Le journal d'Eye-Ollie

Le journal d'Eye-Ollie

Village de Carac’ : 9 Novembre 2017

     L'automne est enfin arrivé et on se pèle le jonc[1]. On a profité de la présence de tous nos enfants pour repartir à l'aventure. En camargue, avec Tom, Sarah, Sharron et tous les ados. La solution camping et mobil-home met tout les payeurs dacodac, surtout les enfants. Cap aux Saintes Maries.

 

     La camargue :

Il y a des rempailleurs de chaise et des rémouleurs partout. Ces caracous[2] ont la peau tannée avec des rides de deux centimètres de profond. Le soir ils s'entassent dans des caravannes et jouent les tubes des Gipsy Kings avec les manches de guitare à la verticale. Ça vous va ou j'en mets encore un peu ? Passé ce cliché, les grandes étendues parsemées de chevaux blancs en liberté, et de taureaux tous noirs invitent à la découverte de cet espace protégé magnifique. Les filles partent pour une ballade à cheval, tandis que les garçons profitent du plat pays pour s'entraîner au longboard. La platitude sert aussi à inaugurer le premier prototype du Pull-EZ-Ollie™, une invention de Nath réalisée par Eric di Fruccia dit la Froutche. Il s'agit d'un attelage permettant d'accrocher le fauteuil roulant derrière un vélo, en ayant les roulettes avant relevées. Génial ! On s'est régalés à parcourir les pistes cyclables à donf-la-seuk[3], pour aller se boire un café en ville. Regards des passants interloqués. Le premier modèle nécessite une boîte à outils et un max de temps pour atteler/dételer mais le concept est validé. J'ai donc dessiné le prototype #2 dès mon retour, et là : attention les vélos ! Il va y avoir du sport. Le café au bistrot est salé, tout comme le thé Tchaï[4] à 3€80 de Nath. Le niveau du petit Rhône est si bas que l'eau de mer parvient au point de puisage de l'alimentation communale. Voilà l'explication, mais le serveur épaté par l'attelage encaisse quand même la note. Le tourisme ne s'arrête jamais aux Saintes Maries de la Mer, jamais. Même au coeur de l'hiver il y a des Schleus et des Rosbifs qui déboulent en camping-cars géants tractant des trikes[5], pour faire du kite-surf ou assister à des concentrations de bécanes. Autant dire que c'est fortement déconseillé d'y venir en période estivale. 2700 habitants, 122 restaurants... t'as compris ? Putain, j'aimerai bien avoir ce choix à Cotignac ! Bon, après, si c'est pour avoir la gardianne (daube) de taureau dans 99% des restos en placoplâtre cérusé, je préfère encore prendre le SUV 4X4 pour aller becter à 20 bornes. Mais on s'est fait un apéro huîtres fameux chez Ô Pica Pica, qui s'est transformé en repas interminable. Tenus par des jeunes qui envoient paître les clients pressés, ils ont tout bon ! Allez-y. 19/20. Leur site ici.

On a aussi visité Aigues-Mortes (Sharron pensait que cela s'écrit Egg-Mort, PTDR[6]) pour y trouver un resto. Magnifique cité fortifiée entourée par des canaux à péniches et les marais salins : là on s'est fait ouvrir en deux[7]. Sur nos fronts était apparemment écrit en gros "Moi touriste, encules moi !". Jusqu'au parking à 9€ les deux heures. Venez-y en vélo et apportez votre sandwich : vous garderez un bon souvenir de ce village exceptionnel.

 

     Les ados soda :

Concours de smart-phones est le premier truc qui me vient à l'esprit. Privés de Wi-Fi, ils se branchent en relais sur la 3G illimitée d'Ary. Leur bungalow est un four à micro-ondes géants. Victor a dépassé son forfait de 2300% comme par hasard.  On leur a attribué une maisonnette suffisamment distante pour être peinards. Sauf aux heures des repas où, comme par hasard, il.elle.s s'intéressent à nous. Les "en mode" fusent partout, insupportable tics de langage djeun's. Les filles sont en mode cocooning, les garçons en mode "brrré", autre nouveauté linguistique. Brrré équivaut au nouveau "J’t'ai cassé" de l'époque Brice de Nice. Les Brrré fusent également à tout boutchan. L'adolescent.e cherche à tout prix à paraitre mieux, avoir le dernier cri (au deux sens du terme), ce qui se traduit par une joute verbale incessante et le Brrrré est l'actuel ultime syntagme invincible.

