culminant où vont tous les mountain-bikers du compté de Marin, au nord de San Francisco). Kim a raison : il est bon, l'espace d'un instant, d'être des touristes là où l'on vit. L'inquiétante fausse route occasionnée par la pizza ne réussira pas à saper ma soirée, pour une fois. Je suis bien là, avec mes potes, une vue sublime, un peu d'ivresse, un bon Dub d'aspirateur, et des voeux à chaque traînée d'étoile tombée. Je recommande et prescris cette thérapie. Très bon. Toi prendre.

Merci mes poteaux and thank you Kim, happy you discovered "our Mount Tammy".

A tantôt.



[1] "y" : Interjection de liaison usitée dans la région lyonnaise. Placée de manière générale après le verbe, le "y" peut très bien se remplacer par un blanc. Il n'a aucune fonction locative, ni de coordination, ni de subordination. Son usage permet simplement d'affirmer ou de confirmer la provenance du locuteur. Les Gônes en usent et en abusent. Ils savent "y" faire, ils "y" comprennent etc... J'aime emprunter ces coutumes lexicales, j'y crains pas d'en placer à tort et à travers.

[2] Hugues est intarissable. Voici sa classique du jour : "Mon père est fonctionnaire, et ma mère ne travaille pas non plus..."  C'est de Coluche et c'est toujours aussi bon. Intemporel.

[3] Phrase issue de la chanson "Peu importe" de mon ami Jean Marc Petit. Nous avions un groupe de rock ensemble à l'époque. Moi je voulais chanter de la pop anglaise, et lui nous pondait des chansons "francophonie" à textes impinables, dont voici un souvenir justement.



03/09/2016
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