 

     Le mobil-home PMR :

Revenant d'hôtels en allemagne et suisse, il y a comme un distingo[8] avec la camargue à gitans. Notre bicoque est aux antipodes du bio avec 100% de formaldéhyde rémanent et pertubateurs endocriniens à gogo (open bar H24). Les murs sont en plastoc, le sol est en plastoc, les huisseries sont en plastoc... Le seul truc en bois d'arbre est notre moulin à poivre Peugeot. Êvidemment j'observe la plombaille : les robinets sont à cartouche 34mm (autant dire jetable), avec 1% de laiton. Leur classe acoustique est : sous zéro. Quant t'ouvres un robinet, tout le quartier est au courant ! L'eau chaude est fournie par chauffe-bains gaz instantané à ventouse[9]. C'est bien. Mais avec ces mitigeurs Adöbal il démarre à chaque ouverture, puisque personne ne prend la peine de positionner la poignée sur "froid" AVANT d'ouvrir...  Le fournisseur de chauffe-eaux doit se gaver ! Voilà un cas où les mélangeurs sont préférables aux mitigeurs. -Charabia ? OK, mitigeur = une poignée, mélangeur = deux poignées. Là je sens que la majorité d’entre vous à ENFIN compris la différence. Quand à l'eau chaude, rigolons un peu : le mitigeur thermostatique de douche est équipé d'une cartouche que j'estime à quat'centimes puisqu'elle ne s'ouvre qu'au bout de 10minutes (ou 200 litres, choisissez). Au début j'ai cru que le chauffe-eau était placé à 500 mètres, ou que le plombard avait oublié son coupe-tubes (et laissé la couronne entière de PER[10] nu sous la caravanne). Bref, t'as le temps de te peler le noeud à poil, assis sur ton fauteuil PMR en plastoc, et après de bien te brûler le scalp... pire qu'un mitigeur normal ! La coque uniforme de la salle d'eaux est très fonctionelle toutefois et spatieuse. Ainsi que les portes coulissantes, deux points positifs.

Allons à la chambre. Impossible de tirer un coup : classe acoustique identique à la robinetterie. La télé doit faire un royal 13 pouces de diagonale... J'imagine la réponse du gardien : -Oui mais c'est au format 16/9... J'ai l'impression de regarder un aperçu de video en vignette. Le haut-parleur est identique à celui d'un Nokia 3310, quand quelqu'un chuchotte dans la pièce d'à côté tu ne comprends plus rien au film.

Sortons fumer : le deck en bois est réalisé par les employés du camping, ça revient bien moins cher au gestionnaire du camping (qui lui.elle, est assis.e sur une montagne d’or !). Rampe d'accès impeccable : 4 points. Vico s'en sert bien sûr de lancement pour son skateboard. Le bois choisi est du bois de noeud à pins (et pas le contraire). Y'a tellement de noeuds que la construction ne pourra tenir qu'une saison. Un poteau est placé devant la porte : LOL. Les plaques en plastoc à formes de tuiles ont été récupérées et sont percées en partie basse, donc quand il pleut, il pleut aussi sous l'abri. Les groupes extérieurs de clim sont posés sur des briques, tous en biais, trop laid. -C'est pour éviter les vibrations, dira l'installateur. -Oui, mais pourquoi vous ne les posez pas de niveau ? (là le mec cherche une parade…) -Abé c'est pour favoriser l'écoulement des condensats.... -Mouaip...

Tom avait une idée géniale : on enlève toutes les roues des mobil-homes, soit deux cent roues, pas évident mais à plusieurs c'est jouable. Le lendemain on fait venir l'adjoint au maire délégué à l'urbanisation (le Lazare du bled). -Dites, vos bungalows ils sont pas mobiles ! Allez, je vous donne 24H pour m'enlever tout ça ! Exécution ! Et il ajoute : -Qu'est-ce tu casses toi ? Con de carac !

Voilà un aperçu du bugalow PMR construit par O'hara (groupe Beneteau) qui se gave littéralement et encombre nos routes départementales dès le printemps venu. Note : passable.

 

     Le Tom :

Enfin réunis avec mon meilleur ami ! On n'a rien fait, mais on l'a fait ensemble et ça, ça vaut de l'or ! Tom a débarqué avec sa petite famille et il est drôle de le voir en tant que père responsable -rôle qu'il assume avec brio. Sarah, petit bout de femme mignonne et si british, fait un parfait lien entre Sharron et Nathalie, tantôt en anglais, tantôt en français. On ne s'était pas retrouvés tels quels depuis la Martinique en 2011. Tom donc, du haut de son quintal, porte toujours ses tongs[11] et un short, et a horreur qu'on en parle. Donc j’en parle. Novembre, Monsieur porte des tongues. -Non mais allo quoi ! Lors de la soirée apéro-huîtres en terrasse il m'aura quand même glissé à l'oreille : -En fait, je me pèle les couilles ! Mais chuuut, motus Ollie... Il aura fallu une tempête force tronze pour que le vois chaussé de baskets, mais sans chaussettes et toujours avec son bermuda estra-large. La dernière fois que l'ai vu chaussé remonte à Londres, 1990...  Je suis heureux d'être avec lui, et de voir tous nos enfants réunis. Les notres s'occupent des leurs, et le font volontiers. On passe notre temps à déconner et se démâter la tronche comme au bon vieux temps. Je le répète, rien n'est meilleur qu'être avec celles et ceux qu'on aime. Qu'importe l'endroit, qu'importe la sclérose : qu'elle soit en plaques, en tubes, en copeaux, en granulés agglomérés, latérale ou en pleine fatche ; on est bien tous les deux. J'écoute Tom parler, sa culture générale est immense et il est capable de rebondir sur n'importe quel sujet de conversation, qui plus est en deux langues. Rares sont ces gens là. Tom connait tous mes besoins et mes envies (boire et fumer, c'est pas très sorcier), ainsi que mes goûts -notion plus approfondie- comme seuls des amis de 45 ans savent.

 

     Les pipelettes :

Me voilà installé avec Nathalie et la belle Sharron que j’associerai toujours à Grace Jones, on se réfère à ce qu’on connait. Celle-ci a eu la bonne idée de se casser une jambe juste avant de partir. Je lui ai prêté un fauteuil roulant, donc Nath se fade deux aandjicapés ! J'aurais préféré que Sharron se fasse opérer de la langue, parce que entre les deux gonzesses j'ai l'impression d'être dans une manif’ du MLF[12] ! Je n'ai pas dit poulailler, encore une fois. Putain la tchatche ! Déjà que Nath est loquace... Mais alors là c'est Nath au carré ! En mode : j'entends plus ma radio. Je feins une fausse-route à l'occasion question de remettre mon sonotone (Zidane) à zéro. Le pire est que ces gentes dames sont un peu dures de la feuille donc on obtient une quantité (proche de 50%) de phrases répétées. Ubuesque : -Nath, laisses moi faire la vaisselle. -Attends, j'entends rien ici (elle s'approche). Quoi ? -Je dis laisses moi la vaisselle, je m'en occuppe. -Mais non, avec ta guibole en l'air tu vas galérer ! (Sharron envoit un message à sa fille, et relève sa tête, distraite). -Quoi ? -T'inquiètes pas je le fais. -Tu fais quoi ? -Et bien la vaisselle, toi t'as la guibole en l'air. -Qu'est-ce que ça veut dire guibole ? S'ensuit une explication d'argot qui nous amène cinq minutes plus loin. Sharron : -Alors qui fait la vaisselle? -Moi, toi tu te reposes. -Ah c'est bien. Bon, reposes toi, et moi je fais la vaisselle… etc.

Pendant ce temps la chronique matinale de Bernard Guetta m'est passée sous le nez, ainsi que la Revue de Presse, la météo... En fait Augustin Trappenard a pris l'antenne, carrément.

Nathalie a une patate d'enfer et son énergie ne cesse de m'épater. Elle s'ocuppe de moi, de Sharron, prépare à manger pour les ados affamés, pour nous, conduit le bus de croulants, me tire en vélo, prépare les réservations de tout le monde, gère les humeurs du groupe de djeun's, envoit 50 SMS à l'heure, répond aux appels de clients inquiets, et trouve encore le temps d'aller au sauna... Je vous l'ai déjà dit mais j'insiste : cette meuf est en or. Massif.

 

     Au royaume des caracs, il convient de choisir une musique en rapport avec les gitans. Gitan se dit Gipsy en rosbif. Allitération du dialecte médiéval, Gipsy provient de "egypcien" et non pas du plâtre (gypse). Je ne vous mettrai pas Chicot et ses rois gitans, ni ce bon vieux Django Reinhardt, non. Je vous laisse avec un titre des Fleetwood Mac inscrit en haut du palmarès des 1001 chansons qu'il convient de connaître selon moi[13]. Si ce groupe ne vous dit rien, allez vous jeter aux Goudes, pour de bon cette fois.  La voix caractéristique de Stevie Nicks me transperce littéralement et celle de Christine Mc Vie aussi. Toutes deux ont fait des albums en solo à écouter absolument. Gypsy fut écrit par Stevie Nicks en 1979, inspirée par l'époque où elle vivait avec très peu de moyens, telle une gitane. Elle dédia ce titre à sa meilleure amie décédée d'une leucémie. Le clip video coûtât une blinde et inaugura la "World Premiere Video" sur MTV en 1982. Je me souviens être resté debout toute la nuit pour changer les cassettes VHS[14] pendant l'émission "La nuit des clips" qui était pompée sur MTV. Gypsy en faisait partie.

 

En conclusion, demain sort mon bouquin « Chaque Jour un peu Moins ». Prosper youplaboum ! Ça y est, le manuel plombier devient écrivain de l’œil. Moi heureux. Je vous aime !

 

A tantôt.

 


 

 

[1] Se peler le jonc : Cette expression argotique nous vient d'une simple constatation physiologique : lorsque notre peau est soumise pendant un moment à un froid intense (et pire encore lorsqu'elle subit des chaud et froid), elle desquame, elle se détache par petits lambeaux. Autrement dit, elle pèle. Le jonc est un terme ancien argotique pour pénis. On peut se peler plein de choses : le cul, les couilles, le nœud etc.

 

[2] Caracou : Prononcez Caraaacou (accent tonique sur la 2e syllabe sinequanone !). Gens du voyage (du provençal caràco, gitane), que le langage populaire désigne aussi par romanichels, bohémiens, nomades, et que l'on utilise aussi à l'adresse de quiconque est un peu ambigu sur ses moyens d'existence, ou sur sa mise fantaisiste.

 

[3] À donf la seuk : Verlan de À fond la caisse, soit : à vive allure.

 

[4] De nos jours les buveu.rs.ses de thé ont la manie d’exiger des thés provenant d’origines exotiques, ils.elles ne savent plus se contenter du thé normal qui a le goût du thé. Pour les infusions c’est pire. Et après ils.elles se plaignent qu’un café coûte deux fois moins cher !

 

[5] Trike : Moto à trois roues ou plutôt moitié arrière de voiture (comprenant le moteur) avec l’avant d’une moto. Trike est un mot très intelligent formé suite à Bike (prononcez « baïk » et non pas « biquet »).

 

[6] PTDR : Pété(s) de rire !

 

[7] Se faire ouvrir (en deux) : Expression argotique bien salace signifiant se faire sodomiser. Inutile de vous faire un crobard.

 

[8] Distingo : Invention de La Poste totalement bidon. –Le suivi s’arrête à la frontière. M’avait-on dit lorsqu’après un mois mon colis n’était toujours pas parvenu à Varsovie. Et il n’est jamais arrivé !

Sinon distingo signifie tout simplement une distinction.

 

[9] Ventouse : Type de conduit d’évacuation des produits de combustion. Ici Type C1, soit concentrique ET horizontal conformément au DTU 61.1, au Cahier des Prescriptions Techniques Communes du CSTB N° 3592 et au DTA Référence Avis Technique Type 14/12 - 1728. Cela vous fait une belle jambe, et moi aussi. La règlementation « gaz » est impinable.  Un cauchemar pour les installateurs ! Retenez que la ventouse prend l’air (neuf) dehors et rejette l’air (vicié) dehors.

 

[10] PER : PolyEthylène Réticulé. Le polyéthylène est un des polymères les plus simples et les moins chers. C'est un important polymère de synthèse, avec le PP, le PVC et le PS. Sa production mondiale était estimée à 80 millions de tonnes en 2008, et il n’est absolument pas bio-dégradable, ni recyclable ! Y’a rien là ? En chimie des polymères, la réticulation correspond à la formation d'un ou de plusieurs réseaux tridimensionnels, par voie chimique ou physique. Cela sert à rendre le polyéthylène résistant à l’eau chaude.

Anecdote : lorsque je mettais « en eau » mes réseaux en PER, l’eau moussait pendant des heures… Mes réseaux en cuivre n’ont jamais sorti une eau moussante, eux ! Chercheur en cancérologie : voilà un métier d’avenir.

 

[11] Tong : Nu-pied, aussi appelée gougoune au Québec, slache en Belgique, ou encore savates deux doigts ou claquette dans la France d'outre-mer. Je suspecte l’appelation française de provenir de l’australien thong (qui en anglais signifie lanière, et mini culotte pour femme, appelée « string » en France…)

 

[12] MLF : Mouvement pour la Libération des Femmes.

 

[13] 1001 Chansons à connaître impérativement (pour briller en société) - Olivier Brenkman - Editions Paul Beuscher - 2009. 380 pages. Distributeur : Hachette Livre. ISBN : 978-2-7547-3872-9

 

[14]   VHS : Vidéo Home System : norme d’enregistrement de signaux vidéos sur bande magnétique de 1/2 pouce mis au point par la marque japonaise JVC à la fin des années 1970. Ce système l’emporta sur le V2000 et le Betamax de Sony.

 



09/11/2017
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